Mardi 18 décembre 2018

Artcurial

Un programme alléchant

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 28 mai 2004 - 852 mots

Les ventes d’art moderne, contemporain et de photographie d’Artcurial promettent de nombreuses réjouissances.

 PARIS - Malgré l’absence de grandes collections, la maison Artcurial Briest-Poulain-Le Fur promet quelques pépites dans sa batterie de ventes du mois de juin. La section moderne du 7 juin, estimée autour de 5 millions d’euros, est relevée par 17 dessins de Juan Gris issus d’une collection parisienne proche de l’artiste. « Ce sont des dessins qui n’ont quasiment jamais été prêtés pour des expositions sauf en 2002 chez Louise Leiris, précise Violaine de La Brosse, responsable du département moderne. On a longtemps dit que c’était un artiste trop appliqué, en le comparant à Braque ou à Picasso, mais il est à part. » De cet ensemble inégal se détache pour 35 000-45 000 euros un Portrait d’homme (1910) soulignant le passage entre la veine académique et le cubisme. On sent dans le Portrait de Josette Gris (20 000-30 000 euros), croqué en quelques coups de crayon, toute la force du dessinateur. Faute de références, les estimations ont été dressées sur la base de la cote ascendante de ce peintre rare sur le marché. Une dizaine d’œuvres de Fernand Léger provenant de la Bougonnière, sa ferme-musée de Lisores (Calvados), clôturent cette session. Une grande huile sur panneau, Vache (vers 1950) prétend à 150 000-200 000 euros. Une estimation qui semble au rabais pour un Léger, mais bien chère pour une vache plus proche de celle qui rit que des puissants bovins de Dubuffet ! La vente valorise surtout l’intérêt de Léger pour la céramique et le vitrail, un pan moins connu de son travail. Une belle et monumentale Fleur qui marche, réalisée en 1987 d’après un prototype conçu par Léger en 1952, édité à 4 exemplaires, se hisse à 300 000-400 000 euros. Pour le même prix, l’amateur a le choix avec un vitrail en trois parties baptisé Les Constructeurs. Artcurial devra sans doute user de toutes ses ressources pédagogiques pour justifier les estimations de ces œuvres, impressionnantes certes, mais posthumes.

Pas de vente sans un César
« C’est la vente la plus importante que j’aie jamais organisée », entonne de son côté Martin Guesnet, responsable du département Art contemporain. Tout en digérant mal de s’être fait souffler la vente Nahon par Sotheby’s, l’humeur de la maison n’est pas en berne. Les 400 lots d’art contemporain réunis les 8 et 9 juin correspondent à un produit évalué à 4 millions d’euros, près du double du résultat enregistré en juin 2003. La pièce phare est un Portrait de Jean-Michel Basquiat par Andy Warhol (1984), issu d’une collection allemande et estimé 380 000-450 000 euros. La seconde école de Paris en général, et Serge Poliakoff en particulier, ayant pris du poil de la bête, une composition de 1966, sortie d’une collection belge, affiche 290 000-350 000 euros. À côté de ces deux pièces très généreusement estimées, d’autres arborent des prix très raisonnables. C’est le cas d’une belle sculpture Hourloupe de Jean Dubuffet baptisée Arbre, livre et gîte (1969) et présentée pour 120 000-150 000 euros. Une somme qui pourrait aisément doubler. De Martial Raysse, la vente offre pour 60 000-80 000 euros le Premier essai pour portrait double, matrice du chef-d’œuvre du Musée d’art moderne de Saint-Étienne. Pas de vente sans un César, dont on voit pour 180 000-220 000 euros un centaure de 1,45 m de hauteur, Hommage à Picasso (1983), étude pour la sculpture dressée au carrefour de la Croix-Rouge à Paris.
Nouveau secteur développé par Artcurial depuis décembre 2003, la vente de photographies du 9 juin compte 320 lots, une quantité d’autant plus vertigineuse que le credo de la maison est la sélection. On repère dans l’ensemble quelques raretés. Deux autoportraits multiples de Marcel Duchamp et Henri-Pierre Roché (1917) sont proposés pour 60 000-80 000 euros chacun. Épreuves mythiques, ces performances photographiques étaient connues seulement comme des contretypes. « On croyait ces pièces uniques perdues depuis quarante ans. Je les ai redécouvertes dans une caisse de livres d’un vieil Américain dont on a vendu la collection dernièrement. Il avait été le directeur artistique de Trianon Presse, la maison qui avait publié la première monographie de Duchamp en 1959 », rappelle Grégory Leroy, en charge du département. L’autre curiosité est un livre au titre sibyllin : 1929, composé de 6 poèmes d’Aragon et 6 autres de Perret, illustré de 4 photos pornographiques de Man Ray représentant l’artiste et Kiki de Montparnasse en pleine action. Présenté dans une reliure de Jean de Gonet, cet exemplaire personnel de Man Ray sur papier vert, sans doute le bon à tirer, est estimé 30 000-35 000 euros. Artcurial n’a plus qu’à croiser les doigts pour que les amateurs se réservent pour cette vente qui ferme le bal de la saison photographique.

ART MODERNE, le 7 juin à 21h et le 8 juin à 14 h 30, ART CONTEMPORAIN, le 8 juin à 21 heures, le 9 juin à 14 heures, PHOTOGRAPHIE, le 9 juin à 21 heures ; expositions publiques les 4 et 6 juin 11h-20h, le 7 juin 11h-14h, Artcurial Briest-Poulain-Le Fur, 7, Rond-Point des Champs-Élysées, 75008 Paris, tél. 01 42 99 20 20.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°194 du 28 mai 2004, avec le titre suivant : Un programme alléchant

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