Mercredi 19 décembre 2018

Antiquaires

Un salon de transition

Le bilan mitigé du Salon du collectionneur conduit plusieurs marchands à réclamer une annualisation de la Biennale des antiquaires

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 30 septembre 2009 - 636 mots

PARIS - L’édition 2009 du Salon du collectionneur, organisé sous la nef du Grand Palais à Paris du 11 au 20 septembre, a laissé au visiteur un sentiment mi-figue mi-raisin tant la qualité des exposants était disparate.

À côté d’un Bernard De Leye (Bruxelles) et de sa superbe cloche couvre-plat de Jean-Baptiste Odiot, ou d’un Didier Aaron & Cie (Paris), certains stands égrénaient une marchandise honnête mais pas toujours excitante, et parfois datée à l’instar du mobilier Charles X. Aussi faut-il saluer la présence de quelques jeunes marchands comme les Parisiens Franck Laigneau, Corinne Kevorkian, Artesepia ou Félix Marcilhac junior. Ou la timide incursion du XXe siècle avec l’étonnant fauteuil Tapis volant d’Ettore Sottsass chez Downtown (Paris) et les subtils dessins de Jules Bissier présentés par Claude Bernard (Paris). La plupart des marchands tendaient à trouver le salon trop long. « Le commerce est un métier de patience, ici encore plus », confiait le libraire Michel Bouvier (Paris), satisfait néanmoins de sa participation. Pour Claude Bernard, la foire commence trop tôt dans la saison, d’où une fréquentation modeste. Les affaires furent de fait à plusieurs vitesses. Franck Laigneau (Paris) s’en est ainsi sorti haut la main en vendant dès le premier jour son cabinet d’Eliel Saarinen. Georges De Jonckheere (Paris) a cédé le Cabinet d’amateur d’Adriaen van Stalbemt tandis que Jean Gismondi (Paris) a trouvé preneur pour son étonnant fauteuil italien. Bernard de Leye estimait quant à lui avoir mieux vendu qu’à la Biennale des antiquaires l’an dernier. Un avis que ne partageait pas Antoine Barrère (Paris). « Ce n’est pas franchement mauvais, mais médiocre, soulignait-il. On a eu beaucoup de demandes de dossiers. Les salons se jouent de plus en plus sur les trois mois qui suivent. » « On ne peut pas crier victoire, mais on a quand même vendu un tout petit peu, indiquait pour sa part Jean Gismondi. Les gens étaient un peu plus décontractés. Mais désormais, ce sont eux qui font les offres ! » Des offres souvent modestes. Félix Marcilhac s’est ainsi séparé de cinq petites pièces proposées en dessous de 40 000 euros. La galerie Didier Aaron a réussi à céder Elégantes dans un cabinet, d’Henri-Pierre Danloux, à un collectionneur qui l’avait déjà entrevu lors de la foire de Maastricht. « Le salon marche pour les petits prix, observait Laure Desmarest, du département tableaux de la galerie. Nos petits prix commencent à 50 000-60 000 euros, alors que ce qui s’est vendu sur le salon était plutôt de l’ordre de 10 000-20 000 euros. »

« Un événement élitiste »
Cette édition du Salon du collectionneur n’a fait que confirmer la nécessité de rendre annuelle la Biennale des antiquaires. « Le Salon du collectionneur n’a pas trouvé son positionnement. Il tenait le cap bon an mal an dans les périodes de boom, mais quand ça ne va plus, les fissures se transforment en failles. Il est difficile de justifier son existence, constate Antoine Barrère. Si on ne rend pas la Biennale annuelle, on est mort. Il faut un événement annuel élitiste qui tire tout vers le haut. Il est absurde que le plus grand salon d’antiquaires [Tefaf] en Europe ait lieu dans un hangar à Maastricht alors que nous disposons du Grand Palais. Il faut que les choses changent. » Son confrère Georges De Jonckheere est lui aussi un farouche partisan d’une annualisation de la Biennale. « Certains antiquaires disent qu’on ne pourrait plus faire de décors importants, mais l’époque ne se prête pas au décor, affirme-t-il. Ce que recherchent les gens, c’est une exposition de qualité, avec un contrôle de qualité. Il faut une exposition annuelle sans trop de tralala, où ce sont les objets qui déplaceront les foules et non les people ou les petits-fours. Ça marche à Maastricht et à Bâle. Pourquoi pas à Paris ? »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°310 du 2 octobre 2009, avec le titre suivant : Un salon de transition

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