Un Salon du dessin animé

Vif succès pour la 5ème édition

Le Journal des Arts

Le 4 janvier 2010

Certains marchands s’attendaient à voir la morosité de la conjoncture se refléter dans les résultats du Salon du dessin. Mais grâce à un public de collectionneurs et de conservateurs internationaux, un choix d’œuvres judicieux et une présentation plus spacieuse que d’habitude, la cinquième édition, qui a accueilli vingt et un marchands du 11 au 16 avril à l’Hôtel George-V, s’est avérée un grand succès.

PARIS - Les premiers à se réjouir du très bon déroulement du Salon du dessin étaient les quatre marchands invités, venant de l’Europe germanophone. En vendant des œuvres majeures à des prix conséquents, ils ont surpris certains Parisiens, qui, habitués au marasme de leur propre marché, craignaient le pire pour leurs confrères de l’Est.
 
"Étonnant. Incroyable. Nous ne nous attendions pas à un tel succès", s’est exclamé Arturo Cuellar, marchand en appartement à Zurich. Participant à sa toute première foire, il a vendu quatre dessins importants – dont Paysage boisé du Lorrain, à 770 000 francs, et un Canaletto à 470 000 francs –, à des collectionneurs privés.

Quelques milliers de francs
La galerie Katrin Bellinger, de Munich, ravie de sa participation au Salon, s’est séparée de quatre dessins, l’un d’eux, Portrait du père de Pierre-Jean Mariette par Franz Hertinger, acquis par l’Institut néerlandais de Paris. La galerie Arnoldi-Livie, de Munich, a vendu dès le premier soir une aimable sanguine de François Boucher, Garçon à genoux débouchant une bouteille de vin, à 375 000 francs. Thomas Le Claire, de Hambourg, a trouvé acquéreur pour une très délicate Déposition, d’après Fran­cesco Bassano de Jean-Antoi­ne Watteau, ainsi que pour une charmante et très charnelle Fem­me nue vue de dos.

"Nous avons vu un public très averti, qui sait bien regarder et apprécier le dessin, qui n’aime pas entrer dans une galerie mais qui achète ici," a déclaré Marianne Roland-Michel de la galerie Cailleux, qui a assez bien vendu des dessins XVIIIe siècle, dont nombre d’esquisses de l’architecte Pajou, proposées à quelques milliers de francs.

Outre ses hôtes payants étrangers, le Salon a également accueilli des marchands de dessins modernes (la date limite pour les œuvres étant fixée par les organisateurs à 1950). Natalie Seroussi s’est félicitée d’avoir fait de bonnes ventes et établi "d’excellents contacts" avec des collectionneurs de dessins anciens. Les œuvres surréalistes qu’elle exposait faisaient cependant peur à plus d’un, et c’est un grand amateur d’André Masson qui a acquis son difficile Maldoror, 1937.

La galerie Aittouarès a bien vendu des œuvres modernes figuratives, choisies en fonction d’un public plutôt conservateur. La galerie Cazeau-La Béraudière a trouvé preneur pour La Seine à Vernon, une jolie esquisse à l’encre de Bonnard, ainsi que deux dessins au fusain et Trois baigneuses, une aquarelle sur carton d’invitation de 1921, de Picasso, à 500 000 francs. Curieusement, des dessins financièrement beaucoup plus accessibles mais intellectuellement moins évidents, tels un portrait et un croquis de personnages par Maximilien Luce, à 12 000 francs seulement, n’ont pas trouvé preneur.

En fonction du public parisien
À la galerie La Scala, qui vendu une douzaine de dessins, dont deux à 100 000 francs, Hélène Bucaille se réjouissait que les ventes, jusqu’à un plafond d’environ 30 000 francs, se soient conclues "facilement". Un collectionneur suisse a acheté chez Bruno de Bayser L’enlè­vement des Sabines et Cortège de Vénus, deux dessins à la plume et à l’encre brune de Rubens, tandis que le Musée de Versailles se portait acquéreur, à la galerie Talabardon, de deux dessins de Noël Coypel représentant des scènes de la vie d’Hercule, exécutées pour le Trianon de marbre à Versailles.
 
Ont également bien vendu, Gabriel Terradès, de la galerie Terradès-Grunspan, qui s’est séparé du très important Médée fuyant Jason après avoir tué leurs enfants, de Carle Vanloo, les galeries Prouté, Brame & Lorenceau, ou encore Bob Haboldt, revenu au Salon du dessin après un an d’absence avec des dessins à des prix et des styles très variés, sélectionnés en fonction des goûts du public parisien

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°25 du 1 mai 1996, avec le titre suivant : Un Salon du dessin animé

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