Dimanche 18 novembre 2018

Etats-Unis

Un climat moins euphorique

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 11 décembre 2007 - 721 mots

Les transactions ont été solides mais sans frénésie sur la foire Art Basel Miami Beach.

MIAMI BEACH - « Les arts visuels [...] sont devenus une commodity, l’œuvre d’art est maintenant un produit courant comme le savon et les securities [valeurs financières] », observait Marcel Duchamp en 1961. Ce que confirme quarante-six ans plus tard l’artiste Xu Zhen, présenté par ShanghART (Shanghaï) sur la foire Art Basel Miami Beach. Celui-ci avait transformé le stand de la galerie en supermarché où près de 3 000 produits, de la bouteille d’eau aux barres chocolatées, étaient disponibles à la vente. L’illusion était parfaite à ceci près que les emballages étaient vides. « Les gens se demandent si c’est de l’art ou du produit. C’est bon marché d’acheter une “œuvre” pour 20 centimes d’euros. Mais acheter du vide à ce prix, est-ce cher ou non ? », ironisait Lorenz Helbling, directeur de la galerie. Cette métaphore filait autrement – et involontairement – dans la nouvelle section « Supernova ». Les œuvres y étaient aussi traitées en commodités, serrées dans une réserve installée au beau milieu de l’espace, ou posées à même le sol comme aux puces. En imposant aux galeries des règles du jeu aussi inconfortables qu’ineptes, ainsi l’absence de panneau indiquant le nom des exposants, cette zone ne permettait pas de donner libre cours à de vrais projets. Il se dégageait du coup pour certaines galeries une navrante impression de punition et d’humiliation.
Nonobstant cette erreur de concept, et les containeurs à nouveau peu convaincants d’« Art Positions », la foire a été globalement de très bon niveau. Celle-ci offrait notamment de beaux fleurons de l’abstraction new-yorkaise, entre les Frank Stella précoces de Peter Freeman (Paris, New York), un Lee Krasner de 1965 chez Robert Miller (New York) ou encore un Morris Louis de 1961, cédé illico par Ameringer & Yohe (New York). Eva Presenhuber (Zurich) n’a pas failli à sa réputation avec un accrochage très tendu de pièces d’Ugo Rondinone. Neugerriemschneider (Berlin) avait, lui, joué à fond la carte du baroque, symbolisant à sa façon le côté « bling-bling » de Miami.
Un sentiment diffus de lassitude, voire d’écœurement, associé à l’atomisation des événements, explique un climat moins euphorique que d’habitude. Certaines galeries généralement vernies, comme Modern Institute (Glasgow), se plaignaient même du chauvinisme des collectionneurs locaux, plus enclins à se fournir chez leurs confrères américains. Les amateurs ont été tout aussi longs à la détente sur les foires off comme Pulse et NADA, lesquelles ont enregistré de bonnes transactions, surtout à partir du troisième jour. « Le business est comparable à l’an dernier, mais l’atmosphère est différente, moins frénétique, ce qui est finalement une bonne chose », observait Denis Gardarin, directeur associé de la galerie Sean Kelley (New York). Les acheteurs semblent s’être reportés en priorité sur les pièces les plus fortes ou volumineuses de Art Basel Miami Beach. La galerie Mary Boone (New York) a ainsi cédé l’ensemble de cinq tableaux d’Eric Fischl proposé pour 10 millions de dollars, (6,8 millions d’euros) tandis que Michael Werner (Cologne, New York) a vendu sans coup férir ses cinq tableaux récents de Sigmar Polke. Le magnat de l’immobilier Martin Z. Margulies est reparti avec deux Jonathan Meese glanés chez Krinzinger (Vienne) et CFA (Berlin), tandis qu’Olivier Varenne, conseiller de l’Australien David Walsh [lire le JdA no 269, 16 novembre 2007, p. 28], a emporté une sculpture de Matthew Monahan chez Fons Welters (Amsterdam). Le collectionneur Américain Blake Byrne [lire le JdA no 269, 16 novembre 2007, p. 39] a, lui, jeté son dévolu sur une sculpture de Tatiana Trouvé chez Emmanuel Perrotin (Paris, Miami). Les affaires roulent, mais l’enthousiasme se dilue.

Deux foires « off » en progrès

Aussi bien Pulse que NADA affichaient une belle énergie. Sur la première, Bischoff-Weiss (Londres) a fait un carton auprès des collectionneurs américains avec l’exposition personnelle courageuse d’Olivier Millagou, tandis que Bitforms (New York) a cédé en un quart d’heure une œuvre tentaculaire du Coréen U-Ram Choe à un amateur new-yorkais. Sur NADA, Martin Van Zomeren (Amsterdam) avait pris un vrai risque avec une installation minimale de Wilfredo Prieto rappelant que le temps vaut de l’or. Un signal fort à un public enclin au zapping accéléré. À l’exception des piliers français, et de la section consacrée au Japonais Tokujin Yoshioka, promu designer de l’année, Design Miami se révélait en revanche aussi terne qu’illisible. La foire a intérêt à se ressaisir en s’alignant davantage sur les standards de qualité de son nouvel actionnaire, Art Basel, avant de prétendre bourgeonner à l’étranger.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°271 du 14 décembre 2007, avec le titre suivant : Un climat moins euphorique

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