Dimanche 9 décembre 2018

Allemagne

Vieille dame et jeune pousse

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 30 juillet 2007 - 690 mots

Le changement de calendrier d’Art Cologne n’a pas amélioré la qualité d’une foire amputée de ses principaux piliers. La nouvelle foire de Düsseldorf semble en revanche prometteuse.

 COLOGNE - Organisée du 18 au 22 avril, la foire Art Cologne peine décidément à redresser la barre. À trop miser sur une métamorphose en douceur, elle a laissé le champ libre aux nouveaux salons de Francfort et Düsseldorf.
Faute d’une vraie cure d’amaigrissement, que rendent impossible les objectifs de rentabilité des organisateurs et les procès en avalanche des galeries déboutées, la foire de Cologne risque de s’enliser. « Nous ne sommes pas trop grands. C’est un problème d’architecture, assure son directeur, Gérard Goodrow, visiblement coincé entre le marteau et l’enclume. Nous sommes moins grands que l’ARCO à Madrid et Art Basel. » Sauf que la sélection d’Art Basel est bien meilleure. Et le sentiment d’épuisement au terme de la visite n’est pas dû qu’à un effet d’optique.
Le basculement printanier n’a pas changé grand-chose au profil de la foire, si ce n’est qu’elle a perdu d’autres piliers. Après une valse d’hésitation, Hans Mayer (Düsseldorf) et Karsten Greve (Cologne-Paris) ont finalement passé leur tour, à un mois et demi de la Foire de Bâle. « C’est l’argument qu’ils donnent, mais avant, la foire avait lieu un mois avant Art Basel Miami Beach », glisse Gérard Goodrow. D’autres, comme Daniel Buchholz (Cologne) se sont contentés d’un service minimum dans l’Open Space. Cette section initiée par Goodrow reste le seul pôle d’attraction du salon, de la chronique d’une pensée de J.D. Williams chez Cabinet (Londres), à l’univers à la fois récréatif et concentrationnaire de Johannes Spehr chez Thomas Rehbein (Cologne). Or, un salon ne peut se reposer sur cette seule bonne idée. Pour la plupart des exposants, Art Cologne aurait dû renoncer à sa dernière édition de novembre, alors même qu’elle avait annoncé son nouveau calendrier en avril 2006. Car les marchands n’ont pas un arsenal suffisamment extensible pour alimenter deux foires dans la même ville en l’espace de six mois. Ainsi, même les Hidden Treasures (Trésors cachés) dédiés aux artistes oubliés semblaient poussifs. Hormis la série Hussonet de Victor Burgin chez Thomas Zander (Cologne), il n’y avait franchement pas de quoi pavoiser devant les natures mortes rapidement brossées par l’architecte Stefan Wewerka chez Kewenig (Cologne-Palma de Majorque) ou les Black paintings de Gary Kuehn chez Haas (Zurich).
Le visitorat est quant à lui resté identique à celui de l’an dernier, bien qu’un tantinet plus international. Certains collectionneurs locaux avaient d’ailleurs fait front pour soutenir la foire contre ses concurrentes. « Francfort est ridicule avec son idée de sculptures monumentales. Ils se prennent pour un musée, pestait le collectionneur de Cologne Andreas Hecker. Quant à Düsseldorf, je ne vais pas y aller car c’est une attaque frontale contre Cologne. » Il a pourtant eu tort de ne pas y faire un saut. Car le choix des galeries de la dc Duesseldorf Contemporary était proche du sans faute, entre des pointures installées comme Konrad Fischer (Düsseldorf) et de plus jeunes structures comme ce collectif de cinq artistes londoniens et berlinois baptisé Artists Anonymous. Certaines propositions se détachaient du lot, comme la série conceptuelle Das Paradies des Herrn Cantor de Michael Müller chez Ursula Walbröl (Düsseldorf) ou la rigueur des Parisiens Schleicher Lange et Jocelyn Wolff. Le vernissage n’a toutefois pas donné lieu à la même frénésie que celle perceptible lors de la première édition de Frieze à Londres. Certes, la galerie In Situ (Paris) a cédé à un amateur suisse une sculpture de Mark Dion, mais la foire n’a pas rallié le ban et l’arrière-ban des collectionneurs allemands. « Harald Falckenberg ou Ingvild Goetz n’étaient pas là pour le preview, confiait Andreas Lange au lendemain du vernissage. On ne se dit pas ouah !, mais en même temps, l’Allemagne, ce n’est pas Londres. Les Allemands ne s’excitent pas tout de suite. Aussi bien les galeristes que les collectionneurs attendent de voir les résultats avant de se décider à venir l’an prochain. Il faut espérer que les affaires soient bonnes pour que les galeries américaines souhaitent revenir. » Et de rajouter : « Il reste malgré tout plus évident de bâtir une nouvelle foire sur du contemporain que de réformer Cologne. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°258 du 27 avril 2007, avec le titre suivant : Vieille dame et jeune pousse

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