Mercredi 17 octobre 2018

Bibliophilie

Une collection de rêve

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 27 février 2008 - 732 mots

Piasa propose le premier volet d’une longue série de ventes de la bibliothèque
d’un amateur des grands courants artistiques du XXe siècle.

PARIS - Reflet des grands courants artistiques du XXe siècle, la collection d’un bibliophile proposée chez Piasa le 11 mars est à plus d’un titre exceptionnelle. L’expert Christian Galantaris dresse le portrait élogieux d’un amateur de surréalisme, connaisseur des milieux de la librairie et de l’édition, qui a voulu rester dans l’anonymat. « Il rencontre les grandes figures du surréalisme, se lie d’amitié avec Breton, Péret, Tzara et quelques autres. Des correspondances échangées avec Pab et René Char attestent une connivence sur de longues années », écrit-il dans la préface au catalogue de la vente. Ses centres d’intérêt s’étendent ensuite au cubisme, au dadaïsme, au symbolisme, à la Belle Époque, à l’Art nouveau et l’Art déco ainsi qu’à l’art abstrait, autant de chapitres mentionnés dès la couverture du catalogue. Les ouvrages offerts se présentent « tous dans un état de conservation irréprochable », insiste Christian Galantaris, qui l’a annoncé d’emblée dans sa préface afin de se dispenser « de répétitions dans les descriptifs ». L’expert a recensé « 20 000 volumes et plaquettes rassemblés après d’obstinées recherches fureteuses », dans l’appartement de notre amateur. La présente dispersion, composée de 250 lots, n’est donc que la première d’une longue et prometteuse série. Enfin, soulignons la modestie des estimations qui n’échappera pas aux enchérisseurs. « Dans bien des cas, les prix vont doubler, voire tripler », assure l’expert.

Duchamp en boîtes
Si le classement des ouvrages dans le catalogue par ordre alphabétique des auteurs est de rigueur, un index très détaillé permet une recherche complémentaire par artiste, préfacier, collaborateur, dédicataire, relieur et bibliophile. Le nom de Guillaume Apollinaire s’impose dans les premiers lots. Estimé 40 000 euros, Calligrammes, l’un des 33 exemplaires sur papier vélin d’Arches publiés en 1918, en constitue le point d’orgue. Il est enrichi d’un portrait du poète par Pablo Picasso gravé sur bois, d’une dédicace datée de 1918 de l’auteur à Mme Diane de Gonet, et est habillé d’une reliure mosaïquée à décor de lettre signée Paul Bonet et réalisée en 1948. Estimé 10 000 euros, À toute épreuve (1958), de Paul Éluard, est orné de 80 bois originaux en couleur de Joan Miró dont cinq sont en double page. Il fut tiré à 130 exemplaires. « C’est un livre animé, lumineux, l’une des réussites les plus accomplies de l’édition d’art du XXe siècle », commente l’expert.
Emblématique dans l’histoire du surréalisme, la Boîte-en-valise (1941) de Marcel Duchamp présage d’une belle bataille d’enchères. Estimée 20 000 euros, elle se présente sous la forme d’un étui-boîte dépliable en carton épais rouge, contenant un ensemble de 83 objets parmi lesquels plusieurs ready-mades et des documents disposés dans trois compartiments. La réalisation de la boîte demanda quatre années à son concepteur qui commença à la distribuer aux États-Unis vers 1941-1942. Quoique prévue à 300 exemplaires, l’« édition » ne dépassa guère une trentaine de numéros. La Mariée mise à nu par ses célibataires, même (1934), édition originale de la « Boîte verte » tirée à 300 exemplaires, contenant 93 fac-similés de dessins, notes autographes, photographies, peintures de Marcel Duchamp remontant aux années 1911-1915, est estimée 8 000 euros tout comme La Résurrection des mannequins (1966) de Man Ray. Tiré à 37 exemplaires et préfacé par le photographe, ce dernier ouvrage comprend une suite de 15 photographies originales de l’artiste représentant des mannequins détournés d’un grand magasin et livrés, en 1938, « à la frénésie des surréalistes qui, aussitôt, se mirent en devoir de les violenter, chacun à sa manière, originale et inimitable... ». Les prises de vue, restées inédites, furent redécouvertes en 1966.
Citons encore l’édition originale du Piège de Méduse (1921), comédie lyrique en un acte du compositeur Érik Satie, illustrée de trois gravures cubistes en couleur de Georges Braque et estimée 10 000 euros. Il s’agit de l’un des 10 exemplaires du tirage de tête. Et l’expert de souligner, « c’est la seule œuvre littéraire de Satie publiée en livre et le premier en date des livres ornés de bois originaux de Braque .»

BIBLIOTHÈQUE D’UN AMATEUR, vente le 11 mars, hôtel Drouot, 9, rue Drouot, 75009 Paris, SVV Piasa ; exposition privée : du 3 au 6 mars chez Piasa, exposition publique : le 10 mars 11h-18h et le 11 mars 11h-12h, tél. 01 53 34 10 10, www.piasa.fr

BIBLIOTHÈQUE D’UN AMATEUR

- Expert : Christian Galantaris
- Estimation : 600 000 euros
- Nombre de lots : 250

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°276 du 29 février 2008, avec le titre suivant : Une collection de rêve

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