Dimanche 26 janvier 2020

Musée

Les Offices réaménagent leur parcours permanent

Par Olivier Tosseri, correspondant à Rome · Le Journal des Arts

Le 21 juin 2019 - 828 mots

FLORENCE / ITALIE

Le directeur allemand des Offices a inauguré le 29 mai dernier quatorze nouvelles salles consacrées aux maîtres vénitiens et florentins du XVIe siècle. Parmi les 105 toiles concernées, de nombreuses viennent des réserves du musée et n’étaient plus visibles depuis des décennies.

Galerie des Offices © Photo Uffizi 2019
Le nouvel écrin de la Vénus d'Urbin et de la Fornarina à la Galerie des Offices
© Photo Uffizi 2019

Florence.« C’est comme si nous avions ouvert un musée à l’intérieur du musée. » Eike Schmidt, quittera son poste de directeur des Offices cet automne pour diriger le Kunsthistorisches Museum après quatre années à la tête de l’une des plus prestigieuses institutions culturelle italienne. Mais avant de faire ses cartons, il a décidé de sortir des réserves, 36 grands chefs-d’œuvre de maîtres du XVIe siècle qui s’y trouvaient relégués. En tout, 105 toiles occupent désormais les 1 100 m2 de quatorze nouvelles salles inaugurées le 29 mai dernier. Le chantier d’un an a représenté un investissement de 600 000 euros. Après l’ouverture l’an dernier de huit salles consacrées aux artistes du XVIIe siècle, le vaste réaménagement des espaces d’exposition des Offices est pratiquement achevé. Il se conclura ces prochains mois avec une trentaine de salles qui seront consacrées aux artistes du premier tiers du XVIe siècle, en particulier Raphaël et Michel-Ange, ainsi qu’aux autoportraits.

« L’opération que nous venons d’achever est gigantesque, explique Eike Schmidt. Il y a évidemment une salle entière consacrée à la Vénus d’Urbin entourée de Flore, toujours du Titien, et de la Fornarina de Sebastiano del Piombo. Mais ce sont surtout des toiles de Lorenzo Lotto, du Tintoret et de Veronese, qui n’étaient plus visibles depuis des décennies que nous exposons de nouveau. » La collection de maîtres vénitiens du XVIe des Offices, bien qu’elle soit l’une des plus importantes au monde, était jusqu’ici peu ou mal mise en valeur. Le musée ne faisait que suivre les préceptes de l’historien de l’art Giorgio Vasari (1511-1574). Il professait sans ambages la supériorité de l’école florentine sur la vénitienne, privilégiant le dessin à la couleur. À cela s’ajoute la perception erronée du public que les artistes de l’époque de la contre-réforme ont renoncé à leur liberté pour respecter les injonctions des théologiens voulant discipliner les arts, ce qui rendrait leur production ennuyeuse ou conventionnelle. « Nous avons corrigé cette injustice, précise Eike Schmidt. Ils ont au contraire fait preuve d’une grande diversité et vivacité dans le choix des thèmes iconographiques et dans leur traitement. La Madone du peuple de Federico Barocci (1579) est aussi de nouveau exposée après dix ans passés dans les dépôts. Nous avons également voulu souligner les liens et les influences réciproques avec les écoles hollandaises et flamandes à la même époque. Les toiles ne sont plus exposées dans des salles en enfilade, mais disposées au cœur d’espaces tridimensionnels. Ce n’est pas une approche de l’histoire de l’art hegelienne avec un début et une fin sur une grande route, mais la preuve que les chemins de traverses sont tout aussi intéressants. »

Un vaste réaménagement

Des salles utilisées jusqu’ici uniquement pour des expositions temporaires ont été réintégrées dans le parcours du musée. Une fenêtre offrant une vue sur le fleuve Arno et les collines au sud de Florence a été percée dans l’une d’elles et des ­banquettes installées pour pouvoir s’attarder devant les œuvres. L’éclairage et les vitrines bénéficient des dernières avancées technologiques pour assurer la meilleure exposition, protection et conservation des œuvres. Des aménagements rendus possibles grâce aux dons des mécènes avec Friends of the Uffizi Galleries qui a déboursé 100 000 euros pour la salle de la Vénus d’Urbin. Mais aussi grâce à la nouvelle politique tarifaire mise en place par Eike Schmidt. Pour lutter contre« le flux croissant de hâte et de superficialité » et promouvoir « le tourisme de qualité », le prix du billet d’entrée est ainsi passé de 8 à 20 euros. Une hausse accompagnée par l’offre de pass 72 heures et d’abonnements annuels à prix réduits pour visiter les Offices, le Palais Pitti et les jardins Boboli. Une stratégie qui s’est révélée payante avec l’an dernier une augmentation de 6 % de la fréquentation qui s’est établie à plus de 4 150 000 visiteurs. Les recettes ont progressé de 50,5 % à plus de 34 millions d’euros.

« Ce boom est la preuve que nous avions raison, se félicite Eike Schmidt. Nous avons d’ailleurs noté une légère baisse de la fréquentation pendant la haute saison et une hausse pendant la basse saison. Avec ces disponibilités financières accrues, nous avons pu soutenir les travaux de réaménagement du musée, améliorer les conditions de conservation des œuvres dans les dépôts, mais aussi soutenir la recherche scientifique. » Un bilan qui sera prochainement évalué par le ministère de la Culture. Malgré le nationalisme d’un gouvernement réticent à voir des étrangers diriger les plus grands musées du pays, Eike Schmidt pourrait se voir proposer de rester. Il n’attend pas qu’on lui confirme qu’il a bien fait ses preuves à son poste. Pour un nouveau mandat à Florence et pour une nouvelle aventure à Vienne, il sait qu’il a laissé sa marque aux Offices, celle du nouveau visage qu’il leur a donné.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°526 du 21 juin 2019, avec le titre suivant : Les Offices réaménagent leur parcours permanent

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