Histoire

Les Barberini et la culture européenne du XVIIe

Le Journal des Arts

Le 15 janvier 2008 - 783 mots

Les éditions De Luca publient en italien les actes d’un colloque international qui s’est tenu à Rome en 2004. Un point sur la connaissance de l’histoire de l’art romain

Résultat d’un colloque d’une semaine entière qui s’est tenu en décembre 2004 à Rome au palais Barberini aux Quatre Fontaines, l’ouvrage tout juste paru aux éditions De Luca constitue une véritable somme des connaissances sur le siècle des Barberini, selon la formule utilisée par Marc Fumaroli dans son introduction précédée d’un avant-propos de Claudio Strinati. Plus de 700 pages, près de 800 photographies, 60 contributions de spécialistes du monde entier parmi lesquels plusieurs historiens et historiens de l’art français font de ce volume un luxueux ouvrage de référence.

Tout en faisant le point sur le Seicento romain, sur lequel avaient déjà porté les colloques et expositions consacrées notamment à Pietro Da Cortona, Gian Lorenzo Bernini et Francesco Borromini, tous trois artistes des Barberini, ce livre peut être lu avec profit aussi bien par les érudits que par les amateurs d’art. Parmi les illustrations, de nombreuses œuvres issues des collections des héritiers du prince Agostino Barberini, dédicataire du volume, sont présentées pour la première fois, ainsi d’un portrait par Bernini et des meubles.

Rien ne paraît avoir été oublié. De la politique à la tapisserie, de l’orfèvrerie à la reliure et aux médailles, de l’architecture à la musique et aux jardins, des fêtes à la guerre et aux antiquités, des érudits aux grands décors peints, de la géographie à la diplomatie, le lecteur entre plus avant dans l’intimité de ce temps. Il comprend mieux ainsi comment s’est formé dans les années 1620, grâce à de jeunes artistes comme le Français Simon Vouet, ce nouveau « style » romain qui allait reconquérir l’Europe. Il peut aussi mesurer à quel point tous les domaines du savoir et de l’art furent mis au service de cette mission, anticipant les procédés qui firent plus tard la gloire du siècle de Louis XIV.

L’élément nouveau est sans doute le point de vue choisi. Le travail n’a été centré ni autour d’un artiste comme lors des précédentes publications citées, ni autour d’un pape ou d’un grand personnage de sa cour, ni relativement à une date, comme le beau Rome 1630 d’Yves Bonnefoy, mais autour d’une famille papale, en l’occurrence la plus importante du premier Seicento romain. En s’appuyant sur une longue chaîne de travaux d’érudits, qui, depuis plusieurs décennies, se sont plongés dans les archives Barberini de la Bibliothèque vaticane (emboîtant le pas à Marilyn Aronberg Lavin), en pousuivant l’exploration des documents et des objets, en faisant fructifier les œuvres pionnières de Marc Fumaroli (1), le colloque et l’ouvrage qui en découle ont pris le parti du rassemblement des connaissances, de la pluridisciplinarité, de la micro-histoire, de la réflexion nécessaires pour rendre compte d’une époque riche et féconde.

Diffusion du catholicisme
Plus ambitieux qu’une étude consacrée au mécénat, le projet a consisté en l’analyse des moyens et des fins du mouvement de rénovation entrepris à Rome au début du XVIIe siècle et fondé sur un programme artistique et culturel dont le but était de diffuser en Europe et dans le monde la foi catholique. Commencé avant même l’accession du cardinal Maffeo Barberini au trône de Pierre en 1623, soutenu dans cette tâche par ses neveux, les cardinaux Francesco (1597-1679) et Antonio (1607-1671), il fut continué après sa mort, en 1644. De cette entreprise naquit ce que, faute de mieux, on peut appeler un « style », perceptible dans toutes les expressions intellectuelles et sensibles de cette période qu’étudie Francesco Solinas dans son article.

Du renouvellement de l’approche d’un Francis Haskell dans un esprit de précision savante sont issues les contributions d’Irving Lavin sur le pape, l’artiste et le génie du lieu, ou de Sebastian Schütze sur la bibliothèque du cardinal Maffeo, fondant une biographie culturelle et intellectuelle du pape. Mais aussi de John Beldon Scott sur les relations entre Galilée et Urbain VIII permettant de comprendre les liens entre science et allégorie au palais Barberini, et de Joseph Connors sur le moment culturel au début des travaux à Saint-Yves-de-la-Sapience.

On pourra peut-être reprocher à ce livre son éparpillement, mais ce serait ignorer le danger d’une vision uniforme sur un tel sujet. Plus près encore des sources et bénéficiant du recul permis par les nombreux travaux réalisés sur cette période depuis plus de vingt ans, les textes réunis dans cet ouvrage livrent un état multiforme d’une réalité insaisissable autrement que dans sa diversité.

I Barberini e la cultura europea del Seicento, Actes du colloque international (7-11 décembre 2004, Rome), sous la direction de Lorenza Mochi Onori, Sebastian Schütze, Francesco Solinas, éd. De Luca, Rome, 2007, 704 p, 790 ill., 95 euros, en italien.

(1) lire en particulier son article sur la tradition rhétorique du Collège romain et les principes inspirateurs du mécénat des Barberini paru en 1978 dans les Mélanges de l’École française de Rome.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°273 du 18 janvier 2008, avec le titre suivant : Les Barberini et la culture européenne du XVIIe

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