Jeudi 13 décembre 2018

SVV Rossini

Un nouveau départ

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 6 février 2004 - 782 mots

La société Menlo prend les rênes de la société de ventes volontaires, ex-filiale
du groupe Trader. L’objectif est d’augmenter le chiffre d’affaires de 5 à 10 %.

 PARIS - La SVV Rossini a été rachetée début novembre 2003 par la société financière Menlo tout juste créée par un groupe d’actionnaires français. Formée à la veille de la réforme sur les ventes publiques par cinq commissaires-priseurs issus de trois petites études, Patrick Dayen, Patrick Deburaux, Patrick Dumousset, Jacques Lenormand et Pascale Marchandet, la SVV Rossini (qui emprunte son nom à la rue qui longe l’hôtel Drouot) avait été achetée en mai 2000 par la société canadienne Trader, leader mondial dans le secteur des annonces classées. « Le groupe Trader a été providentiel à ce moment-là, lance Pascale Marchandet. Ils nous voyaient en connexion avec leur stratégie d’introduction sur le Web. À l’époque, 50 % des connexions Internet étaient générées par des sites d’enchères. D’où l’idée d’une alliance avec une vraie maison de ventes possédant du contenu, et la perspective de monter un site Internet qui tienne la route. Or l’investissement technologique nécessaire s’est révélé colossal, le retour sur investissement loin d’être à la hauteur et à la vitesse souhaitées. Et pour finir, la bulle Internet s’est dégonflée. » Dans la foulée, Louise Blouin MacBain, présidente de Trader, a quitté la société. La SVV Rossini n’a alors plus constitué une priorité pour le groupe. Elle a néanmoins continué à faire son métier. « Trader a tout de même réalisé pour nous des investissements financiers (toutes les immobilisations matérielles) sans 1 euro d’emprunt bancaire, pour un montant global d’environ 1 million d’euros », précise Pascale Marchandet.
La maison était à vendre bien que Trader n’en ait pas fait la publicité. Pas question pour les commissaires-priseurs de racheter leurs parts. « Trader nous l’a proposé, mais cela nous conduisait à revenir à l’ancien système, et ce pas en arrière n’aurait pas résisté à notre individualisme. Celui-ci nous pousse, par exemple, à mettre nos noms en gros sur la plaque d’entrée, alors qu’il était question de bâtir, dans un système capitalistique, une maison de ventes autour d’une marque : la voie moderne », défend le commissaire-priseur. L’homme d’affaires Pierre Bergé, fondateur de la SVV Pierre Bergé & associés, s’est montré intéressé. Il tente un rapprochement en juin 2002. Mais Trader et Berger ne parviennent à se mettre d’accord sur le prix de rachat et les négociations échouent. « C’est dommage, car je pense que la concentration est nécessaire dans notre métier », expose Pascale Marchandet.
En février 2003, un groupe d’investisseurs français prend contact avec Trader. Ils se portent rapidement acheteurs, créent la société financière Menlo pour racheter la SVV (pour une somme confidentielle) et l’affaire est signée début novembre 2003. « Nous sommes trois actionnaires principaux venant du monde de l’entreprise et de l’industrie, avec une culture anglo-saxonne. Nous avons des affinités avec le marché de l’art sans jamais avoir développé un métier dans ce secteur », déclare Françoise Thomas-Dutel, 42 ans. La nouvelle P.-D. G. à plein-temps de Rossini a débuté sa carrière chez Hewlett-Packard, puis a fait un passage dans une autre société américaine en tant que directrice Europe de la communication. « Nous pouvions partir sur d’autres types d’investissements, mais nous avons choisi Rossini par attirance pour l’objet d’art. C’est un achat réfléchi. Et nous allons aider ce secteur traditionnel à se développer avec les techniques professionnelles de l’entreprise. » Les cinq commissaires-priseurs se retrouvent sous la coupe d’un management actif qui leur a fait défaut depuis trois ans. Les vacations régulières de mobilier et objets d’art en liaison avec les activités d’inventaire et de succession constituent la grosse part de l’activité des Rossini avec les tableaux modernes. Cécile Simon, en charge du département des bijoux, ancien clerc de la SVV et commissaire-priseur diplômée depuis six mois, a rejoint l’équipe en remplacement de Patrick Dayen, lequel, ne s’étant pas intégré au groupe, a quitté Rossini il y a un an. L’argenterie et les petites spécialités comme les textiles et les objets de marine complètent cet éventail. Pour Françoise Thomas-Dutel, l’équipe est constituée de « gens de qualité, honnêtes et travailleurs. » En 2003, la SVV Rossini a réalisé 61 ventes (cataloguées et courantes) pour un montant d’environ 10 millions d’euros. « Nous nous positionnons dans du “moyen-haut de gamme”, sans comparaison avec de grosses SVV comme Tajan ou Christie’s. » L’objectif que les repreneurs se sont donné pour 2004 est « d’augmenter le chiffre d’affaires, idéalement de 5 à 10 %, de réduire les coûts, d’optimiser le schéma de gestion de l’entreprise et de développer une stratégie de marketing et de communication », réclamant « un an pour faire ce travail ! »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°186 du 6 février 2004, avec le titre suivant : Un nouveau départ

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