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HOLLYWOOD

L’« Academy Museum of Motion Pictures », nouveau temple du 7e art

Par Lorraine Lebrun · Le Journal des Arts

Le 20 avril 2021 - 804 mots

LOS ANGELES / ÉTATS-UNIS

L’académie des Oscars devrait ouvrir fin septembre à Los Angeles un musée du cinéma d’envergure internationale conçu par l’agence d’architecture de Renzo Piano.

Academy Museum of Motion Pictures, à Los Angeles. © Josh White, JWPictures / Academy Museum Foundation
Academy Museum of Motion Pictures, à Los Angeles.
© Josh White, JWPictures / Academy Museum Foundation

Los Angeles (Californie). Dans la ville du cinéma hollywoodien, criante était l’absence d’un musée d’envergure internationale consacré au 7e art. L’Academy of Motion Picture Arts and Sciences, organisation professionnelle qui remet chaque année les Oscars, pallie ce manque en ouvrant son propre musée, l’« Academy Museum of Motion Pictures ». Envisagé depuis près d’un siècle, le projet s’est véritablement concrétisé en 2012 avec la sélection de l’agence d’architecture de Renzo Piano pour la conception du site. L’ouverture de ce nouveau temple du cinéma, initialement prévue en 2017, a été repoussée au 30 septembre prochain.

L’« Academy Museum of Motion Pictures » est installé dans le Saban Building, un immeuble Art déco de style « paquebot » dont la façade est classée monument historique et patrimonial de la Ville de Los Angeles ; il a été construit en 1939 pour les grands magasins de la May Company. Situé dans le quartier de Miracle Mile, il prend place sur la « Museum Row » (la « rangée de musées »), non loin du Lacma (Los Angeles County Museum of Art), du Petersen Automobile Museum et de l’Architecture and Design Museum.

La « Spielberg Family Gallery »

Pour un budget de 482 millions de dollars [410 M€] (dépassant de près de 100 millions de dollars les projections initiales), les quelque 23 000 mètres carrés du Saban Building ont ainsi été restructurés pour accueillir un musée, mais aussi des salles de conférence et ateliers de conservation ou un auditorium de 288 places. S’y adjoint une structure sphérique de 5 000 m² qui abrite l’auditorium David-Geffen d’une capacité de 1 000 spectateurs. Dans ces deux auditoriums, dotés des dernières technologies sonores, pourront être projetés des films aussi bien en numérique qu’en analogique avec des pellicules de 70 mm, 35 mm ou 16 mm. Certaines parties du bâtiment resteront en accès libre comme le café-restaurant, la boutique, mais aussi une salle, la « Spielberg Family Gallery », dans laquelle dix écrans suspendus permettront de visionner alternativement quelque 700 films.

Dans ce vaste complexe, le musée occupera 4 600 mètres carrés répartis sur cinq niveaux, abritant des salles d’expositions permanentes et temporaires. Pour remplir ces salles, l’académie des Oscars a entamé en 2008 une campagne d’acquisition qui lui a permis de réunir près de 8 000 pièces. Mais elle a également pu puiser dans ses propres collections, qui recèlent environ 12,5 millions de photographies, 91 000 scénarios ainsi que les collections personnelles de grands noms du cinéma américain comme Katharine Hepburn ou Alfred Hitchcock. Ces pièces viendront en particulier composer le parcours permanent intitulé « Stories of Cinema » (Histoires de cinéma) qui relate l’histoire du cinéma mondial depuis les frères Lumière jusqu’à nos jours, en adoptant une approche historique, esthétique mais aussi thématique et immersive.

L’académie peut aussi compter sur le réseau des personnalités « oscarisées ». Ainsi, la compositrice Hildur Guðnadóttir et les réalisateurs Spike Lee et Pedro Almodóvar ont chacun conçu une salle témoignant de leurs sources d’inspiration respectives.

Ce parcours muséal se double d’un discours qui entre en résonance avec les préoccupations actuelles des États-Unis. Un positionnement engagé et volontairement « inclusif », alors que les cérémonies des Oscars ont souvent servi de tribunes aux artistes face à la présidence Trump. Le musée programme ainsi divers événements avec la volonté de ne pas contourner les « sujets problématiques » – selon les termes du communiqué de presse. « Qu’ils rendent hommage à des légendes hollywoodiennes, explorent les processus créatifs de professionnels du 7e art ou abordent les questions de race, de genre, de sexualité et d’inégalité qui parcourent l’histoire du cinéma, ces événements auront recours au pouvoir des films et aux histoires des réalisateurs pour faire évoluer les mentalités », explique ainsi Jacqueline Stewart, directrice artistique et responsable de la programmation. Une programmation qui se veut par ailleurs résolument internationale : l’exposition inaugurale sera consacrée au cinéaste japonais Hayao Miyazaki qui bénéficie là de sa première grande rétrospective sur le sol américain.

Mais en attendant d’accueillir physiquement des visiteurs en ses murs, le musée lance, en guise d’avant-goût, une offre virtuelle en parallèle de la cérémonie des Oscars qui se tiendra cette année fin avril. Rencontres, projections et activités pédagogiques seront à retrouver en ligne sur le site Internet du musée.

Fait intéressant : alors qu’en France la chronologie des médias fait l’objet d’âpres discussions, et que l’arrivée des films Netflix au Festival de Cannes s’est faite dans la douleur, la présidence du conseil d’administration de l’Academy Museum sera assurée par Ted Sarandos, co-PDG de Netflix.

Nul doute que ce musée, par son ampleur et ses ressources, viendra compléter la liste de ces grandes institutions internationales que sont le Musée national du cinéma de Turin ou la Cinémathèque de Berlin. Une offre que le futur musée du cinéma de Cannes, actuellement en projet, espère lui aussi rejoindre rapidement.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°565 du 16 avril 2021, avec le titre suivant : L’« Academy Museum of Motion Pictures », nouveau temple du 7e art

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