Dimanche 25 février 2018

Un tour des galeries : New York

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 16 juin 2010

Vers 1910, Joseph Stella était à Paris où il s’imprégnait de couleurs postimpressionnistes, d’éclats cubistes et des pulsions pointillistes des futuristes italiens.

En 1912, lorsqu’il s’installe enfin à New York, il a épousé la cause du modernisme. Encore qu’il se soit surtout fait connaître par ses vues architecturales des années vingt, inspirées par le cubisme, la nature est restée pour lui un thème dominant tout au long de sa carrière. En complément de la grande exposition Stella visible au Whitney depuis le mois dernier (et tout cet été), Richard York présente La Nature de Joseph Stella, jusqu’au 27 mai, exposition qui couvre trente ans de production avec plus de 75 œuvres, l’accent étant mis sur les peintures, aquarelles et gravures où la nature est un thème prédominant : études botaniques, représentations de fruits, de légumes, de poissons tropicaux, et aussi fantaisies tropicales inspirées par un voyage à la Barbade.

Des paysages tropicaux purs et idylliques, il y en a aussi dans The Wildlife Series, œuvres récentes de Kenny Scharf présentées chez Shafrazi jusqu’au 27 mai. Scharf, qui s’est réfugié depuis quelques années à Miami Beach, est hanté par la flore exotique de la Floride. Si la sérénité est présente dans les tableaux, de menaçantes images anti-écologiques sont sérigraphiées sur les cadres. Les paysages, souvent présents dans l’œuvre de Frances Barth, y sont idéalisés à l’issue d’un processus de schématisation analytique. On peut voir chez Donahue de nouvelles peintures de cette artiste (jusqu’au 11 juin), et chez Charles Cowles, des paysages abstraits, œuvres récentes du sculpteur Beverly Pepper (jusqu’au 4 juin).

Du 12 mai au 18 juin, Jon Gibson présente les œuvres minimalistes d’Alan Charlton. À la galerie Pace (uptown, jusqu’au 30 juin) on trouvera les bronzes produits au cours des quatre dernières années par Barry Flanagan, par exemple Nijinsky Hare on a Globe Form, Mirrored. Chez Andrea Rosen, jusqu’au 21 mai, quatre artistes londoniens qui clament leur appartenance à la jeune génération se sont groupés pour leur première apparition new-yorkaise : Georgina Starr, conceptualiste qui utilise différents matériaux, y compris, parfois, la vidéo et le son ; Wolfgang Tillmans, photographe dont l’œuvre allie son goût de la mode et son intérêt pour la photographie d’art ; enfin, Dinos et Jake Chapman, des frères qui ont passé un an à travailler ensemble pour faire un millier de sculptures minuscules et identiques en plâtre et en métal inspirées des Désastres de la guerre de Goya. Ian Hamilton Finlay, le sorcier écossais des jardins, apporte depuis longtemps à la nature un contrepoint en gravant des mots et des formules évocateurs sur des stèles qu’il éparpille au milieu des paysages. Nolan/Eckman présente son œuvre récente, "Streiflichter" (du 7 mai au 7 juin) : une série de panneaux de pierre, d’environ 5 x 13 cm, fixés sur le mur, portent des phrases se référant à la Révolution française.

Cette tourmente historique nous est également rappelée par une étude à la plume et à l’encre de Jacques-Louis David qui figure parmi les dessins de maîtres présentés par William M. Brady & Co. du 4 au 25 mai : Master Drawings, 1760-1890. Le dessin, un médaillon, représente son compagnon de lutte révolutionnaire, Jean-Baptiste-Robert Lindet. David fit son portrait quand ils étaient tous deux emprisonnés au Collège des Quatre Nations, à la fin de la Terreur. L’exposition comporte aussi une esquisse de mamelouk par Girodet, deux feuillets de Greuze et Cauchemar, d’Odilon Redon, étude au fusain d’un personnage et de têtes sans corps ; enfin, un terrifiant écorché de Charles-François Cellier, qui fit scandale en fournissant des cadavres de la morgue à ses cours de dessin aux Beaux-Arts.

À la galerie Washburn, on peut voir des dessins de Bill Jensen, et chez Knoedler, des œuvres récentes sur papier de Sean Scully (dans les deux cas, jusqu’au 21 mai). De nouveaux fusains d’April Gornik sont présentés par Edward Thorp du 14 mai au 18 juin, et le cinéaste japonais Akira Kurosawa expose ses dessins pour la première fois à la nouvelle Ise Foundation Gallery (du 4 mai au 9 juillet). Jusqu’au 21 mai, Julie Saul a rassemblé sous le titre "Fractured Reality : Cut-and-Paste" des collages de différents artistes : Hannah Hoch, Romaire Beardon, Hannelore Baron et Jay deFeo. La galerie Pace Drawings expose jusqu’au 11 juin Saul Steinberg, et la galerie Marlborough présente une rétrospective des gravures réalisées par Picasso au cours des dix dernières années de sa vie (du 3 mai au 4 juin). Sperone Westwater s’écarte de son domaine habituel en présentant "Indian Court Paintings from the XVIIth and XVIIIth centuries", plus de quatre-vingts miniatures de style mogol, rajpute et dekkani (jusqu’au 25 juin).

Les nouvelles peintures de Philip Taaffe, où figurent des coléoptères iridescents, sont chez Gagosian, et les abstractions de Pat Adams, à l’huile ou en monotype, à la galerie Zabriskie (respectivement jusqu’au 24 et 28 mai). Ross Bleckner expose chez Mary Boone du 7 mai au 28 juin, et des œuvres récentes de George Condo sont visibles chez Pace (downtown) jusqu’au 11 juin. William Burroughs a préfacé le catalogue.

Oyvind Fahlstrom a été un des premiers artistes associés au mouvement Pop à se confronter avec des thèmes politiques. Il pratiquait un art protestataire. Il détournait souvent des jeux de société familiers comme le Monopoly pour intervenir sur toutes sortes de sujets, de la guerre au Vietnam à la crise des missiles cubains. Sur le plan formel, ce fut le premier artiste à raccorder à ses œuvres des parties mobiles en utilisant des aimants. Le premier exemple de ce procédé, "Sitting... Six months later" (1961), figure parmi les douze œuvres de Fahlstrom rassemblées par Thomas Nordanstad (jusqu’au 31 mai). Hans Haacke, héritier spirituel d’une bonne part de la démarche de Fahlstrom, présente quelques protestations récentes chez Weber jusqu’au 21 mai.

Il y a déjà quelques années que R.M. Fischer nous surprend avec ses bricolages raffinés. Il s’est fait connaître naguère avec un groupe de luminaires déguisés en sculptures, et revient ce mois-ci à ses racines avec "Lampworks" chez Jay Gorney (du 7 mai au 4 juin), tandis qu’un autre maître de l’ampoule et du tournevis, John Kessler, expose des sculptures mécaniques chez Luhring Augustine du 14 mai au 18 juin. Gagosian (uptown) présente des bronzes de Robert Graham – y compris huit de ses nus féminins obsessionnels – et Robert Gober a découpé un trou dans le plancher chez Paula Cooper pour créer une installation au milieu des œuvres qu’il montre dans cette galerie (dans les deux cas, jusqu’au 4 juin). Parmi les formes en bois couvertes d’étoffe de Nancy Shaver, visibles chez Curt Marcus jusqu’au 28 mai, figure un petit relief mural qu’elle intitule D’après Morandi. Les couleurs des tissus utilisés évoquent la palette limpide du maître italien.

Les premières sculptures d’Alberto Giacometti, faites à Paris entre 1922 et 1930, sont le thème d’une exposition de bronzes et de dessins à la galerie Yoshii (jusqu’au 11 juin). On peut y voir, entre autres, Petit homme accroupi (1926), prêté par le Kunsthaus de Zurich, et Femme (1928), prêtée par le musée Hirshhorn de Washington.

Avec ces œuvres, on voit Giacometti s’engager sur la route qui va le conduire au surréalisme et au-delà – jusqu’aux silhouettes émaciées qui l’ont rendu célèbre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°3 du 1 mai 1994, avec le titre suivant : Un tour des galeries : New York

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