Samedi 24 février 2018

220 000 dollars pour un faux ?

Un \"Van Gogh\" sur contre-plaqué

Par Martin Bailey · Le Journal des Arts

Le 25 septembre 2009

Lauriers-roses et tournesols, un supposé Van Gogh, vient d’être adjugé 220 000 dollars le 4 août à Sacramento, en Californie. Les acquéreurs, un consortium du nom de VG Partners, ont tenu à garder l’anonymat. Les avis sont partagés sur l’authenticité de l’œuvre, dont la vente intervient en plein cœur d’une polémique sur les faux Van Gogh.

LONDRES. Matt Brady, l’avocat des acheteurs, a reconnu : "C’est soit un Van Gogh, soit un faux."  Il est vrai qu’il est difficile de se faire une opinion sur ce tableau, les arguments de ses défenseurs et de ses contestataires se valant peu ou prou. Les premiers invoquent un rapprochement évident avec l’œuvre de Monticelli, artiste dont Van Gogh s’est beaucoup inspiré. Ils attirent également l’attention sur la présence d’une inscription, en partie effacée, comportant les noms de "Vincent", “Gauguin” et l’année "1888". Cer­tains prétendent aussi que le tableau a été acheté en 1905 par Miles Dobson, un Amé­ricain, lors d’un voyage en Europe. Tou­tefois, rien ne prouve ces dires. Du côté des contestataires, on rappelle que le tableau a été examiné en 1968 par l’Institut d’Ams­terdam – fondé par le fils de Théo, l’ingénieur Vincent Van Gogh –, et que l’expert A.J. Pe­tersen a rejeté l’œuvre comme n’ayant "rien à voir avec Van Gogh". Les contestataires arguent surtout du fait que Lauriers-roses et tournesols est peint sur contre-plaqué, matériau qui, selon eux, n’existait pas à l’époque. Si l’on prouvait le contraire, cela en ferait une pièce unique dans l’œuvre de Van Gogh. Cette bataille d’experts se double d’une bataille judiciaire : parmi le trio d’investisseurs engagé dans l’affaire, Frank Raviscioni est accusé d’avoir essayé de louer les services d’un tueur pour assassiner son partenaire, Albert Pellandini. Le procès devait commencer le 18 août dernier. La vente aura au moins fait une heureuse : Mary Rudolph, la propriétaire du tableau. Elle aura dû attendre ses quatre-vingt-six ans pour réussir à se départir d’une œuvre qu’elle avait jusque-là vainement tenté de vendre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°43 du 12 septembre 1997, avec le titre suivant : 220 000 dollars pour un faux ?

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