Dimanche 27 septembre 2020

Polémique autour d’un portrait de Benoit XVI réalisé avec des préservatifs

Par Julie Paulais · lejournaldesarts.fr

Le 1 juillet 2015 - 528 mots

MILWAUKEE (WISCONSIN, ETATS-UNIS) [01.07.15] – Le portrait de Benoit XVI réalisé par l’artiste Niki Johnson à partir de 17 000 préservatifs colorés a provoqué l’ire des catholiques à l’encontre du Milwaukee Art Museum, qui avait accepté il y a peu cette donation atypique.

La technique inhabituelle utilisée pour créer un portrait du pape émérite Benoît XVI, à savoir 17 000 préservatifs de diverses couleurs, a provoqué la colère des dirigeants et membres de la communauté catholique de Milwaukee, rapporte le Milwaukee Journal-Sentinel.

Le Milwaukee Art Museum a récemment reçu le portrait de l’ancien pontife, intitulé « Eggs Benedict », sous forme d’une donation venant du philanthrope et défenseur des droits gay Joseph Pabst, qui l'avait lui-même acheté pour environ 25 000 dollars. Le musée a annoncé l'acquisition au mois de juin, mais l’œuvre ne sera exposée dans les salles qu’à l'automne, lorsque le musée rouvrira les galeries de la collection permanente après rénovation.

L’archevêque de Milwaukee, Mgr Jerome E. Listecki, a immédiatement critiqué la décision du Milwaukee Art Museum d'accepter la pièce sur son blog et a envoyé une lettre à la direction. Il souligne le fait que des œuvres tournant en dérision d’autres religions n’auraient peut-être pas été considérées comme acceptables par le musée.

L’artiste Niki Johnson a expliqué dans une interview que l’origine de cette œuvre provient de son profond désaccord avec une déclaration controversée de Benoit XVI selon laquelle l’utilisation de préservatifs pourrait contribuer à la propagation du sida en Afrique. Le portrait, dit-elle, n’est pas une déclaration de haine mais plutôt une façon de critiquer les positions sociales de Benoît XVI tout en sensibilisant le public sur ces questions de santé publique. « Ce que je veux faire c’est déstigmatiser le préservatif, le normaliser ».

C’est également la position adoptée par le Milwaukee Art Museum. « Cette œuvre n’a pas pour but d’être dérisoire, moqueuse ou irrespectueuse. Le but était d’avoir une conversation sur le sida », a ainsi déclaré Don Layden, président du conseil d’administration du musée. De même, Dan Keegan a expliqué dans un communiqué que l’« espoir est que cette pièce n’apportera pas seulement une controverse mais également une conversation autour du débat sous-jacent voulu par l’artiste aussi bien que sur le rôle de l’art dans le débat public ».

Cependant, selon le Journal-Sentinel, le musée a reconnu avoir reçu environ 200 plaintes concernant l’œuvre. Plusieurs membres ont cessé leur adhésion, un guide bénévole de longue date a donné sa démission, et au moins un donateur a promis de ne plus jamais soutenir financièrement le musée. Les responsables du musée ont souligné qu’un nombre égal de personnes ont exprimé leur soutien pour la pièce et que les adhésions et les promesses de soutien sont en augmentation générale, y compris venant de catholiques. Dan Keegan insiste dans son communiqué sur le fait que les musées ne doivent pas prendre de décisions sur leur programmation ou leurs acquisitions d’après leurs donateurs et mécènes. « Si les musées prenaient leurs décisions à partir des réactions de leurs donateurs ou des réponses négatives à leur programmation, nous, en tant que nation et société libre, serions bien plus pauvres que la perte d’une future donation ».

Légende photo

Niki Johnson, Eggs Benedict, 2013, composé de 17 000 préservatifs - source le blog de Niki Johnson

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