Mercredi 19 février 2020

Accord de prêt américano-russe

Van Eyck, Raphaël et Botticelli de retour en Russie

Le Journal des Arts

Le 1 décembre 1996 - 347 mots

Pour la première fois depuis les années trente, vingt et un tableaux du Musée de l’Ermitage vendus sur ordre de Staline et acquis par le collectionneur américain Andrew Mellon vont retourner en Russie pour une exposition temporaire. Ces œuvres, signées Van Eyck, Botticelli, Raphaël ou Van Dyck, sont prêtées par la National Gallery of Art de Washington, qui bénéficiera de son côté de prêts de toiles de Picasso conservées au musée de Saint-Pétersbourg.

NEW YORK (de notre correspondant) - L’annonce du prêt consenti par la National Gallery de Washington a été faite par le directeur du Musée de l’Ermitage, Mikhaïl Piotrovsky, à l’occasion d’une conférence de presse donnée à New York au cours d’un voyage destiné à collecter des fonds. Le directeur de la National Gallery, Earl A. Powell, a déclaré de son côté qu’"il n’y avait aucun marchandage dans cette affaire", ajoutant toutefois que l’Ermitage allait prêter des œuvres pour l’exposition sur le jeune Picasso que la National Gallery organise actuellement. Les deux expositions devraient ouvrir leur portes à la fin du mois de mars 1997.

Les vingt et un tableaux prêtés par le musée américain ont été achetés à l’Ermitage en 1930 par Andrew Mellon, industriel immensément riche alors secrétaire d’État au Trésor, qui en fit don à la National Gallery en 1940. Vendues sur ordre de Staline, pour un total de près de 7  millions de dollars, elles comprennent notamment une Annon­ciation de Jan Van Eyck, la Madone Alba de Raphaël, L’ado­ration des Mages de Botticelli et Philip, Lord Wharton de Van Dyck. Ironie du sort, les So­viétiques avaient hâté la vente de crainte qu’une nouvelle dépression économique aux États-Unis n’affecte l’enthousiasme du riche Mellon ou ses capacités finan­cières ! Cette moisson de chefs-d’œuvre fut ainsi obtenue à un prix sacrifié, et l’Ermitage ne reçut aucune part des sommes recueillies. Pendant plusieurs années, Mellon refusa de reconnaître ces acquisitions, même après les révélations du New York Times en 1934. Elles ne devinrent publiques que l’année suivante, lorsque le collectionneur fut soumis à une vérification fiscale afin de bénéficier d’une réduction d’impôts sur ces achats.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°31 du 1 décembre 1996, avec le titre suivant : Accord de prêt américano-russe

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