Dimanche 18 novembre 2018

Une collection peut en cacher une autre...

L'ŒIL

Le 1 décembre 2002 - 455 mots

Des œuvres achetées par Louis Carré, directement aux artistes, presque jamais exposées depuis cinquante ans... La succession Olga Carré née Burel éblouit, au point de voiler certaines réalités. Se rappelle-t-on, dans la vente d'arts primitifs organisée conjointement par Artcurial-Briest et Piasa, la belle collection Vanden Berghe ? Les lots Carré  monopolisent l'attention. Mais surtout, la vente ne révèle qu'une partie de la collection. A sa mort, en 1977, le marchand lègue sa célèbre maison, les œuvres d'art moderne et primitif qu'elle contient à sa troisième épouse, dont les neveux peu conservateurs dispersent aujourd'hui l'héritage. Mais le reste de l'héritage Louis Carré revient à ses petits-fils, et au dernier la direction de sa galerie.
Patrick Bongers fait de sa grand-mère de cœur un portrait attachant. Petite bretonne montée à Paris, gouvernante, puis dame de compagnie du collectionneur Robert Azaria, elle hérite de sa collection dont elle confie la vente à Louis Carré qui s'éprend d'elle et l'épouse en 1960. Après sa mort, Olga est associée à la vie de la galerie qui organise une exposition pour ses 90 ans ; elle en reste l'âme et la mémoire. Du marchand, elle sut poursuivre l'exigence de perfection, en tenant son foyer et orchestrant sa vie mondaine. Les fêtes de Bazoches témoignent de son œuvre discrète et efficace pour seconder son activité. Elles se déroulent dans la superbe maison-vitrine, conçue par Alvaar Alto en parfaite intelligence avec Louis Carré. Une intelligence redoutable qui sert toutes ses passions : féru d'argenterie, il écrit le fameux Grand Carré, expose l'Art grec comme jamais on ne l'avait montré, précède les plus grands avenue de Messine en 1938. Aimé Maeght le talonne, en exposant Bazaine et Calder, guidé par son directeur, transfuge de la galerie Carré. Mais Louis Carré incarne aussi un certain esprit chevaleresque, qui s'éteint pratiquement avec lui. Au talent, il voue un culte humble et touchant et achète tout l'atelier des artistes qu'il défend, comme il le fit pour Villon, jalousement, jusqu'au bout. Cette force, il sut l'apporter aux peintres en des temps incertains et recomposer autour de lui la création française, dès l'Occupation. Léger et Dufy, très attendus, masquent une part essentielle du travail de Louis Carré. La vente présente en effet des peintres comme Bazaine, Gromaire ou Estève, au marché encore timide, mais qui, dans une France désertée par de nombreux artistes, ont su redéfinir la création sans bénéficier du potentiel artistique rassemblé outre-Atlantique. Pour la galerie Carré, qui n'a jamais cessé de défendre ces peintres, la vente offrirait l’opportunité de ramener quelques Bazaine historiques dans ses réserves, aux côtés d'artistes nouveaux. Œuvres montrées aux élus avec l'art du secret familial qui permettra longtemps encore à la collection Carré de hanter les imaginations...

- Hôtel Dassault, 9-11 décembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°542 du 1 décembre 2002, avec le titre suivant : Une collection peut en cacher une autre...

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque