Dimanche 21 octobre 2018

Un printemps Art déco

Deux belles ventes malgré la raréfaction des pièces

Le Journal des Arts

Le 13 avril 2001 - 653 mots

Les deux ventes organisées par Sotheby’s et Christie’s à Londres, le 20 avril et le 15 mai, témoignent de la bonne santé du marché de l’Art déco qui a toujours le vent en poupe. Les meubles d’exception, comme ceux qui ont décroché des records de vente l’an passé, se font cependant de plus en plus rares sur le marché.

Londres - Des lignes sobres, une prédominance du modernisme. Telle semble être la ligne directrice qui a présidé au choix des meubles de la prochaine vente d’arts décoratifs du XXe siècle de Sotheby’s, le 20 avril à Londres. À la lecture du catalogue, on découvre beaucoup de créations de Jean Royère, Charlotte Perriand ou Jean Prouvé, créateurs des années 1940-1950. Ainsi de ce bureau de Jean Royère fait d’une structure rectangulaire en métal tubulaire peint, d’un plateau en bois, de deux tiroirs, et d’un support de lampe de bureau intégré (15 000-20 000 livres) [157 500-210 000 francs]. “Les créations de Prouvé, Le Corbusier ou Perriand sont très appréciées actuellement sur le marché, explique l’expert Philippe Garner. On peut dire que leur richesse réside dans leur créativité.” Paul Dupré-Lafon, star des enchères, est également présent au catalogue à travers plusieurs meubles des années 1920 d’une belle unité stylistique : sobre laque noire et lignes résolument modernes. “Ces pièces sont typiques des débuts de Dupré-Lafon, note Philippe Garner. Il n’avait pas encore exploré le grand luxe. D’ailleurs, il n’y a plus de meubles luxueux de Dupré-Lafon sur le marché actuellement.” Les ventes qui ont émaillées le début du printemps parisien ne comprenaient pas, en effet, de pièces susceptibles d’atteindre des enchères de plusieurs millions de francs comme celles enregistrées en 1999 et 2000. “J’ai vendu en 1999 pour 4 millions de francs un siège curule en ébène et ivoire de Pierre Legrain. Aujourd’hui, je le revendrais 6 millions, estime l’expert français Jean-Marcel Camard. Le marché est florissant, le gros problème est de trouver la marchandise.”

L’ambition de Christie’s
Christie’s ambitionne de créer l’événement, le 15 mai à Londres, en présentant un meuble à bijoux en galuchat d’André Groult montré en 1925 à l’Exposition des arts décoratifs (150 000-200 000 livres) [157 500-210 000 francs]. Sonja Ganne, directrice du département “Arts décoratifs du XXe siècle” de Christie’s-Paris, estime qu’outre le problème de raréfaction des créations exceptionnelles, la provenance des meubles doit être de surcroît au-dessus de tout soupçon. “Le succès des meubles des années 1930-1940, depuis 1997, a engendré une production de faux. Le meuble moderne est plus facile à copier que la commode XVIIIe.” Autre temps fort de la vente de Christie’s, un ensemble de trente meubles et luminaires de Pierre Chareau (3 000 à 40 000 livres) [31 500-420 000 francs]. Longtemps en “dents de scie”, la cote de Chareau semble en passe de remonter depuis la vente par Christie’s à Londres, en novembre, d’un bureau en bois et métal pour 256 750 livres (frais compris) [2 695 500 francs]. Une belle revanche pour un créateur qu’on accusa, à ses débuts en 1919, de “confondre le style et la pauvreté”.

Giacometti s’envole

Le 3 avril en soirée, à l’hôtel d’Evreux, place Vendôme, le cabinet d’expertise Camard organisait une vente de tableaux modernes et d’arts décoratifs du XXe siècle. Pour les meubles, la palme est allée à un lampadaire en bronze patiné brun, à fût formé de volumes géométriques, créé vers 1933 par Alberto Giacometti pour Jean-Michel Franck. Estimé entre 800 000 francs et 1 million, il a été adjugé 3,5 millions de francs, un record. Raison du succès fou de cet objet si sobre : son tirage très limité. Un lampadaire similaire, vendu par Sotheby’s en 1977 à New York, était accompagné d’un certificat de Diego Giacometti. Cette lettre attestait l’existence deux ou trois lampadaires de ce type. Provenance, luxe et rareté. Trois critères qui font le prix des meubles art déco... Pourvu qu’ils soient en bon état, ou possibles à restaurer sans diminuer leur caractère.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°125 du 13 avril 2001, avec le titre suivant : Un printemps Art déco

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