Samedi 15 décembre 2018

Art asiatique

Une saison impériale

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 16 décembre 2005 - 775 mots

Pluie d’enchères records pour l’art asiatique à Paris qui a attiré le marché chinois.

 PARIS - Envolée sans précédent pour les arts asiatiques sur le marché parisien ! Plusieurs objets exceptionnels répartis dans trois ventes successives ont affriandé les acheteurs internationaux, aux premiers rangs desquels les Chinois. Récoltant le maximum de belles enchères, Christie’s impose incontestablement sa suprématie dans ce secteur avec un produit exceptionnel de 10 millions d’euros sur la vacation du 22 novembre, la plus belle vente d’œuvres d’art de la maison à Paris doublé d’un record pour une vente d’art d’Asie en France. « Même si j’ai été très prudent sur les estimations, on a dépassé tout ce qu’on pouvait imaginer », commente le spécialiste Philippe Delalande. Clou de la vente parisienne de Christie’s, une peinture sur soie en rouleau estimée autour de 1 million d’euros, exécutée par deux artistes de la cour de l’empereur Qianlong (1736-1795), a été cédée 6,06 millions d’euros, enregistrant le record de l’objet d’art le plus cher vendu en France et le record du monde pour une peinture chinoise. Selon l’expert, « le dernier rouleau de peinture avait fait 2,3 millions d’euros à Hongkong en 2004 ». « Le nôtre était plus petit, mais était présenté dans son coffret d’origine en laque sculptée et son sujet (le banquet de célébration de la victoire de l’empereur Qianlong sur les provinces du Sud) était plus intéressant. Sans compter son pedigree : l’ancienne collection du président de la République, Paul Doumer, qui fut aussi gouverneur d’Indochine de 1897 à 1902. Compte tenu de l’envolée du marché, on pouvait s’attendre à une enchère de 3 millions d’euros. Il a fait le double ! »

Succès pour les cachets anciens
L’autre joyau de la vente, de même provenance, un album d’empreintes des cachets anciens collectionnés par l’empereur Qianlong, s’est envolé à 1 076 000 euros, soit plus de dix fois son estimation. « Jusqu’à présent, tous les albums ont fait des prix autour de 60 000 euros. Il est vrai que celui-ci était plus important, parce qu’il contenait un portrait de Qianlong, une inscription manuscrite de l’empereur et quatre peintures des artistes les plus en vue de la cour », explique Philippe Delalande. Complétant ce palmarès, une importante tête de Bouddha en marbre blanc de l’ancienne collection Elie Faure (1873-1937), de la dynastie Qi du Nord-dynastie Sui, datée du VIe siècle après J.-C, est partie pour 448 000 euros (quatre fois son estimation) chez le marchand parisien Jacques Barrère contre le New-Yorkais James Lally. Un collectionneur asiatique s’est offert un vase chinois en porcelaine à glaçure de type « ru » de la dynastie Qing pour 156 000 euros, et un professionnel asiatique a emporté un vase de même type de plus grande taille pour 191 200 euros. Enfin, un daim de 9 cm en jade blanc et rouille d’époque Qianlong, estimé autour de 15 000 euros, est monté jusqu’à 219 200 euros. « Je n’avais jamais vu mieux en qualité de jade », note l’expert.

Nombreux jades
Le 21 novembre, la SVV Tajan présentait un catalogue dans lequel une pièce prestigieuse, un rare vase chinois en porcelaine en forme de sphère céleste de la période Yongle (1403-1425), estimé 2 millions d’euros, a été emporté pour 4,36 millions d’euros par une galerie chinoise. Il existe seulement deux autres vases de la même époque, de même forme et présentant ce type de décor. Ils sont conservés au National Palace Museum à Taïpeh (Taïwan) et dans la collection iranienne Ardebil Shrine. L’expert de la vente, Thierry Portier, a également officié le 18 novembre pour la dispersion à Drouot-Richelieu par la SVV Beaussant-Lefèvre de la collection d’art d’Asie d’un grand amateur français. Un marchand londonien a dû débourser 673 140 euros (dix fois l’estimation) pour décrocher un vase chinois de forme « gu » en bronze doré et émaux cloisonnés à fond bleu d’époque Yongle/Xuande (1403-1435) portant un numéro d’ordre des collections impériales. La cloche gantha « dorkhi » en néphrite blanche céladonnée d’époque Qianlong, estimée 60 000 euros, a été acquise à 190 620 euros par un collectionneur américain. La vente contenait aussi de nombreux jades « dont beaucoup sont partis en Chine, à Hongkong et Taïwan », signale l’expert Thierry Portier.

Christie’s - Résultat : 10 millions d’euros - Expert : Philippe Delalande - Lots vendus : 73 % - En valeur : 95 % SVV Tajan - Résultat : 4,8 millions d’euros - Expert : Thierry Portier - Lots vendus : 50 % - En valeur : 93 % SVV Beaussant-Lefèvre - Résultat : 2 millions d’euros - Expert : Thierry Portier - Lots vendus : 82,5 % - En valeur : 94 %

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°227 du 16 décembre 2005, avec le titre suivant : Une saison impériale

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