Dimanche 16 décembre 2018

Fables, formes, figures

L'ŒIL

Le 1 septembre 2000 - 351 mots

La réédition de ce recueil de textes d’André Chastel arrive à point nommé dans le débat sur la spécificité de l’histoire de l’art. Se démarquant des revues d’art fondées par la génération surréaliste pour revendiquer une posture scientifique, Chastel a fait néanmoins de la « fable », et de l’imaginaire, un fil conducteur de ses recherches, qui couvrent la période du Moyen Âge au XXe siècle.

Édité pour la première fois en 1978, ce recueil regroupe 64 études écrites par Chastel entre 1936 et 1977, dont certaines étaient jusqu’alors inédites. Dans le long essai introduisant les deux volumes, l’historien d’art livre les clefs de son parcours, entièrement voué à poser les bases d’une discipline encore balbutiante, en France, dans les années 30. Son attachement à la philologie le fait rapidement réagir au discours dominant des Cahiers d’Art, et plus généralement à ce qu’il désigne comme une tendance française à « l’histoire de l’art littéraire ». Se référant à des auteurs tels que Burckhardt et Panofsky, alors inconnus dans l’Hexagone, il impose une méthodologie rigoureuse, attentive à ce qu’il désigne ici rétroactivement comme les trois aspects spécifiques du langage artistique : le contenu imaginatif (fable), la technique et le style (forme) et la production d’une image (figure). De la pensée surréaliste, Chastel retient néanmoins la primauté accordée à l’imaginaire : le regroupement thématique de ses textes s’achève de manière significative sur un essai de 1955, Le jeu et le sacré dans l’art moderne, qui questionne la rupture de l’homme moderne avec la « fable » et les retours de celle-ci sous la forme festive ou nostalgique du jeu et du sacré. Outre les nombreux textes de référence sur la Renaissance et le baroque italiens, ce recueil recèle, au détour de réflexions sur Delacroix, Seurat, Kandinsky ou Braque, la conception ample et interrogative de l’histoire de l’art qui fut celle d’André Chastel, « une discipline qui se doit d’organiser – comme sa particularité scientifique – une révision permanente de ses interprétations ».

André Chastel, Fables, formes, figures, éd. Flammarion, vol. I, 548 p., 68 F, ISBN 2-0808-1642-X, vol. II, 533 p., ISBN 2-0808-1644-6.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°519 du 1 septembre 2000, avec le titre suivant : Fables, formes, figures

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