Dimanche 18 février 2018

Archives truquées pour faux tableaux

La Tate Gallery, le Victoria %26 Albert Museum et le British Council victimes de falsifications

Par Martin Bailey · Le Journal des Arts

Le 30 novembre 2009

Des fraudeurs ont truqué certaines archives de la Tate Gallery, du Victoria & Albert Museum et du British Council afin d’authentifier de faux tableaux… Quantité d’entre eux ont sans doute déjà été écoulés, et le trafic récemment découvert porterait sur plus d’un million de livres. Bien que cette opération ait été montée en Grande-Bretagne, des faux – de Ben Nicholson et de Giacometti, en particulier – ont été retrouvés aux États-Unis et au Japon.

LONDRES (de notre correspondant). Une fraude à grande échelle a permis de fournir de fausses attestations de provenance pour des faux peints dans les années cinquante. Les falsificateurs ont réussi à obtenir des photocopies de documents et de catalogues archivés dans plusieurs institutions londoniennes, puis ont re-photocopié ces listes en y ajoutant des tableaux supplémentaires. Des modifications ont également été apportées à certains documents originaux, d’autres ont même été volés.

Remis en liberté contre le versement d’une caution
Le marchand londonien qui, le premier, a révélé l’existence de ce trafic à Scotland Yard a confié qu’il s’agissait d’une "méga-fraude". Après avoir acquis, en 1995, une série de peintures de Ben Nicholson accompagnées de leurs attestations de provenance, ses soupçons l’ont conduit à consulter la Tate Gallery, qui a découvert alors que certaines de ses archives avaient été falsifiées.

Un porte-parole de la Tate Gallery a admis, au mois de juin, que la musée craignait "que les archives et les documents provenant de sa bibliothèque aient pu être utilisés pour authentifier des faux". Le musée a prévenu la police en septembre 1995, et un porte-parole de Scotland Yard a déclaré qu’un certain nombre de personnes avaient été arrêtées, puis remises en liberté contre le versement d’une caution. Le service chargé de la répression du crime organisé en matière d’art et d’antiquités poursuit maintenant son enquête auprès d’autres institutions britanniques.

Un des mécènes de la Tate Gallery est soupçonné
En effet, la National Art Library du Victoria & Albert Museum redoute que ses catalogues d’expositions des années quarante et cinquante aient également été falsifiés.

Un autre cas concerne un faux Nicholson, prétendument prêté en 1954 par le British Council pour une exposition au Japon. Selon Andrea Rose, directeur du département des Arts plastiques du British Council, deux "chercheurs" avaient demandé à consulter les archives de cette exposition il y a six ans. Peu après, l’archiviste de l’institution était contacté par un acheteur s’intéressant à un tableau de Nicholson qui possédait des documents du British Council établissant son authenticité : le tableau et les documents se révèleront être des faux. Bien qu’à l’époque le British Council ait été préoccupé par l’incident, ce n’est que récemment qu’il en a compris toute la portée.

La Tate Gallery, le Victoria & Albert Museum et le British Council apportent leur pleine collaboration à la police, mais tous soulignent qu’aucun de leurs employés n’est suspecté même si, selon certaines rumeurs, un des mécènes de la Tate Gallery serait soupçonné d’avoir falsifié les archives du musée.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°27 du 1 juillet 1996, avec le titre suivant : Archives truquées pour faux tableaux

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