Mardi 18 décembre 2018

Art Cologne

Une cure de jouvence sémantique

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 22 octobre 2004 - 809 mots

Gérard Goodrow, son nouveau directeur, lance de nouveaux secteurs et une foire « off ».

 COLOGNE - Art Cologne, qui se déroule du 28 octobre au 1er novembre, vient clore le marathon des foires d’octobre. Alors que les visiteurs les plus hype se sont bousculés sur Frieze Art Fair à Londres, ont dans le meilleur des cas consenti  à une visite de la FIAC, quel sera le public de la plus vieille foire du monde ? Outre le trublion londonien, la manifestation rhénane a dû compter cette année avec une concurrence berlinoise inattendue. Miraculeusement remise en selle après plusieurs années de léthargie, Art Forum a rallié en septembre de bonnes galeries allemandes, notamment Michael Janssen et Arndt & Partner, absents de Cologne. Pour rester dans le coup, le nouveau directeur d’Art Cologne, Gérard Goodrow, s’est lancé dans une cure de jouvence d’ordre surtout sémantique : label « New Art », et nouvelles formulations « New Talents » et « New Contemporaries » pour les jeunes artistes et galeries. Le salon, qui offre désormais une place à la vidéo, cultive aussi sa propre foire off, « Rheinschau.art Cologne projects », constituée de 30 galeries. Comme toutes ses consœurs européennes, exception faite d’Art Basel, Art Cologne reste nationale avec 54 % de galeries allemandes contre 46 % étrangères. « On s’approche de notre idéal 50/50. Si on regarde l’importance de la scène allemande, en termes de galeries et d’artistes, sur le marché international, alors on doit bien avouer que ce ratio est justifié », affirme Gérard Goodrow. La position quasi monopolistique d’Art Cologne en Allemagne ne lui permet pas non plus de faire la fine bouche devant les candidatures germaniques, sous peine d’encourir des procès ! Si l’on suit le raisonnement de Gérard Goodrow, le quota américain aurait dû, au vu des parts de marché anglo-saxon, être aussi important. Leur régiment ne compte pourtant que onze recrues, pour la plupart inconnues, avec deux poids lourds cependant, PaceWildenstein et Robert Miller (New York).
Pendant longtemps, Art Cologne a pu se reposer sur le vivier des collectionneurs locaux. Mais la crise économique malmène l’appétit des Rhénans, plus fourmis que cigales. Cette conjoncture effraie les galeries françaises, dont le contingent s’est réduit à six participations cette année. Lelong, Polaris et Loevenbruck (Paris) ont tiré leur révérence. « Les journées sont longues à Cologne. Quand je fais au moins cinq contacts par jour sur Liste à Bâle, je n’en fais que trois par semaine à Cologne. Mais si la foire ne tombait pas à cheval sur la FIAC, j’y serais allé », déclare Hervé Loevenbruck, chaperonné l’an dernier par le roi de la bière locale, Johannes Becker. Sont de retour les germanophiles invétérés comme Anne Lahumière (Paris), Tendances (Paris) ou Michel Rein (Paris). Associé depuis trois ans à l’agent d’artistes munichoise Judith Bönisch, ce dernier récidive avec le même bouquet de créateurs qu’en 2003. On retrouve deux pièces de Saâdane Afif, Oasis (5 000 euros), et Suspension (3 500 euros) et des dessins de Jimmie Durham (1 000 euros). « J’avais apporté l’an dernier des pièces trop chères », confie le galeriste. Un tir qu’il rectifie avec les aquarelles de Fabien Verschaere (650 euros), exposé cet été à l’université de Bayreuth. « Il est possible que je fantasme sur l’Allemagne prospère d’il y a trente ans. Il est clair que si ça ne marche pas cette année, ma stratégie allemande se modifiera », ajoute Michel Rein.

Art brut
Forte de l’écoute allemande pour l’art brut, la galerie strasbourgeoise Ritsch-Fisch ne s’est pas fait prier pour revenir. Elle ne lésine ni sur la qualité des œuvres, ni sur les prix avec quatre dessins de Bill Traylor (entre 50 000 et 100 000 euros), ou encore un grand dessin double face d’Aloïse Corbaz cousu de lettres d’amour écrites à l’empereur Guillaume II (65 000 euros). Après avoir testé la foire Kunst Köln au printemps, Esther Woerdehoff (Paris) passe à la vitesse supérieure avec Art Cologne. Un choix d’autant plus pragmatique que 30 à 40 % de sa clientèle se trouve dans le Ruhrgebiet. « Ce sera une rentrée difficile, mais il faut être présent, garder le contact avec les collectionneurs qui sont de grand niveau », observe la galeriste d’origine suisse alemanique. Son stand se partage entre des vintages des années 1950-1960 et les photos d’artistes contemporains, notamment de Matthias Koch, élève de Bernd Becher. La galerie Vidal-Saint Phalle (Paris), qui relève des transactions entre 2 000 et 10 000 euros, revient prudemment avec deux artistes allemands, Max Neumann et Martin Assig. « Je ne montre pas d’artistes français. Les fois précédentes, on a eu tellement peu d’intérêt que cette année on a renoncé », soupire le galeriste. L’axe franco-germanique a encore du mal à se dessiner...

Art Cologne

Du 28 octobre au 1er novembre, Kölnmesse, GMBH Messeplatz 1, Cologne, tél. 49 221 821 29 07, www.artcologne.de, tlj 12h-20h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°201 du 22 octobre 2004, avec le titre suivant : Une cure de jouvence sémantique

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