Vendredi 1 juillet 2022

Histoire

De Gaulle en ses terres

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 1 octobre 2008 - 570 mots

Le 11 octobre, le président Nicolas Sarkozy et la chancelière Angela Merkel inaugureront le nouveau mémorial de Colombey-les-Deux-Églises.

COLOMBEY-LES-DEUX-ÉGLISES (HAUTE-MARNE) - « Je déclare refuser d’avance toute distinction, promotion, dignité, citation, décoration […]. Si l’une […] m’était décernée, ce serait en violation de mes dernières volontés ». Le 16 janvier 1952, soit près de vingt ans avant sa mort, le général de Gaulle exprimait ainsi ses dernières volontés. Que penserait-il aujourd’hui du mémorial bâti au pied de la grande croix de Lorraine sur la colline boisée de Colombey-les-Deux-Églises, face à sa propriété de la Boisserie ? Frédérique Dufour, historienne chargée de la conception de l’exposition permanente du Mémorial, n’esquive pas la réponse. « Je ne suis pas sûre que cela lui aurait plu, explique-t-elle, mais ce n’est pas l’enjeu. L’enjeu, c’est que les jeunes connaissent son histoire ». C’est donc dans ce but – mais aussi pour entretenir le mythe – que la Fondation Charles de Gaulle s’est engagée dans ce projet, dès 2003, avec le Conseil général de la Haute-Marne. Sans publicité, le site attirait, en effet, déjà annuellement près de 60 000 visiteurs… Il en faudra désormais le double pour que l’investissement parvienne à l’équilibre.
Côté architecture, le duo Jacques Millet et Jean-Côme Chilou, qui avait déjà œuvré au Mémorial de Caen, a su intégrer le bâtiment  sans emphase dans le site, au pied de la grande croix érigée en 1972 grâce à une souscription nationale. L’intérieur ménage des vues somptueuses sur les courbes verdoyantes de la campagne de Colombey-les Deux-Églises, sorte de miracle paysager préservé de toute construction par le seul pouvoir de la volonté politique. Le parcours de l’exposition joue ainsi habilement la carte de cet attachement viscéral de de Gaulle à cette terre rurale dont il aimait l’âpreté, et où il choisit d’ancrer sa famille en 1934. La phrase de Jacques Chaban-Delmas, « il reflétait ce paysage et ce paysage le reflétait », constitue ainsi le préambule de l’exposition. L’idée est judicieuse : elle confère une humanité à un personnage jugé froid et distant, en frôlant son intimité, et évite les redondances avec le tout nouvel Historial ouvert aux Invalides, à Paris (lire le JdA n°276, 29 février 2008). Piloté lui aussi par la Fondation, mais largement financé par l’État, sa création a suscité l’incompréhension des acteurs du mémorial de Colombey-les-Deux-Églises qui parlent aujourd’hui, du bout des lèvres, de « complémentarité ».
Malgré quelques extravagances décoratives, le parcours scénographique, qui joue de la contraction et de la dilatation des espaces au gré des soubresauts de l’Histoire, est une véritable réussite. Immergé dans la pénombre, le visiteur est sollicité par des images et des sons, mais aussi par quelques reconstitutions, judicieusement articulés pour susciter des allers-retours entre l’homme et la grande Histoire. Quitte à déplaire à certains gaullistes, comme avec ce face-à-face entre le message sonore de Pétain du 17 juin et l’appel du général du 18 juin. « L’appel a été enregistré après coup et nous voulions rester dans l’authentique, précise Frédérique Dufour, tout en reflétant le rapport de force de l’époque ». Si l’émotion est sollicitée, le propos sert avec justesse l’Histoire, faisant du projet un formidable outil de vulgarisation. Son appellation de mémorial, aux relents hagiographiques, est donc trompeuse. « Centre d’interprétation aurait peut-être été plus juste », reconnaît Frédérique Dufour.

MÉMORIAL CHARLES DE GAULLE, 52330 Colombey-les-Deux-Églises, tél. 03 25 30 90 80, www.memorial-charlesdegaulle.com, tlj sauf mardi 10h-17h30 (19h30 l’été), fermé en janvier.

Mémorial Charles de Gaulle

- Architecture : Jacques Millet et Jean-Côme Chilou
- Scénographie : Christian Le Conte et Geneviève Noirot
- Commissariat de l’exposition : Frédérique Dufour, agrégée et docteur en Histoire
- Coût : 22 millions d’euros
- Superficie : 4 000 m²
- Exposition permanente : 1 600 m²

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°288 du 3 octobre 2008, avec le titre suivant : De Gaulle en ses terres

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