Dimanche 16 décembre 2018

Les ventes aux enchères dans le monde

Un Bouddha à méditer

Paris

Le Journal des Arts

Le 1 septembre 1994 - 819 mots

Un Bouddha rarissime décuple son estimation chez Me Picard, la succession Havenon d’art primitif chez Mes De Quay et Lombrail fait le plein, un chef-d’œuvre d’Andrea Solario part pour presque cinq
millions de francs.

PARIS - La vente d’art d’Extrême-Orient de Me Jean-Louis Picard, les 29 et 30 juin à Drouot, avec un produit total vendu de 4,4 millions de francs, soit plus de 92 % en termes de valeur, a connu un résultat particulièrement spectaculaire. Un Bouddha chinois Sakyamuni en bronze doré, vers 1425, estimé fort modestement aux alentours de 300 000 francs par l’expert Thierry Portier, a été emporté par le marchand britannique Speelman pour sa collection particulière, pour 3 541 569 francs, un record pour ce type d’objet. Les enchères ont été poussées par une douzaine d’amateurs, dont trois sont restés en lice au-dessus de la barre des trois millions de francs. Cette bataille avait été stimulée par le "certificat" – permettant à l’œuvre de sortir du territoire national –, que le Bouddha avait réussi à obtenir avant la vente.

Mis en vente pour le compte d’un particulier français, le Bouddha, assis en dhyana asana sur une double rangée de lotus inversés, et marqué du nom de l’empereur Yongle, est à la fois d’une insigne rareté et dans un état presque parfait. Le seul autre exemple connu de ce qui avait dû faire partie d’une série de trois ou cinq statuettes, se trouve au British Museum. Plus petit et moins complet, le Bouddha londonien ne comporte pas d’inscription impériale.

Tous les grands marchands d’art primitif
Depuis longtemps, Paris n’avait pas vu de vente aussi animée. La dispersion, le 30 juin à Drouot-Montaigne, par Mes de Quay et Lombrail, de la collection d’art primitif de la succession Gaston de Havenon, composée de cinquante-trois pièces d’une qualité exceptionnelle, a attiré tous les grands marchands et collectionneurs d’Europe et des États-Unis, et totalisé 10 436 000 francs, sans les frais.

Pièce vedette de la vacation, un masque-sculpture Dogon du XVIIe siècle, du Mali, représentant une femme chevauchant un masque d’homme et estimé entre 1 et 2 millions de francs, a été vendu 2 518 385 francs à un marchand américain pour le compte d’un client. Autres enchères importantes dans cette vente qui prouvait l’excellente santé du marché d’art primitif de grande qualité, un siège à cariatide Yoruba, représentant une femme agenouillée, estimé entre 1,3 et 1,8 million de francs, adjugé 1 130 000 francs, et une figure de reliquaire Byeri féminin, estimée entre 1,2 et 1,5 million de francs, qui a été adjugée 1,1 million de francs.

Une épaisse couche de vernis
Quelques marchands importants doutaient de l’authenticité du très solennel et émouvant Christ au roseau d’Andrea Solario (1470–1520) mis en vente à Drouot par Mes Reunier, Bailly-Pommery, Mathias et Le Roux le 27 juin, d’autant plus qu’une épaisse couche de vernis jauni rendait difficile tout examen détaillé. Persuadé que cette œuvre sur panneau de chêne, vendue pour le compte d’un collectionneur suisse et estimée entre 3 et 4 millions de francs, était bel et bien du maître italien, le spécialiste de tableaux anciens Bruno Meissner, de Zurich, l’a emportée pour 4 927 275 francs avec les frais – moins cher qu’il n’avait pensé devoir la payer.

Nettoyé et restauré pendant l’été à New York, Le Christ au roseau est maintenant "dans un état fabuleux" selon son acheteur, qui s’est rendu après la vente au Museum of Fine Arts de Philadelphie pour examiner l’Ecce Homo donné à Solario et qui ne serait, selon lui, qu’une copie, affublée d’une signature apocryphe.

L’adjudication de l’aquarelle Portrait de Julio Gonzalez de 1901-1902, un témoignage de la période bleue de Pablo Picasso, par Me Francis Briest le 22 juin, a montré, cependant, que même les œuvres rares sont loin d’avoir retrouvé leurs prix d’avant la crise. Acquise chez le marchand parisien Didier Imbert en 1989 pour quatre millions de francs, l’aquarelle, signée et dédicacée, a légèrement dépassé son estimation d’entre 1,8 et 2 millions de francs pour trouver preneur (frais inclus) à 2 463 637 francs.

1. Bouddha Sakyamuni en bronze doré, Chine, assis en dhyana asana sur une double rangée de lotus inversés, portant sur la base l’inscription "da Ming Yongle nian zhi", vers 1425, H. 72,5 cm, Me Picard, 30 juin (Est. 300-350 000 F), vendu 3 541 569 F.

2. Masque-sculpture Dogon, représentant un personnage féminin chevauchant le sommet d’un masque, Mali, XVIIe siècle, H. 58 cm, Mes Lombrail De Quay, 30 juin, (Est.1-2 millions F), vendu 2 518 385 F.

3. Andrea Solario, (1470-1520) Le Christ au roseau, peint sur panneau de chêne parqueté, vers 1510, 27 juin, Mes Reunier, Bailly-Pommery, Mathias et Le Roux (Est. 3-4 millions F), vendu 4 927 275 F.

4. Picasso, Portrait de Julio Gonzalez, Barcelone 1901-1902, aquarelle signée et dédicacée "Recuerdo para Julio Gonzalez de su amigo Picasso", 29 x 24 cm, 22 juin, Me Briest (Est.1,8-2,2 millions F.), vendu 2 463 637 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°6 du 1 septembre 1994, avec le titre suivant : Un Bouddha à méditer

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