Lundi 10 décembre 2018

Binoche

Vases Nazcas et Mochicas du Pérou

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 6 février 2004 - 683 mots

Le 4 mars à Drouot, sera dispersé un important ensemble de céramiques péruviennes de la collection Monheim.

PARIS - Hans Georg Monheim était fabricant de chocolat. Ses voyages en Amérique latine pour l’achat de cacao l’ont conduit à se rendre au Pérou. C’est là-bas qu’est née sa passion pour les céramiques anciennes, qu’il a collectées et collectionnées dans les années 1950-1960. La femme de l’industriel allemand, récemment décédé, se sépare aujourd’hui d’un bel ensemble de 290 pièces péruviennes, estimées entre 300 et 5 000 euros l’unité. La SVV Binoche, assistée de l’expert Jacques Blazy, dispersera le 4 mars à Drouot une première moitié de cette collection, dont le second opus est programmé pour juin 2004, « pour ne pas encombrer le marché, justifie l’expert, les deux ventes étant parfaitement équilibrées en quantité et qualité des lots ». L’essentiel de la collection rassemble les productions de deux grandes civilisations préhispaniques de la Période intermédiaire de la région du Pérou, d’une part les Nazcas (100-700 après J.-C.) au Sud, d’autre part, les Mochicas (100 avant
J.-C.-600 après J.-C.) au Nord. « L’ensemble n’est pas représentatif de toutes les cultures du Pérou, dont une douzaine est dénombrée. Il est le reflet d’un goût personnel », commente Jacques Blazy. À cet égard, l’expert a noté qu’il n’y avait « quasiment aucune faute de goût », ajoutant : « La céramique péruvienne a un côté répétitif. On en voit régulièrement en vente publique. Or, dans cette collection, il y a beaucoup de choses qui sortent un peu de l’ordinaire. Et tout est en bon état. » Dominent les vases funéraires Nazcas, plus quelques coupes, l’ensemble étant caractérisé par une céramique fine et très colorée et estimé entre 500 et 3 500 euros pièce. Les décors peints représentent un homme-oiseau, un pêcheur, un chasseur, des poissons, des oiseaux, des fruits, des motifs géométriques. Par ailleurs, des visages d’hommes ou de femmes prennent forme dans des vases-portraits. Une intéressante scène d’accouplement dont les détails anatomiques peints apparaissent en relief sera certainement l’un des lots les plus prisés. Chez les Mochicas, alternent les vases peints et les vases-sculptures à thème de divinités anthropo-zoomorphes (comme le jaguar) ou comportant des portraits réalistes. Tous à étrier, ils sont estimés de 500 à 3 000 euros.

Rares terres cuites Paracas
La vente se poursuivra sur quelques exemplaires de cultures plus archaïques à l’exemple des Chavins (900-400 avant J.-C.), de la région montagneuse du nord du Pérou, qui ont produit une céramique noire décorée soit de figures, soit de formes abstraites, ou du peuple Mochica de la région côtière (à partir de 100 avant J.-C.). Ce dernier a réalisé une céramique monochrome caractérisée par une bordure tubulaire carénée et dont les formes sculptées sont séduisantes, notamment un vase représentant une femme accouchant, estimé 1 200 euros, et un vase chauve-souris, estimé 3 000 euros. Les Paracas (400-100 avant J.-C.) de la péninsule du même nom, au sud du Pérou, sont l’une des premières civilisations à avoir réalisé de la céramique colorée. Douze pièces Paracas entrent dans la succession Monheim, estimées de 800 à 4 000 euros. « À la différence de ce qui se fait chez les Nazcas, il s’agit d’une céramique épaisse avec un dessin davantage stylisé, et la peinture est cernée d’une gravure, explique Jacques Blazy. Les terres cuites Paracas sont rares et très recherchées, d’autant plus qu’on voit parfois des pièces qui ont perdu la force de leurs couleurs (sans doute pour une question de cuisson). » Enfin, signalons huit céramiques Recuays (400 avant J.-C.-300 après J.-C.) de la partie andine du Nord-Pérou, à engobe crème et peinture noire et rouge, estimées 1 200 à 1 500 euros, ainsi que quelques objets en bois peints et des bougeoirs en pierre sculptée en forme de lamas de culture Keros d’époque Inca (1450-1533 après J.-C., période horizon récent) de la région de Lima, estimés 400 à 2 000 euros.

COLLECTION MONHEIM D’ART PRÉCOLOMBIEN

Le 4 mars, Drouot-Richelieu, SVV Binoche, tél. 01 47 42 78 01, expert : Jacques Blazy, tél. 01 43 35 28 05, exposition publique : le 3 mars 11h-18h, le 4 mars 11h-12h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°186 du 6 février 2004, avec le titre suivant : Vases Nazcas et Mochicas du Pérou

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