Lundi 16 septembre 2019

Un tour des galeries : New York

Le Journal des Arts

Le 1 avril 1994 - 1353 mots

Comme ses compatriotes Francis Bacon et Lucian Freud (il est né en Allemagne mais vit en Angleterre depuis l’âge de huit ans), Frank Auerbach revient sans relâche aux mêmes modèles, comme s’il cherchait inlassablement à explorer des profondeurs familières mais changeantes.

Les portraits dominent son exposition à la galerie Marlborough (du 7 au 30 avril), la première qu’il donne à New York depuis 1982. Vingt-cinq de ces œuvres représentent deux ou trois mêmes modèles. Si le visage est un lieu soumis à un flux constant que l’on doit s’efforcer de fixer sur une toile, il en est de même pour la ville vue par Auerbach. Les chantiers, emblèmes du changement urbain, sont ses autres motifs de prédilection, et l’exposition en compte une dizaine. La galerie a aussi organisé une rétrospective des eaux-fortes de l’artiste de 1954 à 1990. Un catalogue a été édité, avec un essai du romancier Peter Ackroyd.

Chez Leo Castelli (du 1er au 30 avril), Doug et Mike Starn utilisent un portrait de jeune femme de Petrus Christus (env. 1430) comme point de départ de leurs agrandissements photographiques surdimensionnés. Cette fois-ci, ils ont laissé tomber les armatures en tubes métalliques qui ont fait leur renommée. Dottie Attie, dont les cycles narratifs miniature s’enracinent dans l’histoire de l’art tout en lorgnant souvent du côté de la conscience féministe, présente After Courbet, (D’après Courbet) chez P.P.O.W. jusqu’au 23 avril. Ce tableau de Courbet appartient à la veuve de Jacques Lacan, qui conservait le tableau à l’abri d’un panneau amovible peint par André Masson. Il s’agit de l’Origine du monde, qui fit sensation auprès des New-Yorkais lors de la grande exposition Courbet du musée de Brooklyn, il y a quelques années.

Masami Teraoka, artiste japonais installé en Occident depuis plus de trente  ans, montrait lors de sa dernière exposition des aquarelles qui mettaient au goût du jour les estampes traditionnelles du XVIIIe siècle (ukiyo-e) en remplaçant les geishas par des baigneuses en bikini et en y associant tous les détritus de la culture pop. Ses peintures récentes se réfèrent à une période plus ancienne de l’art japonais, celle du kamakura. Teraoka y fait référence à une nouvelle Eve, souvent androgyne, protagoniste d’une chute très moderne (chez Pamela Auchencloss, jusqu’au 20 avril). Enfin, à la galerie Exit Art, Jeanette Ingberman et Papo Colo s’inspirent du Jardin des délices de Jérôme Bosch pour créer un Jardin des délices sculpturaux (jusqu’au 23 avril).

Exubérants, sauvages, luxuriants, bizarres, les éléments de ce paysage tempétueux sont fournis par Petah Coyne, Rachel Stevens, Karen Dolmanisth, Michael Shaughnessy, Ming Fay, Judy Pfaff, Gillian Jagger, Roxy Paine et Brad Kahlbamer.

Chez Michael Klein, des jardiniers d’un autre genre sont à l’œuvre. Du 2 au 30 avril, Elaine Reichek, Kay Rosen, Dan Peterman, Matt Mullican et Rita McBride proposent An American Landscape (Un paysage américain). Chez Tibor De Nagy (du 7 avril au 3 mai), on peut voir les paysages inspirés de Rilke qu’Ephraim Rubenstein a réalisés l’année dernière, et chez Blum-Helman les paysages abstraits de Katherine Bowling, faits sur panneaux de bois d’après des Polaroïds (5 avril - 7 mai). Encore des paysages chez Robert Miller : ceux d’Alex Katz peints entre 1954 et 1956. Enfin, les propriétaires de Berry-Hill, peut-être influencés par l’hiver le plus neigeux que New-York ait connu depuis bien longtemps, ont rassemblé 26 paysages de peintres américains actifs entre 1880 et 1925. Reflections on Snow (Reflets sur la neige) nous conduit dans Central Park avec Robert Henri, au clair de lune avec John LaFarge, dans le New Jersey avec George Bellows, devant le Flatiron Building avec Ernest Lawson et dans une ville crépusculaire avec Birge Harrison. Ce peintre parlait ainsi de la neige : "Elle reflète  les masses colorées à la façon dont l’eau reflète les objets proches... en constituant une source de surprises incessantes." Ces deux expositions se tiendront jusqu’au 16 avril.

L’eau, justement, est le thème d’une exposition collective chez Edward Thorp. Parmi les participants : Marsden Hartley, H.W. Westermann, Alex Katz, Malcolm Morley et Robert Therien, avec une sculpture représentant un seau. Waterworks, Jets d’eau, sera à voir du 9 avril au 7 mai.
Roni Horn a publié quatre livres à la suite d’une série de séjours en Islande, entre 1989 et 1994. Pooling waters fait suite à Bluff Lake, Folds et Lava. Alliant texte, photographie et dessin, ils sont présentés chez Matthew Marks jusqu’au dernier jour de ce mois.

L’an dernier, quand Thomas Cordell, architecte californien devenu peintre, est invité par son ami Alessandro Albrizzi à venir travailler dans le palazzo familial, à Venise, il saute sur l’occasion. Les intérieurs qui en résultent rendent hommage à Walter Gay et à J. S. Sargent, à qui les palazzi vénitiens n’étaient pas inconnus. On peut les voir chez Stubbs Books & Prints du 12 au 30 avril.

Philip Wofford a rapporté de Grèce des valises d’objets trouvés - cailloux, coquillages, bouts de bois, os - qu’il a utilisés pour élaborer une série de peintures architectoniques en relief exposées à la galerie Frumkin-Adams (7-30 avril). Annie Leibowitz, photographe de célèbrités, a accompagné Susan Sontag à Sarajevo l’année dernière. Le résultat de cette équipée se retrouve chez James Danziger jusqu’au 16 avril. Artiste-randonneur intrépide entre tous, Richard Long a passé des décennies à arpenter le globe à la recherche de matières premières pour ses travaux conceptuels et documentaires.

Chez Sperone-Westwater, jusqu’au 23 avril, on peut voir de lui un nouvel assemblage au sol en ardoises, des photographies et des dessins muraux en terre. Simultanément, la New York Public Library monte une grande exposition Long, présentant ses livres et son œuvre graphique dans les salles d’art graphique de la bibliothèque, au coin de la 42e rue et de la 5e avenue, jusqu’à fin mai. En 1976, Bas Jan Ader, artiste conceptuel néerlandais, entreprend de traverser l’Atlantique dans un petit bateau. Il compte recueillir des documents au cours de son voyage et utiliser ce matériau pour créer une œuvre d’art. Ader s’est perdu en mer et on n’a jamais su ce qui lui était arrivé.
Son travail photographique et cinématographique est exposé chez Nicole Klagsbrun du 2 au 30 avril.

Dans le domaine de la peinture abstraite, signalons Mary Heilman chez Pat Hearn (16 avril-21 mai), Philip Taffe chez Gagosian (2 avril-7 mai), Jack Bush chez Borgenicht (du 7 au 30 avril), Karin Davie chez Fawbush (14 avril-14 mai), Michael Scott chez Shafrazi, Robert Mangold chez Pace (downtown) et Julian Schnabel chez Pace (uptown). Ces trois dernières expositions se tiendront jusqu’au 23 avril. Toujours dans le domaine de l’abstraction, on devra voir les dessins de Bill Jensen à la galerie Washburnet (16 avril - 21 mai) et ceux d’Helen Frankenthaler chez Knoedler (du 2 au 28 avril). Parmi les sculpteurs, à noter une rétrospective des œuvres d’Anthony Caro organisée par Emmerich pour le soixante-dixième anniversaire de l’artiste. Celle-ci sera accompagnée d’un catalogue, avec un essai de Michael Fried (13 avril-27 mai). Chez Emmerich, le cinquième étage sera consacré à des œuvres récentes de Judy Pfaff (21 avril - 27 mai).

Dolores Salcedo utilise des objets - châssis de lit métalliques ou chaussures - qui font référence à la forme humaine et tiennent lieu d’humanité en réaction au massacre d’un groupe d’ouvriers des plantations colombiennes, en 1988 : les victimes, tirées brutalement du lit, avaient été abattues devant leur famille. À la galerie Brooke Alexander (2 avril-7 mai), elle montre des objets sculpturaux récents et une installation appelée La Casa Viuda (La Maison de la veuve). Cady Noland, présente ses nouveaux travaux chez Paula Cooper jusqu’au 23 avril, et Alan Ruppersberg crée une installation multimédia chez Jay Gorney. Il construit à l’aide de livres et de journaux un monument à ceux qui sont morts du sida. Gregory Green, chez Tom Cugliani, a élaboré une installation consacrée à l’anarchie, qui comporte plusieurs bombes artisanales. Enfin, chez Holly Solomon, Izhar Patkin a dressé - au milieu de diverses sculptures et peintures - un vaste édifice de verre soufflé qu’il intitule Where Each is both (Quand chacun est l’un et l’autre). Haut de trois mètres, il associe les attributs de Carmen Miranda, de Joséphine Baker et de Shiva, dieu hindou de la destruction.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°2 du 1 avril 1994, avec le titre suivant : Un tour des galeries : New York

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