Emirats

Une foire arrimée aux musées

Par Pauline Vidal · Le Journal des Arts

Le 26 novembre 2014 - 899 mots

Abou Dhabi Art s’affiche clairement comme une manifestation intégrée au projet touristico-culturel d’Abou Dhabi où les acheteurs sont essentiellement locaux.

ABOU DHABI (ÉMIRATS ARABES UNIS) - Après le flop météorologique subi l’an dernier par le pavillon de Norman Foster qui dut être évacué prématurément, Abu Dhabi Art s’est installée cette année dans le seul bâtiment du Manarat Al Saadiyat, gagnant ainsi en lisibilité. Cette 6e édition,  tenue du 3 au 10 novembre, rassemblait cinquante galeries. Des enseignes occidentales pour plus de la moitié et moyen-orientales pour un tiers (de Dubaï et Beyrouth essentiellement), ainsi que quelques asiatiques. La taille de cette foire demeure restreinte, mais avec un taux de retour de 80 %, les galeries ont confirmé la confiance qu’elles accordent au marché local. À l’exception de Gagosian et Cheim & Read, les poids lourds comme Lisson Gallery, Hauser and With, Thaddaeus Ropac, Galleria Continua, Enrico Navarra, Sfeir-Semler, étaient de retour. Notons aussi l’arrivée remarquée de David Zwirner et Acquavella.

«  On compare sans arrêt les foires de Dubaï et d’Abou Dhabi ,mais ça n’a rien à voir », précise la galeriste Nathalie Vallois qui participe à la manifestation depuis le début et a contribué à assurer une bonne place aux nouveaux réalistes dans la collection du futur Guggenheim. « À Abou Dhabi, est lancé au niveau national et politique, un programme culturel engagé sur plusieurs décennies. La foire est un des maillons de ce projet. » Et Nayrouz Tatanaki, directeur associé de Lisson Gallery d’ajouter  : « On dialogue avec les institutions régionales et les mécènes privés tout au long de l’année. Ce qui impacte sur la construction de notre stand et notre participation au programme des événements de la foire. » C’est dans cet écosystème qu’Abou Dhabi Art trouve son identité. Les principaux acheteurs demeurant les musées en construction (le Louvre, le Guggenheim et le Musée national Sheikh Zayed) et les richissimes membres de la famille royale entourés de conseillers.

Des relations construites sur la durée

« À Art Dubaï, nous cherchons à rencontrer un public international. À Abu Dhabi Art, nous cherchons à développer des relations avec des collectionneurs locaux et les curateurs des musées à venir », exlique Asmaa Al-Shabibi de la galerie Lawrie Shabibi, l’une des galeries qui représentent les figures montantes de la scène arabe, comme The Third Line et Isabelle Van den Eynde. Sur les stands, on affichait des valeurs sûres qui accrochaient l’œil en évitant tout ce qui était trop figuratif. Thaddaeus Ropac faisait dialoguer Imran Qureshi avec des toiles d’Alex Katz et des têtes de Not Vital. Carpenters Workshop qui consacrait son stand au Studio Job a cédé une table en forme de Taj Mahal renversé, mais n’a pu trouver preneur pour sa Land Rover customisée. Kamel Mennour proposait, lui, un étonnant tête-à-tête entre Lee Ufan et Huang Yong Ping. Chez Acquavella ; un Pissaro fut très remarqué par les membres du futur Louvre. Tandis que les petits tableaux d’Etel Adnan chez Sfeir-Semler pourraient bien se retrouver au Guggenheim. La galerie a aussi cédé à la famille royale une œuvre de la série des excavations d’Anne et Patrick Poirier. Seule la galerie Kukje présentait une vidéo, signée Bill Viola. On pouvait voir çà et là quelques photographies, mais « les acheteurs leur préfèrent souvent toiles et sculptures », comme le souligne Marc Mouarkech de la galerie Tanit qui a vendu deux sculptures du Syrien Fadi Yazigi à un collectionneur de Dubaï et à un musée chinois. Deux sculptures de Wim Delvoye sur le stand d’ARNDT ont, elles, été cédées à un collectionneur local. Les ventes, finalisées le dernier jour, ont globalement été plus calmes que l’édition précédente, mais les galeries misent sur l’avenir. « Il y a les musées et un tissu de collectionneurs en train de se constituer. Nous travaillons sur le long terme », confie Romain Brun de la galerie Navarra qui présentait des pièces de qualité muséale de Keith Haring et Basquiat encore en quête d’un acquéreur.

Premier lever de rideau sur la collection du Guggenheim Abou Dhabi

Après le Louvre Abou Dhabi, c’est au tour de la future antenne du Guggenheim (qui verra le jour en 2017) de dévoiler une partie de la collection (des années 1960 à nos jours) qu’elle est en train de constituer. Installée dans une aile du Manarat Al Saadiyat et inaugurée conjointement à la foire d’Abou Dhabi, l’exposition intitulée « Seeing through light » présente jusqu’au 19 janvier, dix-neuf pièces réunies autour du thème de la lumière. Ce fil directeur permet d’aborder des problématiques d’ordre à la fois technologique, phénoménologique et métaphysique, tout en évitant la délicate question de la figuration. Cinq sections structurent de manière un peu artificielle le parcours qui débute par de très belles pièces de l’art minimal américain des années 1960-1970. Deux d’entre elles sont issues de la collection de l’antenne américaine : une installation de néons de Dan Flavin de 1972-1973 et un cube de Larry Bell de 1969. Remarquables également les installations de Doug Wheeler et de l’Allemand Otto Piene. Les autres œuvres exposées datent essentiellement des années 1990-2000 et sont majoritairement signées par des artistes du Moyen-Orient, dont la moitié sont des femmes telles Ghada Amer, Monir Shahroudy, Shirazeh Houshiary ou Samia Halaby. Le parcours s’achève par l’installation lumineuse d’une autre artiste femme, la Japonaise Yayoi Kusama, et le projet en devenir du Mexicain Rafael Lozano-Hemmer qui se poursuivra sur l’île Saadiyat en janvier 2015.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°424 du 28 novembre 2014, avec le titre suivant : Une foire arrimée aux musées

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