Un primitif au firmament

Girault de Prangey, photographe le plus cher du XIXe siècle

Le Journal des Arts

Le 13 juin 2003

A Londres le 20 mai, les prix des daguerréotypes de Girault de Prangey vendus chez Christie’s ont très largement dépassé les estimations, et un nouveau record pour une photographie du XIXe siècle a été établi, à 789 654 euros. En France, les premières ventes spécialisées de la saison affichent des résultats très encourageants.

LONDRES-PARIS - La vente consacrée par Christie’s aux daguerréotypes de Girault de Prangey s’est déroulée le 20 mai à Londres. Avec 98 % de lots vendus pour un total de 5 305 982 euros (soit 98 % en valeur), la vacation a largement dépassé les résultats escomptés. Adjugée 789 654 euros, la Vue du temple de Jupiter Olympien pris de l’est a quadruplé son estimation haute. C’est aujourd’hui la photographie du XIXe siècle la plus chère au monde. Une Vue d’un pylône du temple de Karnak, estimée 155 000 euros, a été vendue 554 958 euros, et l’une des premières vues panoramiques de l’artiste, La Colonne Trajane, a été emportée pour 445 433 euros, soit au quintuple de son estimation. Parmi les dix lots de la vente à avoir établi des résultats supérieurs à 120 000 euros, se trouvent quelques pièces inattendues comme la Tête de Sésostris, adjugée 273 323 euros pour une estimation haute de 51 000 euros, une Vue du temple de Gournah emportée à 242 000 euros contre une prévision de 44 000, et le petit portrait de Surudjé, qui a décuplé les attentes en atteignant 163 934 euros. La vacation restera dans les annales, comme l’intronisation de Joseph-Philibert Girault de Prangey dans le cercle très fermé des grands noms de la photographie primitive sur le marché de l’art. Jusqu’à présent rares en ventes publiques, les œuvres de l’artiste pourraient dans l’avenir être plus présentes puisqu’une grande partie des archives du photographe se trouve toujours en mains privées.
Sur la place parisienne, la vacation orchestrée par Yann le Mouël et expertisée par Viviane Esders le 19 mai, à Drouot, a obtenu quelques bons résultats, atteignant 248 700 euros pour 50 % de lots vendus. “Pour moi, cette vente a été exceptionnelle, explique Viviane Esders. D’une part, je n’avais jamais réalisé un tel chiffre d’affaires, d’autre part les Américains étaient pratiquement absents des enchères, et nous avons principalement vendu à des collectionneurs européens.” Dans les meilleurs résultats, citons Madame Belperon, 1934, par Man Ray, vendue 25 740 euros, un Nu de Drtikol de 1928, parti à 19 890 euros, le Portrait de Sylvie Guillem par Richard Avedon, adjugé 17 550 euros, ainsi que Srinagar, Cachemire, 1948 [notre “une” du JdA n°171, 16 mai 2003], par Henri Cartier-Bresson, cédé pour 14 625 euros. L’unique enchère américaine de la vente a été au profit du Metropolitan Museum of Art de New York, qui a acquis pour 4 212 euros un portrait de jeune femme tahitienne par Walker Evans. Un quart seulement des pièces de la vacation du matin, composée d’épreuves modestes, ont trouvé acquéreurs, un constat qui confirme le niveau d’exigence de plus en plus pointu du marché. Un autre ensemble de photographies expertisées par Pierre-Marc Richard était dispersé le 27 mai à Drouot par la SVV Beaussant-Lefèvre au sein d’une vente plurielle. Parmi les plus belles adjudications figurent : Séville, 1933, de Cartier-Bresson, vendue 19 578 euros ; Communication relative au hasard objectif, 1934, de Man Ray, cédée 15 332 euros et La Flotte française en rade de Cherbourg (août 1858) de Le Gray, adjugée 18 281 euros. La collection d’albums de photographies japonaises anciennes, qui comprenait cinquante-cinq lots, a attiré de nombreux amateurs et a totalisé 71 259 euros, soit près du double de l’estimation basse.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°173 du 13 juin 2003, avec le titre suivant : Un primitif au firmament

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