Samedi 24 février 2018

Monique Sary

Conservateur en chef des Musées de Metz

Le Journal des Arts

Le 11 février 2008

Une fois par mois, nous invitons un conservateur à choisir une œuvre de son musée qu’il souhaite mettre en avant et faire mieux connaître du public. Monique Sary, conservateur en chef du Musée de la Cour d’or de Metz, a sélectionné Metz, 1994, une œuvre de Georges Rousse.

Si les Musées de la ville de Metz offrent l’une des plus prestigieuses collections archéologiques dans cette région située au cœur de l’histoire européenne, leur pluriel détermine également une présence artistique contemporaine. La vitrine beaux-arts, moins souvent évoquée, trouve une dimension temporelle majeure pour la période contemporaine avec une œuvre de Georges Rousse, Metz, 1994, mise en scène dans le Grand Magasin de la Citadelle. Ce Niçois d’origine découvre Metz sur le chemin hasardeux des garnisons paternelles. Il y passe une enfance et une adolescence encombrées de souvenirs sur les terrains d’aventure des arsenaux, tours et bastions de l’ancienne cité fortifiée. En investissant les lieux abandonnés promis à la destruction et à l’oubli, il crée une œuvre unique, témoignage instantané d’un moment, d’un édifice que l’histoire a figés et qu’il transforme grâce à la magie de la lumière, au jeu de répétitions de formes géométriques et de couleurs, en un volume virtuel “sculpté”. L’artiste n’en montre qu’une photographie, éphémère état des lieux, mais ce faisant, il rassemble et rend indissociables les trois gestes : celui du peintre, du sculpteur et du photographe. Résultat d’un travail discret, patient et intense, cette construction fugitive qui semble flotter dans un espace délabré, s’intercale comme une grille à décoder entre le regard du spectateur et l’univers secret du monument déserté. “J’ai eu envie de ramener cet espace à un plan vertical unique”, explique l’artiste. C’est le photographe qui met en place ce quadrillage coloré. Puis il en dessine le tracé sur les murs de pierre et de briques évidés, sur les poutres et les planchers, le plafond et les piliers, les croisées et les cloisons percées avant de peindre l’ensemble dans le code des teintes préparé à l’avance.

Dans Metz, 1994, la blondeur d’une charpente et d’un parquet de bois brut rencontre une lumière pâle et encadre une explosion de couleurs, essentielles et fragmentées, où les bleus ardents vibrent, les rouges flamboient, les jaunes filtrent l’or, accompagnés des blancs laiteux qui accentuent les reliefs et des noirs qui les gomment. Aujourd’hui, une part du travail a disparu, mais l’œuvre finale, en englobant le poids du passé, est en symbiose directe avec l’histoire d’une ville et le patrimoine de ses musées. L’artiste y apporte le supplément d’âme de son imaginaire. Immortalisé, bâtiment à la mémoire recomposée, le Magasin aux Vivres projette dans l’espace une vision neuve que l’accélération du temps nous invite à revisiter, à restituer. Dans le patrimoine des Musées de Metz, cette œuvre tient une place exceptionnelle. Tout en inspirant et en renouvelant les correspondances, inscrites entre passé et présent, des collections permanentes, elle trace et nourrit leur chemin d’avenir.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°132 du 14 septembre 2001, avec le titre suivant : Monique Sary

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