Mobilier et objets d’art ancien

Un marché sens dessus dessous

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 30 août 2016 - 951 mots

Révélée en juin dernier, l’affaire des faux meubles du XVIIIe siècle a secoué le marché de l’art. Mais si le mobilier ancien se fait plus rare, les objets d’art, eux, ne manquent pas.

D ns le scandale des faux meubles du XVIIIe siècle, le mobilier ancien est en première ligne. Ébranlé par les aveux de Bill Pallot, expert employé par la galerie Didier Aaron, le 9 juin devant la juge d’instruction, le marché a accusé le coup. Ce spécialiste en sièges anciens aurait fait fabriquer deux copies de la chaise conservée à Versailles issue d’un ensemble commandé par la reine Marie-Antoinette à François II Foliot et livré en 1781 au pavillon du Belvédère au Petit Trianon. Ces copies, vendues à un collectionneur étranger par la galerie Kraemer pour 2 millions d’euros, ont depuis été remboursées. Une bergère de Madame Élisabeth également conservée à Versailles serait aussi sur la sellette.

À la suite de ce scandale, la Biennale des antiquaires a exclu deux exposants historiques, les galeries Kraemer et Aaron. Elles viennent s’ajouter à la longue liste des « déserteurs » dans la discipline après les galeries parisiennes J. Kugel, Perrin, Ariane Dandois, Maurice Segoura, Aveline et, dernière en date, Anne-Marie Monin, qui a déclaré forfait il y a quelques mois. Quelles pourraient être les répercussions d’une telle affaire, qui connaîtra sans doute des rebondissements, sur les ventes de mobilier ancien, déjà bien éprouvé ? « Je ne suis pas devin. J’espère simplement que l’honnêteté et la compétence des bons marchands ne souffriront pas des comportements honteux de quelques restaurateurs, experts et marchands. Mais c’est plutôt une bonne chose que les affaires sortent », commente le galeriste parisien Olivier Delvaille. Avant de préciser qu’« il faut arrêter de parler de marasme en ce qui concerne le mobilier ancien : il se porte très bien pour les objets de qualité, et pour ma part je note une nette augmentation de mes ventes depuis deux ans. À l’étranger, le mobilier français du XVIIIe siècle reste la référence ! » Quoi qu’il en soit, les galeries présentes à la Biennale dans cette catégorie se comptent sur les doigts de la main : François Léage, Steinitz, Gismondi, Delvaille et, nouvelle recrue, Pellat de Villedon (Versailles).

Décors de boiseries chez Steinitz et Léage
Parmi les meubles à découvrir, figure, sur le stand de Steinitz, dans un décor somptueux de boiseries d’époque, une imposante commode « arbalète » en palissandre massif, début XVIIIe, à décor de bronzes dorés. Probablement un meuble de commande, dont l’historique n’a pas encore été retracé. La galerie expose également une paire de fauteuils « à la Reine » d’époque Louis XV estampillés « Claude I Sené », vers 1745-1755, ou encore une grande niche en chêne d’époque Régence, vers 1730, au décor sculpté foisonnant.

Toujours dans un décor de boiseries, dont l’une est attribuée à Charles Percier et Pierre Fontaine, architectes et ornemanistes de Napoléon, la galerie Léage (Paris) présente une commode de forme galbée en marqueterie de bois attribuée à Jacques Philippe Carel. Gismondi (Paris), de son côté, a divisé son stand, sur le modèle du cabinet de curiosité, en trois sections : une partie Baroque qui comprend des meubles en marqueterie Boulle et d’autres en pierres dures ; un studiolo, et enfin un boudoir accueillant un bureau à gradin, XVIIIe siècle, estampillé « Leleu ». D’autres meubles sont à découvrir, à l’exemple de ce secrétaire à abattants d’époque Transition, estampillé « Nicolas Petit » (Delvaille), ou d’un cabinet japonisant (1877) d’Édouard Lièvre conçu pour le magasin l’Escalier de cristal à Paris (galerie Chadelaud, Paris).

Si la section du mobilier a subi une cure d’amaigrissement, en revanche, cette 28e édition pallie un manque persistant : la Haute Époque. L’arrivée de Gabrielle Laroche est une aubaine. « J’ai déjà participé à la Biennale trois fois, à mes débuts, pour me lancer, mais depuis vingt-cinq ans, je n’en avais plus besoin. Cette année, je me suis décidée car le marché devient mou et nous commencions à tourner en rond dans la galerie », explique la galeriste parisienne, qui montre des crédences gothiques et Renaissance et un cabinet bourguignon, XVIe siècle, de l’école d’Hugues Sambin. Toujours dans cette spécialité, la galerie londonienne Mullany expose un Saint Antoine en terre cuite de Baccio da Montelupo, Florence, vers 1510 (165 000 euros).

Sculptures et objets
La sculpture n’est pas en reste sous la nef puisque près d’une quinzaine de marchands, spécialisés ou non, en proposent, à l’image de la Galerie Sismann (Paris), qui se consacre entièrement à la sculpture européenne et qui montre un Apollon en marbre de Francesco Bertos, Venise, vers 1700. À l’exemple aussi de Tomasso Brothers (Londres), qui apporte pour sa première participation un Buste du physicien grec Modios Asiatikos par François Girardon (1628-1715) portant la marque du palais des Tuileries. Ailleurs, Trebosc  van Lelyveld (Paris) expose le Rieur aux pampres, un marbre de Carpeaux, tandis que la Galerie Malaquais (Paris) mise sur Le Chasseur (1798), une terre cuite de Clodion (350 000 euros).

Complétant les œuvres sculptées, les objets d’art fleurissent aux quatre coins du salon. Robbig (Munich), qui s’est fait une spécialité des porcelaines allemandes du XVIIIe siècle, met à l’honneur une garniture de cinq vases en porcelaine de Meissen, datée vers 1735 (1,6 million d’euros). Dragesco-Cramoisan (Paris), axée sur la porcelaine française, dévoile un rare groupe en porcelaine tendre de Vincennes, Hercule et Ophale (100 000 euros). Delalande (Paris) propose un globe terrestre de 1782 signé Desnos ; Sylvie Lhermite-King (Paris) montre plusieurs bassins en émail polychrome de Limoges du XVIe siècle ; la Galerie Chevalier (Paris) met en avant L’Offrande à Pan, une tapisserie de Beauvais, vers 1700, à décor de grotesques, d’après Jean-Baptiste Monnoyer.

Plus loin, Alberto di Castro (Rome) expose une pendule en biscuit de Sèvres par Percier et Fontaine (prix sur demande) ; Bernard de Leye (Bruxelles), passionné d’orfèvrerie, expose une écuelle d’époque Régence en argent vermeillé (Strasbourg) offerte par Stanislas Leszczynski, roi de Pologne et duc de Lorraine, à Nicolas Lefebvre de Tuméjus.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°462 du 2 septembre 2016, avec le titre suivant : Un marché sens dessus dessous

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