ENTRETIEN

Volker Diehl, galeriste à Berlin et Moscou

« Je serai la première galerie non russe à Moscou »

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 9 avril 2008

Volker Diehl a repris en 1990 la galerie berlinoise Folker Skulima, rebaptisée à son nom. Après avoir fermé en 1998, il a rouvert en 2000.

Vous ouvrez le 17 avril une galerie à Moscou, « Diehl Gallery One ». Pourquoi ce choix ?
C’est une idée que j’avais en tête depuis deux ou trois ans, car la scène artistique est prometteuse. De nouveaux jeunes collectionneurs, plus ouverts et portés sur l’international, sont apparus. Certes, le mouvement n’est pas encore massif, il y a peut-être dix gros collectionneurs ici. Mais j’ai commencé à y vendre des artistes américains et allemands. Certains veulent créer des collections respectables, comme Oleg Baibakov qui fut le sous-enchérisseur pour une Nurse de Richard Prince et qui a acheté en novembre 2007 un tableau de Damien Hirst pour près de 700 000 dollars (471 730 euros). Ekaterina et Vladimir Semenikhin achètent aussi beaucoup. Igor Markin a acquis une pièce de Matthew Barney sur Frieze Art Fair à Londres en octobre 2007. La Kira Foundation a commencé à m’acheter des œuvres depuis l’an dernier et elle envisage de créer un musée d’ici cinq à six ans. L’argent, le désir et les connaissances sont bien là. L’autre raison pour ouvrir à Moscou, c’est que j’y serai la première galerie non russe et c’est toujours bon d’être pionnier. J’y montrerai aussi des artistes que je ne peux pas présenter à Berlin. J’ouvre avec un solo show de Jenny Holzer, ce qui serait impossible à Berlin, car la galerie Sprüth Magers Projekte, qui la représente, vient de s’y installer. Le public à Moscou est aussi beaucoup plus enthousiaste qu’à l’Ouest, où les gens ont tendance à être blasés.

Comment les artistes réagissent-ils à cette idée ?
J’ai remarqué que beaucoup d’artistes en ont assez du cirque du marché de l’art, des galeries qui les mettent sous pression pour avoir des œuvres. Quelqu’un comme Gregor Schneider, que je ne représente pas, a arrêté pour le moment d’exposer. Mais si vous allez voir les artistes avec un projet original, dans une ville comme Moscou, cela les attire.

La situation russe semble crispée, avec la censure des œuvres prêtées par la Galerie Tretiakov à la Maison rouge à Paris (« Sots Art », octobre 2007) ou le passage à tabac du galeriste Marat Guelman. Ce contexte ne vous effraie-t-il pas ?
C’est une chose que l’on ne ressent pas dans le business au quotidien. Si j’ai déjà vu des cas de censure dans des galeries privées en Chine, je n’en ai pas encore constaté en Russie. Guelman a eu des problèmes non pas avec le gouvernement, mais avec un groupe nationaliste et, heureusement, cela reste un cas isolé. Pour ce qui est du scandale de la Tretiakov, l’action du ministère russe de la Culture a été tellement ridiculisée dans toute la presse internationale que je ne les vois pas recommencer.

Pourquoi avez-vous préféré vous installer près de l’ambassade britannique plutôt que dans le complexe de Vinzavod, où se trouvent les autres galeries ?
Vinzavod, c’est une scène très russe, et je ne voulais pas sauter dans un train déjà en marche. Par ailleurs, c’est assez loin, à l’est de la ville, et les gens qui n’ont pas le temps vont plutôt vers l’ouest où se trouvent les datchas. Pour aller vers leurs maisons de campagne, ils peuvent passer par chez moi. L’espace que je reprends a été pendant trente ans une galerie d’État. J’espère que de bonnes ondes y passent puisque c’était déjà un lieu artistique. Après Jenny Holzer, je compte y faire une exposition sur le thème de la Glasnost, en partenariat avec la galerie Haunch of Venison à Londres.
Pourquoi les artistes russes n’atteignent-ils pas encore les prix des Chinois et des Indiens ?
Au début des années 1990, beaucoup d’artistes étaient déprimés, certains avaient arrêté de travailler et, lorsqu’ils ont repris, vers la fin des années 1990, la Chine commençait à devenir sexy et puissante. Les Russes doivent retrouver leur identité, leur langage. Mais certains artistes font de bons prix. Une pièce d’Ilya Kabakov s’est tout de même vendue pour 2,9 millions de livres sterling (3,8 millions d’euros) chez Phillips en février à Londres.

En tant que Berlinois, comment expliquez-vous l’attrait de la ville pour les galeries étrangères ?
Il n’y a pas de raison rationnelle car il n’existe pas de grandes institutions ou de grands collectionneurs locaux qui soutiennent l’art contemporain. Ce sont les artistes qui donnent à la ville ce parfum particulier (lire p. 18). Le problème, c’est que les galeries finissent par se marcher les unes sur les autres. Mais, malgré tout, toutes les enseignes de Berlin ne forment qu’un bloc de Chelsea. Il y a encore une marge d’absorption.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°279 du 11 avril 2008, avec le titre suivant : Volker Diehl, galeriste à Berlin et Moscou

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