Dimanche 28 février 2021

Un entretien exclusif avec Patrick Perrin : « Nous n’allons pas embêter le SNA »

Par Armelle Malvoisin · lejournaldesarts.fr

Le 6 février 2012 - 759 mots

PARIS [06.02.12] - L’Américain Sanford Smith (74 ans) a rompu l’accord passé avec la SOC (Société d’organisation culturelle) pour l’organisation du 2e Pavillon des Arts et de Design (PAD) à l’Armory Show de New York en novembre 2012. Il s’est tourné vers le Syndicat national des Antiquaires (SNA) qui va reprendre le lieu aux mêmes dates pour lancer un salon d’art moderne et contemporain. Entretien avec Patrick Perrin, le directeur de la SOC. PAR ARMELLE MALVOISIN

Quel accord aviez-vous passé avec Sanford Smith pour le PAD à New York sur le site de l’Armory Show ?
Pendant dix ans, nous avons cherché à lancer un salon à New York. Le problème est que, un peu comme en Chine ou en Russie, on ne peut rien faire sans associé américain pour rentrer à l’Armory Show. La location en direct n’est pas possible. Sanford Smith est à l’origine un organisateur de salons de qualité très moyenne. À New York, seuls les Haughton ont monté des salons d’art de qualité. Le reste s’apparente peu ou prou à de la brocante, sans comité de sélection des exposants, ni d’expertise des œuvres. On était associés avec Sanford Smith à 50-50 dans la société MAD (Modern Art & Design). Sanford Smith nous apportait le lieu qu’il aménageait et des dates d’exposition, et nous nous occupions du reste (le plan, les dossiers techniques, la sélection des exposants…). Smith n’a aucun droit sur le PAD qui appartient à la SOC.

Quand vos relations se sont-elles tendues ?
Dès le premier jour de notre association. Quand Sanford Smith a vu la qualité des exposants sélectionnés et notre succès annoncé, il y a rapidement eu un problème d’ego qui s’est posé. Il a par exemple voulu avoir sa photo dans le catalogue. Il voulait aussi s’adresser à la presse, alors qu’il ne sait même pas qui est Damien Hirst ou Anish Kapoor. Et puis il y a eu une incompréhension totale dans la façon de voir les choses. Il n’a pas compris l’utilité d’avoir les services de la meilleure attachée de presse américaine (Nadine Johnson) pour lancer un salon de cette qualité à New York. Il a seulement vu que c’était beaucoup plus cher que de ne pas en prendre du tout. Pendant la campagne de presse, mes déplacements à New York pour aller à la rencontre des journalistes américains, il appelait cela de l’entertaining. Et puis Sanford Smith comptait les entrées payantes du salon, tandis que nous avions choisi de vendre un peu plus cher les stands aux exposants pour financer des partenariats avec des médias (comme on le fait à Paris et à Londres) permettant aux abonnés de ces journaux et magazines de recevoir des invitations gratuites pour le PAD. Ces entrées non payantes sont pour les exposants des entrées de qualité.

Vous étiez engagés sur quelle durée ?
Nous étions engagés sur six ans avec lui, mais avec une possibilité de rompre si les résultats n’étaient pas conformes à nos attentes. Ce qu’il a fait. Nous avons fait le plus beau salon que New York ait vu depuis vingt ans. Avec une clientèle prestigieuse. Mais, lui, ne l’a pas vu comme cela.

Le Syndicat national des Antiquaires (SNA) a repris vos dates pour organiser un autre salon avec Sanford Smith…
Nous n’allons pas embêter le SNA dans sa décision de s’associer avec Sanford Smith. Malheureusement, je crois que les dirigeants du SNA se rendront assez vite compte que Sanford Smith ne sait pas organiser une bonne exposition. Et qu’il faudra qu’ils tordent le bras à leur associé pour l’obliger à dépenser ce qu’il faut pour que le salon soit une réussite.

Le PAD de New York, c’est terminé ?
Nous n’allons pas faire non plus un procès pendant des années à Sanford Smith. Aujourd’hui, nos avocats lui ont demandé de régler la totalité des factures des fournisseurs et prestataires, ce qui n’est toujours pas fait. Par exemple, il n’a pas réglé l’imprimeur du catalogue édité à 5 000 exemplaires, parce qu’il n’a pas eu sa photo dedans. Nous pensions, il n’y a pas encore très longtemps, pouvoir nous arranger (même si ce n’est pas un cadeau de travailler avec lui) pour poursuivre la belle aventure du PAD à New York. À présent, nous ne voulons plus avoir à faire à lui. Pour l’instant, nous n’avons pas de solution : il n’y aura pas de PAD à New York en 2012. Aujourd’hui nous nous concentrons sur le nouveau PAD de Milan programmé en avril 2013, pendant le Salon du meuble de Milan.

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Patrick Perrin - © Photo Céline Nieszawer.

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