Dimanche 21 octobre 2018

Ventes des beaux jours dans les châteaux

Des étoffes royales à la collection du marquis de Sade

Le Journal des Arts

Le 16 mai 1997 - 627 mots

Au château de Cheverny, le 1er juin, Me Rouillac proposera une vision inédite du marquis de Sade à travers une collection de croquis d’Italie qui lui était chère. L’exemplaire n° 1 de L’Abandon de Camille Claudel sera vendu le 15 juin aux Florilèges de Saint-Germain-en-Laye, tandis que le 14 juin, une somptueuse vente d’étoffes anciennes se déroulera au château de Chantilly, sous le marteau de Mes de Muizon et Le Coënt.

PARIS - Sur le thème de l’Italie, la vente annuelle de prestige du château de Cheverny, "prix de Diane des enchères" selon son organisateur Me Rouillac, aura lieu le 1er juin. À côté des tableaux, meubles et objets d’art italiens réunis pour la circonstance, la principale curiosité est un ensemble de dessins et d’aquarelles de la collection du marquis de Sade, conservé par sa famille et redécouvert il y a quelques années. Lors de sa fuite en Italie, il avait recueilli, entre 1775-1776, des notes de voyage sur les sujets les plus divers, au gré de ses visites de Rome, Pompéi ou Paestum en compagnie du peintre et dessinateur Jean-Baptiste Tierce, qui agrémentait ce "portefeuille littéraire" de croquis élaborés. Loin de l’image sulfureuse du "divin Marquis", le manuscrit de ce voyage en Italie témoigne d’une insatiable curiosité et d’une redécouverte passionnée de l’Antiquité. Ce texte et ces dessins ne quitteront pas le marquis de Sade à son retour en France, dans ses divers lieux de détention, comme au donjon de Vincennes. Chacune de ces 38 œuvres de Tierce est raisonnablement estimée autour de 5 000 francs, et la vente aura lieu en présence de l’actuel marquis de Sade.

À Saint-Germain-en-Laye, "Flori­lèges 97", la traditionnelle ven­te de prestige de l’étude Loiseau-Schmitz-Digard, aura lieu dimanche 15 juin et sera centrée autour d’une pièce d’exception : L’Aban­don de Ca­mille Clau­del. Ce groupe magistral est une des œu­vres les plus célèbres de l’artiste, d’abord sculptée en marbre et intitulée Vertumme et Pomo­ne. Ses li­gnes rappellent Ro­din : Le Bai­ser, L’Éternelle Idole ou le Prin­temps. Fon­­due en bronze par Blot en 1905, elle est rebaptisée L’A­ban­­don, et un tirage de 25 exemplaires est prévu pour l’édition en grand modèle, d’une hauteur de 62 cm. L’atout de la pièce proposée le 15 juin est son pedigree : cette fonte à patine médaille sombre, qui porte le numéro 1, vient de la collection personnelle d’Eugène Blot. Elle est demeurée jusqu’à présent en mains privées.

Le 14 juin, le château de Chantilly sera le cadre d’une très belle dispersion de tissus anciens du XVIe au XVIIIe siècle, parmi lesquels se trouvent d’importantes commandes royales. Confiée à Mes de Muizon et Le Coënt, cette collection, constituée à partir de 1760, garde une fraîcheur exceptionnelle. La plupart des 2 000 étoffes, découvertes dans une armoire du XVIIIe siècle où elles avaient été méticuleusement répertoriées, n’ont pas été exposées à la lumière du jour depuis plus d’un siècle. Son extraordinaire état de conservation donne d’autant plus d’attrait à un ensemble déjà unique en son genre, réuni par près de dix générations de marchands d’étoffes parisiens, qui n’a rien à envier aux archives textiles réputées de maisons comme Prelle ou Tassinari & Chatel. Certaines pièces, d’un intérêt historique majeur, sont des commandes royales ou impériales, telles la tenture de la chambre du Roi à Compiègne, tissée par Pernon en 1785, ou la garniture du ta­bouret "ployant" Gaudin destiné à Marie-Antoinette et finalement utilisé pour l’impératrice Joséphine à Fontai­nebleau.

L’estimation de ces étoffes an­ciennes varie de 3 000 francs environ à 50 000 francs pour les pièces les plus rares. Des soieries "bizarres" de Revel, un ensemble de tissus Empire et Restau­ration et une autre collection ve­nant de l’un des plus grands soyeux lyonnais complèteront cette vente très riche, offrant également des cartons sur toile et des projets peints.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°38 du 16 mai 1997, avec le titre suivant : Ventes des beaux jours dans les châteaux

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