Jeudi 12 décembre 2019

Art nouveau

Une vente innée Gallé

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 31 mars 2009 - 528 mots

Flambée d’enchères pour les vases et meubles des héritiers d’Émile Gallé à Drouot.

PARIS - Le 20 mars à Drouot, dans une salle comble, une vente d’Art nouveau composée d’un peu plus de 100 lots y a enregistré la plus belle prestation du premier trimestre. Au cœur de la vacation : 68 lots de verres et meubles provenant de la succession Jean Bourgogne, unique petit-fils d’Émile Gallé (1846-1904). Livrés sans prix de réserve, ils se sont envolés à 1,1 million d’euros, le triple de leur estimation. Pour Rémi Ader, son commissaire-priseur, « cette vente constitue une base de cotation pour Émile Gallé et l’Art nouveau, une référence inexistante depuis la dispersion des grandes collections datant de la fin des années 1980 ». « Nous avions des ordres d’achat pour tous les lots Gallé, et jusqu’à dix enchères téléphoniques sur certaines pièces. Les enchérisseurs venaient du monde entier, seuls les Russes étaient absents », rapporte quant à lui David Nordmann, dirigeant de la SVV Ader. Estimé 60 000 euros, le vase Les Hommes noirs, réalisé en hommage à Dreyfus et présenté à l’Exposition universelle de 1900, est parti à 182 160 euros. Un vase balustre à décor violet, aubergine et vert, en marqueterie de verre et coulures appliquées, a été adjugé 92 940 euros, contre une estimation de 15 000 euros. Un vase en forme de tulipe au naturel, en verre multicouche violine et blanc opaque, accompagné de son dessin aquarellé préparatoire, a été emporté par un marchand pour 49 570 euros, soit cinq fois son estimation basse.

Commode hommage
Les enchères sont montées au-delà de 20 000 euros pour sept chaises de Gallé vendues à l’unité, jusqu’à 32 000 euros pour un modèle Dahlia bleu de 1900 qui était estimé dix fois moins. Un amateur français a acquis à hauteur de 64 240 euros, le double de son estimation basse, la commode Le Champ du sang, réalisée vers 1900 et dédiée aux victimes arméniennes massacrées par les Turcs à la fin du XIXe siècle.
Estimé 40 000 euros minimum, le médailler Les Primevères, au style japonisant et au décor marqueté de motifs floraux, est étonnamment le seul meuble à ne s’être pas bien vendu. « Ce meuble est lourd et sans grâce. Ce n’est pas le meilleur de Gallé. On ne s’est pas battus pour l’avoir », argue un amateur d’Art nouveau. Intégré à la dernière minute à la vente, ce médaillier historique avait, peu de temps auparavant, failli enrichir les collections d’un musée régional. Celui-ci a dû y renoncer faute d’avoir pu réunir les fonds nécessaires à son achat. Il a finalement été préempté pour 31 600 euros par le Musée des arts décoratifs de Paris. Ce dernier n’a encore jamais bénéficié des largesses des descendants d’Émile Gallé, sous la forme de don ou de vente à prix préférentiel. « Ce meuble exceptionnel a figuré à l’Exposition universelle de Paris de 1900, une caractéristique que ne possède aucun autre meuble Gallé de notre collection », nous a précisé Béatrice Salmon, directrice de l’institution.

ÉMILE GALLÉ

Estimation : 400 000 euros
Résultats : 1,2 million d’euros
Nombre de lots vendus/invendus : 103/10
Lots vendus : 91 %
Une préemption

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°300 du 3 avril 2009, avec le titre suivant : Une vente innée Gallé

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