Samedi 24 février 2018

L’art espagnol, éditions Bordas

Des effets de \"sol y sombra\"

Le Journal des Arts

Le 9 novembre 2009

Avec sa présentation somptueuse dans un amusant coffret et ses illustrations d’excellente qualité, L’art espagnol qu’a dirigé Xavier Barral i Altet pour les éditions Bordas, peut d’autant mieux apparaître comme le parangon du \"beau livre\" que les auteurs sont, pour la plupart, des personnalités recon­nues de l’histoire de l’art espagnol.

Voici donc un très beau livre : des effets de sol y sombra dramatisent les édifices, aucun fond d’architecture ne détourne le regard des sculptures religieuses, et le lecteur découvrira, en couleur, des peintures des XIXe et XXe siècles qu’il ne connaissait que par de minuscules reproductions en noir et blanc. Conçu sous la forme de grands chapitres chronologiques, mais thématiques, ponctués d’étu­des plus précises sur une œuvre ou une personnalité, il est souvent fort inté­­­res­sant : citons notamment le cha­pitre sur l’art romain dû à Javier Arce, celui sur le califat de Cordoue par Christian Ewert, ou le court mais dense essai de Manuela Mena sur Goya. L’activité picturale depuis l’exil de Goya jusqu’à la guerre civile de 1936, période presque totalement méconnue des Français, est fort bien dominée par Carlos Reyero et Jaime Brihuega.

Mais, et c’est souvent la pierre d’achoppement d’ouvrages qui réunissent des collaborateurs prestigieux, ce livre manque cruellement d’unité et juxtapose des approches trop radicalement différentes : les chapitres sur la Renaissance (Fernando Chueca) et le Baroque (Joan Ramon Triado) multiplient les approches thématiques qui, pas toujours au fait des récents travaux, noient les grandes lignes de l’évolution artistique et sacrifient des personnalités aussi importantes que Vélasquez – qui n’ a droit qu’à une bien faible page – ou Murillo. Et, si l’on comprend mal comment l’art colonial de l’Amérique latine, au demeurant fort bien traité par Joaquin Bérchez et Rafael López Guzman, est réduit à la notion d’"art espa­gnol", on s’explique encore moins bien la quasi-inexistence de l’architecture gothique, l’oubli total de l’art de cour au XVIIIe siècle, du mouvement néo-classique ou de l’architecture du XIXe siècle, qui ne réapparaît qu’avec Gaudi !

L’art espagnol, sous la direction de Xavier Barral i Altet, éditions Bordas, 567 p., 500 ill., présenté en coffret, 900 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°32 du 1 janvier 1997, avec le titre suivant : <em>L’art espagnol</em>, éditions Bordas

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