Arts premiers et arts d'Asie

Un marché toujours solide

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 14 janvier 2015 - 839 mots

Les arts non européens ont obtenu de brillants résultats en 2014, tant en France que dans le reste du monde.

Les résultats du mois de décembre à Paris n’ont fait que confirmer la tendance : les arts d’Asie et les arts premiers ont vécu une riche année 2014.

« C’est une très belle consécration pour les arts premiers. Entre New York (deux ventes) et Paris (trois) – les places fortes dans la catégorie –, treize lots ont été adjugés au-delà d’1 million de dollars », commente Marguerite de Sabran, directrice du département d’art tribal chez Sotheby’s Paris. C’est une année record puisque, tous résultats cumulés, la succursale parisienne totalise 25,8 millions d’euros (1), contre 7,4 en 2013. Sotheby’s New York, avec la collection Myron Kunin (33,3 millions d’euros) dispersée en novembre et sa vente de mai, récolte près de 40 millions d’euros. Seul bémol, Christie’s, qui n’officie qu’à Paris dans cette discipline, reste à la traîne avec 9,7 millions d’euros obtenus. Le dernier record revient à une statue féminine Sénoufo par le maître de Sikasso, adjugée 9,6 millions d’euros chez Sotheby’s New York en novembre. « Ce record change la donne. Les prix en arts premiers commencent à rattraper ceux des pièces d’art contemporain de haut vol », analyse Didier Claes, marchand à Bruxelles.

En France, le record en la matière pour 2014 est détenu par un masque muminia Lega vendu 3,5 millions d’euros par Sotheby’s en décembre (estimation 200 000 à 300 000 euros). À Drouot, c’est un masque Gouro par le maître de Bouaflé qui a obtenu le prix le plus haut, en juin chez Tajan, avec 1,4 million d’euros (est. 100 000 à 150 000 euros). De très belle qualité, il bénéficiait également d’une provenance prestigieuse, ayant appartenu à André Breton.

Mettant en valeur des esthétiques et des régions différentes, les collections Allan Stone et Kunin à New York ou Frum (art océanien) et Bonew (art du Congo) à Paris ont néanmoins toutes obtenu des résultats remarquables. Il n’y a donc pas prédominance d’une ethnie sur une autre. « Ces résultats signifient que les arts d’Afrique et d’Océanie sont reconnus. Quand la qualité est là, ce sont des chefs-d’œuvre de l’art universel », souligne Marguerite de Sabran. « C’est un marché très sain désormais, car, il y a encore quelques années, les gens achetaient tout et n’importe quoi sans savoir et à des prix fous. Maintenant, les prix ont tous une explication », conclut Didier Claes.

Arts d’Asie
Les arts d’Asie ont également connu une bonne année, jalonnée de beaux prix. Mais le taux d’invendus est important. « Les gens rêvent. Ils entendent parler de gros prix alors ils poussent à mettre des estimations folles. Et puis les campagnes de nettoyage de la corruption en Chine, depuis le nouveau président [Xi Jinping, élu le 14 mars 2013], ont réduit le nombre d’acheteurs », explique Alice Jossaume, expert (cabinet Portier).

Sur le plan international, les ventes de Londres et Hongkong ont été fructueuses, notamment au deuxième semestre. « Il existe encore une belle dynamique, mais le marché est plus sélectif qu’en 2011 », note Pierre Ansas, expert. C’est chez Christie’s Hongkong qu’a été emportée le 26 novembre l’œuvre d’art chinoise la plus chère du monde, un thangka [tapisserie] impérial du XVe siècle (Ming). Il a été adjugé 36,3 millions d’euros (est. 8 millions d’euros) à Liu Yiqian, ce collectionneur chinois qui vient d’ouvrir le Long Museum à Shanghaï. C’est également lui qui avait acquis en avril, pour 29,4 millions d’euros, toujours à Hongkong mais chez Sotheby’s cette fois, la coupe au coq d’époque Ming, règne de Chenghua (1464-1487), issue de la collection Meiyintang constituée par les frères suisses Zuellig. Il s’agit du prix le plus important jamais payé pour une céramique chinoise en vente publique.

Sotheby’s, leader en France
Dans une moindre mesure, les enchères ont aussi été florissantes en France. À Drouot, sur les douze adjudications supérieures à 1 million d’euros, six ont trait aux arts d’Asie. Au total, le chiffre d’affaires cumulé des maisons de ventes officiant à Drouot dans cette spécialité atteint 22 millions d’euros. L’enchère la plus marquante concerne une statue en bronze doré représentant Amitayus assis, période Kangxi, cédée le 11 décembre 2,7 millions d’euros par l’opérateur de ventes volontaires Joron-Derem (est. 150 000 à 200 000 euros). Sotheby’s reste leader avec un total annuel de 18,5 millions d’euros (14,5 en 2013) et obtient le record de l’année en France pour une œuvre d’art asiatique avec une statuette en bronze doré de Shyama Tara, fin du XVIIe siècle, adjugée 3,4 millions d’euros.

Le marché est inondé d’objets. Pour autant, ceux-ci ne suscitent pas tous le même enthousiasme : « Les pièces impériales (porcelaine, cachets…) se vendent à prix d’or ainsi que les jades du XVIIIe, les bronzes dorés et les objets de lettrés. En revanche, les productions à destination de l’Europe et l’archéologie se cèdent plus difficilement », souligne Alice Jossaume.

Note

(1) Tous les résultats sont indiqués frais compris (entre 12% et 25 %) tandis que les estimations sont indiquées hors frais acheteur.

Bilan - Les ventes publiques en 2014

  • Nouvelle poussée des ventes publiques ></a></li>
    <li>Une année de contrastes <a href=></a></li>
    <li>Paris à la traîne en 2014 <a href=></a></li>
    <li>Bilan flatteur <a href=></a></li>
    <li>Toujours plus haut <a href=></a></li>
</ul>
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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°427 du 16 janvier 2015, avec le titre suivant : Un marché toujours solide

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