ENTRETIEN

Zhang Wei, directrice de Vitamine Creative Space à Guangzhou

« Le marché, une finalité pour les artistes chinois »

Le Journal des Arts

Le 21 mai 2008

Zhang Wei a ouvert la galerie et centre d’art Vitamine Creative Space en 2002 à Guangzhou (Chine). Elle est présente sur Art Basel.

Vitamine Creative Space est à la fois un centre d’art et une galerie. Comment ces deux activités s’imbriquent-elles ?
Lorsque nous parlons de l’espace, nous l’entendons du point de vue de sa dimension technique et structurelle et non sur le plan des opérations quotidiennes. Que ce soit un centre d’art ou une galerie, c’est avant tout une structure qui accueille l’art en train de se faire. Ma question n’est pas : de quel type de structure a-t-on besoin, mais plutôt : quel type d’art veut-on accueillir. De fait, il n’y a pas de règles. Pour avoir un contenu intéressant, il faut une structure flexible, tantôt centre d’art tantôt galerie, qui soutienne l’art sans le cadrer.

Vous êtes basée à Guangzhou alors que la majorité des galeries sont concentrées à Shanghaï et Pékin. Pourquoi ce choix ?
Vitamine Creative Space est un lieu de production et pas seulement un showroom. Guangzhou est située hors de la scène artistique la plus « hot », ce qui nous laisse du temps pour réfléchir. Pour nous, le quotidien signifie avoir du temps pour penser et réaliser des projets. À Guangzhou, on peut le faire plus en profondeur.

Quelle image souhaitez-vous donner de la Chine et des artistes chinois ?
Nous ne travaillons pas seulement avec des artistes chinois, mais aussi avec des créateurs et projets internationaux. Nous ne souhaitons pas projeter une image particulière [mis à part] l’offre d’alternatives dérivant de la sagesse de la philosophie chinoise. Le taoïsme apporte une autre perspective sur le monde.

Pensez-vous que le marché de l’art, et plus particulièrement les ventes publiques, a perverti la perception de la scène artistique chinoise ?
Quand l’argent devient le seul jugement de valeur, immanquablement, il change la perception de la scène. Du coup, l’art dirigé par le marché devient le mainstream [courant principal] et perd de son intérêt.

Existe-t-il en Chine une scène plus résistante, underground, que les amateurs étrangers n’ont pas la possibilité de voir ?
Je ne crois pas qu’il existe de scène underground, car lorsque l’argent devient le moteur, l’art s’assagit, devient « politiquement correct ».

Le boom du marché aurait-il changé le comportement des artistes chinois. Sont-ils plus motivés par l’argent qu’avant ?
Oui. Quand j’ai commencé dans l’art contemporain voilà douze ans, la notion d’art actuel était encore très étrange pour les gens. À l’époque, les artistes créaient non pour de l’argent, mais parce qu’ils en ressentaient la nécessité. Mais avec le boom spéculatif, le marché est devenu une finalité pour les artistes. C’est une chose que je constate partout en Chine. J’ose croire que cette situation ne durera pas. J’espère que les artistes vont communiquer à travers de nouveaux modèles, autres que celui de l’argent.

Mis à part Guan Yi (1), existe-t-il de vrais collectionneurs en Chine ?
Il y a plus d’investisseurs que de collectionneurs. Mais c’est normal dans le processus que vit la Chine. Dans un premier temps, les gens ne voient que la plus-value financière. Ils n’ont pas encore réalisé que l’art embrasse d’autres types de valeur. Cela prendra du temps.

Comment gérez-vous la question de la censure ?
Je parlerais plutôt d’autocensure. Vous savez inconsciemment quoi faire et ne pas faire…

Vous êtes devenue membre du comité de sélection de la Foire de Bâle pour les sections « Art Premiere » et « Art Statements ». Avez-vous contribué à la présence cette année de quatre galeries chinoises ?
Art Basel a toujours observé avec intérêt l’art contemporain en Chine, comme partout ailleurs dans le monde. Mais le plus important reste la qualité de la galerie, qu’elle soit chinoise ou pas.

Avec quel projet exposez-vous dans « Art Statements » ?
Nous exposons le collectif Yangjiang Group, composé des artistes Zheng Guogu, Chen Zaiyan et Sun Qinglin. Leur projet traite du rat, de la vache, du tigre, du lapin, du dragon et du serpent. Il y aura une scène pour présenter une performance, faire des paris traditionnels chinois et explorer la pensée philosophique du pays par le biais du jeu.

(1) lire le JdA no 244, 6 oct. 2006, p. 26.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°282 du 23 mai 2008, avec le titre suivant : Zhang Wei, directrice de Vitamine Creative Space à Guangzhou

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