Mercredi 21 février 2018

Un siècle contrasté

Le XIXe siècle en peinture à la galerie Chanoit.

Le Journal des Arts

Le 22 février 2008

Passionné par l’art du XIXe siècle, Frédérick Chanoit nous invite à découvrir dans sa galerie une petite rétrospective en peinture et dessin de ce siècle contrasté. Paysage, portrait, sujet troubadour, mythologique ou littéraire, veine orientaliste, réaliste, académique et dessin de la Belle Époque, cette période, riche en mouvements artistiques variés, l’est aussi par les thèmes abordés.

PARIS - Appliquant encore la leçon du classicisme, avec l’étagement des plans ou la précision des détails, les paysagistes du XIXe siècle se tournent vers la campagne française, ses petits villages et ses forêts pour trouver leur inspiration, en lieu et place des paysages romains aux ruines antiques de leurs aînés. Jean Joseph Bostier de Bez immortalise son village natal du Gard, et offre ainsi une Vue de Buscallion, sur la rivière d’Arre au Vigan (1834) très intimiste (75 000 F). Cependant, si le sujet est français, les petits personnages et le linge sur le vieux pont de pierres à gauche rappellent encore les paysages romains d’Hubert Robert. Étonnante œuvre sur papier par ses grandes dimensions, les Bergers et leur troupeau traversant une clairière (80 000 F), de Lazare Bruandet, dénote l’influence des peintres nordiques et annonce l’École de Barbizon par le naturalisme des arbres, baignés d’une lumière réelle, tandis que les personnages et animaux, exécutés par une seconde main, ne sont qu’ébauchés. De sa fascination pour l’Orient, Charles-Émile Vacher de Tournemine conserve les paysages plats, les costumes orientaux, évoqués dans une lumière unifiée par une touche rapide dans son Paysage aux vaches (35 000 F), tandis que le petit troupeau qui s’abreuve rejoint plutôt une vision réaliste. Dans le domaine du portrait, celui de Madame Le Doyen de Louis Hersent marque l’apogée créateur de l’artiste, notamment par la force d’expression du regard et la finesse du métier.

Don Quichotte et Gargantua
Le XIXe siècle se veut aussi littéraire ; il montre un intérêt renouvelé pour les romans comme Don Quichotte de Cervantès ou Gargantua de Rabelais dont les histoires sont largement représentées par les artistes. Jouant sur l’idée de caricature humoristique, tout oppose les deux personnages d’Alexandre-Gabriel Decamps, Don Quichotte et Sancho Panza (120 000 F). De même, le visage grimaçant de la servante et le monstrueux Gargantua enfant témoignent de la verve et de l’imagination de Gustave Doré (L’Enfance de Gargantua). Dans le genre historique ou troubadour alors à la mode, qui prône une histoire nationale en opposition aux grands sujets antiques, le peintre de l’Académie royale, Gabriel Jean Louis Rabigot présente au Salon de 1812 une Valentine de Milan qui se rapproche par son exécution des petits maîtres hollandais du XVIIe siècle. Inscrit dans la veine de Fleury Richard, par la présence de la percée lumineuse et l’encadrement, l’artiste crée une atmosphère de rêverie sentimentale. La Fidélité d’Alfred de Dreux, peintre officiel de la cour et de l’aristocratie sous la monarchie des Orléans et le Second Empire, aborde le thème du paysage romantique avec un lévrier couché sur la tombe de son maître, dans un clair-obscur et une lumière lunaire. Dans un tout autre registre, le dessin de L’Élégante d’Henry Somm (15 000 F), réalisé au pinceau, à la plume et au lavis d’encre de Chine dans les années 1885, offre une image singulière de la femme. Celle-ci, entourée de petits hommes en haut-de-forme, représente une certaine idée de la Parisienne en “belle indifférente”, qui trouve son pendant littéraire dans les Fleurs du Mal de Baudelaire (1857). Enfin, entre abstraction et symbolisme, entre les paysages de Turner et le symbolisme de Redon, et ouvrant vers les courants modernes, la Cathédrale de Chartres, 1899 de Gaston La Touche émerge, à moitié dissoute dans les couleurs surnaturelles d’un arc-en-ciel, pour conclure ce siècle. Alors que les œuvres sur papier du XIXe siècle connaissent un grand regain d’intérêt comme le prouve leur forte présence au Salon du dessin, la peinture de la même période, hormis celle des grands courants, n’est pas encore véritablement à la mode et attire un public plus confidentiel. Aujourd’hui, beaucoup de toiles circulent encore sur le marché dans des fourchettes de prix allant de 30 000 à 80 000 francs. Mais, attention leur cote progresse.

- DU STYLE TROUBADOUR À LA BELLE ÉPOQUE, UN SIÈCLE DE DESSINS ET PEINTURES, jusqu’au 20 avril, galerie Frédérick Chanoit, 12 rue Drouot, 75009 Paris, tél. 01 47 70 22 33, du lundi au vendredi, 11h-13h et 14h-19h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°123 du 16 mars 2001, avec le titre suivant : Un siècle contrasté

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