Dimanche 19 janvier 2020

Une chapelle classée du XVIIIe siècle rasée au Mexique

Par Julie Paulais · lejournaldesarts.fr

Le 3 août 2015 - 579 mots

SAN PABLO DEL MONTE (TLAXCALA, MEXIQUE) [03.08.15] – La chapelle du Santo Cristo, ensemble architectural de grande valeur datant du XVIIIe siècle, a été démolie jusqu’aux fondations entre samedi 25 et dimanche 26 juillet. Il s’agit d’un bien classé monument historique et enregistré dans le Registre public de la propriété fédérale mexicaine.

Les autorités culturelles mexicaines ont qualifié l’incident d’« acte barbare » sans précédent dans l’histoire du pays. Il aura suffi d’à peine deux jours pour réduire à néant un ensemble architectural dont les éléments les plus anciens remontent au XVIIIe siècle, rapporte le quotidien espagnol El País. La chapelle du Santo Cristo, située dans la petite ville de San Pablo del Monte (Tlaxcala) au centre du Mexique et classée monument historique, était encore debout le vendredi 24 juillet. Mais le lundi 27, les représentants de l’Institut d’anthropologie et d’histoire (Inrah) ont constaté sur place que les édifices avaient été rasés jusqu’aux fondations. Les autorités pensent que la destruction a eu lieu en une seule nuit.

« Il s’agit d’un événement sans précédent, aucun phénomène similaire n’a jamais eu lieu au Mexique », souligne Raúl Delgado Lamas, directeur des sites et monuments du patrimoine culturel au Conaculta (Conseil national pour la culture et les arts), selon qui « les communautés sont très attentives à la préservation et à l’intégrité de ces biens si liés à leur identité ». L’évêque de Tlaxcala Mgr Francisco Moreno Barrón a exprimé « sa surprise et son incrédulité » et a précisé que le curé Juventino Rocha Lima « n’avait pas été consulté » à propos d’une démolition.

Pourtant, la chapelle du Santo Cristo est bien protégée par la loi fédérale sur les monuments et les zones archéologiques, artistiques et historiques, et elle est inscrite sur le Registre public de la propriété fédérale. Pour le moment, les autorités locales ont été incapables d’identifier les responsables. Lors d’une conférence de presse donnée mardi, le gouverneur Mariano González Zarur a directement fait porter la responsabilité à la population. « Nous avons des informations selon lesquelles il s’agit d’un acte des habitants eux-mêmes », a-t-il déclaré, et certains habitants auraient d’ailleurs laissé entendre que la chapelle représentait un risque pour leurs familles en raison de son état de dégradation.

Le Conseil national pour la culture et les arts (Conaculta) et l’Inrah ont déposé une plainte et ce dernier enquête également sur ce qu’il est advenu du mobilier et des objets liturgiques conservés dans le sanctuaire, notamment un crucifix à valeur historique. Mercredi, la Commission d’Etat sur la sécurité a localisé 16 monticules de débris qui appartiendraient à la chapelle, rapporte Milenio, et qui vont être méticuleusement fouillés.

La chapelle du Santo Cristo, bâtiment hybride mélangeant architecture religieuse traditionnelle espagnole et éléments indigènes de la culture tlaxcala, était un site important pendant la période coloniale, la ville de Tlaxcala toute proche étant le lieu de l’établissement du premier archevêché en Amérique latine, en 1525. Elle avait également une valeur particulière, car elle était située sur l’ancienne route reliant le port de Veracruz, ville par laquelle est arrivé Hernán Cortés, avec lequel les Tlaxcaltèques se sont alliés pour défaire l’empire aztèque, à Mexico, première ville fondée par les Espagnols en territoire continental américain. Le bâtiment principal datait du XVIIIe siècle, mais il lui avait été adjoint deux clochers et un dôme dans les années suivantes. San Pablo del Monte conserve d’autres éléments patrimoniaux d’importance, comme l’église San Miguel Arcángel, construite en 1620, et un patrimoine immatériel d’une grande richesse.

Légende photo

La chapelle du Santo Cristo avant sa destruction © photo INAH

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