Une vente de livres très confuse

Sauvé par ses pairs, un expert présente des lots revus après une vente ajournée

Le Journal des Arts

Le 17 décembre 2007

Ajournée le 18 novembre 2002, l’importante vente de la succession du libraire Eugène Rossignol comprenant des manuscrits, livres d’heures, livres anciens et lettres de Napoléon Ier, est à nouveau proposée les 26 et 27 février par la SVV Gros & Delletrez. Entre-temps, l’expert François Valleriaux a revu quelques notices...

PARIS - La vente de la collection Rossignol, reprogrammée les 26 et 27 février à Drouot, sera un événement, car elle contient notamment vingt-six livres d’heures, pour partie manuscrits et enluminés des XVe et XVIe siècles, pour partie imprimés des XVIe et XIXe siècles. Mais, comme l’exprime avec diplomatie le commissaire-priseur Henri Gros, “la vente est difficile. Cela est due à la personnalité du propriétaire qui avait quelques fantaisies”. Ce libraire, installé rue de l’Odéon à Paris avant son décès il y a une dizaine d’années, avait stocké des livres anciens avec armoiries et emblèmes royaux, dont un grand nombre fut apposé postérieurement.
L’expert de la vente initialement prévue le 18 novembre 2002, François Valleriaux, n’avait pas pu, à l’époque, distinguer entre les frappes d’origines et frappes postérieures (lire le JdA n° 161, 20 décembre 2002). Mais, grâce à plusieurs experts en livres anciens qui, dans un souci de transparence et de service dû aux clients, voire de la santé du marché parisien, ont mis en garde François Valleriaux et le commissaire-priseur contre des “faux”, la vente fut ajournée.
Un nouveau catalogue a été édité, enrichi d’un nombre exceptionnel de livres d’heures enluminés, ainsi que de lettres dictées par Napoléon Ier (au nombre de 265) ou de la main de ses épouses Joséphine et Marie-Louise (33 lots), et rectifié en ce qui concerne les armoiries et emblèmes apposés ultérieurement.
Deux jours de vente, les 26 et 27 février, sont annoncés. Les prix d’estimation pour les reliures douteuses ont été souvent divisés par dix, à l’exception du livre le plus cher du catalogue, le lot 554, estimé 30 000/38 000 euros. Curieusement, l’expert pense que ce livre, Sonetti, canzoni e triomphi, de Pétrarque, imprimé en 1541 à Venise (le lot 288 du catalogue du 18 novembre 2002), possède une reliure aux emblèmes de la bibliothèque Farnèse, alors qu’il a corrigé l’attribution (et l’estimation) d’un autre livre de la même provenance : le lot 557, un Plutarque, dont la reliure est ornée du même médaillon que le n° 554, qui est le signe distinctif de la bibliothèque Grimaldi. Il en a donc modifié à la baisse l’estimation, autour de 3 000/4 000 euros.
Comme les malheurs (ou erreurs) n’arrivent souvent pas seuls, une publicité montrait hélas des reproductions d’un livre d’heures (également repris sur la couverture du catalogue) et d’un manuscrit. Selon le conservateur de la Bibliothèque nationale de France (BNF), François Avril, le livre d’heures sur vélin (le lot 347 du catalogue) est effectivement originaire de Flandre, de la fin du XVe siècle, mais les miniatures ont été peintes au XIXe siècle par un faussaire espagnol, nommé le “Spanish Forger”, bien connu des spécialistes et dont la Pierpont Morgan Library à Baltimore a organisé une exposition cataloguée il y a une vingtaine d’années. Puisque la description au catalogue mentionne le “Spanish Forger”, fallait-il vraiment reproduire en couverture une miniature du XIXe siècle quand on a à sa disposition une vingtaine de manuscrits enluminés des XVe et XVIe siècles dont chacun contient entre deux et dix grandes miniatures ?

Des opportunités d’achat à ne pas rater
Jamais deux (malheurs) sans trois : le deuxième manuscrit reproduit dans la publicité, dédicacé à la régente de France, Louise de Savoie (1476-1531), par Loys Papon, a été volé à la BNF il y a une vingtaine d’années et porte encore son cachet. Henri Gros l’a restitué à la responsable du département des Manuscrits, Mme Monique Cohen, qui a vérifié tous les manuscrits figurant dans la vente, se limitant aux collections de la BNF, comme elle nous l’a indiqué.
Compte tenu des “difficultés” de la vente initiale du 18 novembre, le catalogue actuel indique qu’”un cachet à sec a été apposé sur les livres aux armes inclus dans ce catalogue afin de permettre la traçabilité.” Les erreurs sur les attributions des reliures et sur les dates des armoiries ne devraient donc plus se reproduire, aux dires de l’expert, qui, d’ailleurs, n’appartient à aucun syndicat. Prudent, il a gardé des prix d’estimation plutôt bas, car les descriptions, notamment des livres d’heures, indiquent à plusieurs reprises des feuilles (ou des miniatures) manquantes. Il sait aussi que les libraires nationaux et internationaux – malgré la sortie tardive du catalogue le 10 février – vont certainement se précipiter à Paris pour ne pas rater de belles opportunités d’achat.

LETTRES DE NAPOLEON Ier ET OBJETS IMPERIAUX, vente le 26 février à 14 heures ; LIVRES ANCIENS, MANUSCRITS ET LIVRES D’HEURES, vente le 27 février à 14 heures, Drouot-Richelieu, salle 1, SVV Gros & Delletrez, tél. 01 47 70 83 04, expert : François Valleriaux, tél. 01 43 72 60 37. Exposition publique : le 25 février, 11h-18h et les 26 et 27 février, 11h-12h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°165 du 21 février 2003, avec le titre suivant : Une vente de livres très confuse

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