Mercredi 20 novembre 2019

Barcelone

Un beau Loop

La qualité fut au rendez-vous pour ce salon dédié à l’art vidéo

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 23 mai 2011 - 493 mots

BARCELONE - S’il est un événement capable de convaincre les plus réfractaires à la vidéo, c’est bien Loop.

Créée voilà neuf ans et devenue le rendez-vous des inconditionnels de l’image en mouvement, cette foire organisée les 20 et 21 mai dans un hôtel de Barcelone a vu le cercle des aficionados s’élargir grâce au prosélytisme des collectionneurs Isabelle et Jean-Conrad Lemaître. Pour la première fois, le Musée Reina-Sofía, à Madrid, a dégagé cette année une enveloppe pour l’achat d’œuvres sur le salon. L’association IACCCA (International Association of Corporate Collections of Contemporary Art) y a organisé un workshop, alors même que les entreprises sont souvent rétives à la vidéo.
Diversité et exigence ont été les mots d’ordre de cette édition. On s’attardait ainsi sur un film de Meiro Koizumi chez Annet Gelink (Amsterdam), saynète mi-drôle, mi-amère sur la difficulté du deuil et le déni de la réalité. De l’humour aussi dans Les Ventres, un film moraliste de Philippe Grammaticopoulos présenté par Anita Beckers (Francfort-sur-le-Main), traitant des manipulations alimentaires dans un monde tristement constitué de gros bedonnants. Chez Marcelle Alix (Paris), Marie Voigner décortiquait pour sa part les coulisses médiatiques du procès de Joseph Fritzl [un Autrichien qui séquestra durant vingt-quatre ans sa fille, libérée en 2008]. Les journalistes dépêchés au tribunal peinent devant les temps morts, le manque d’images, qu’ils compensent de manière souvent absurde. On remarquait aussi chez Senda (Barcelone) le travail d’Eve Sussman et Simon Lee autour des façades d’anciens immeubles soviétiques, dont la stricte uniformité a été peu à peu chamboulée par les locataires.

Inversement, chez Meessen De Clercq (Bruxelles), les habitants de Levittown de Jordi Colomer semblaient se confondre avec la routine pavillonnaire américaine. Passer du rythme saccadé et presque chorégraphique d’Ali Kazma chez Analix Forever (Genève) à la langueur contemplative des morses merveilleusement filmés par Ariane Michel, œuvre présentée par Jousse Entreprise (Paris), était saisissant. Des expérimentations numériques globalement peu convaincantes du salon, seul émergeait chez Dominique Fiat (Paris) le travail poétique de Glenda Léon, qui a d’emblée séduit les collectionneurs Sandra et Amaury Mulliez. 

Ventes intimes
Le format intimiste de l’événement fut propice au dialogue. Lucile Corty (Paris) était ainsi satisfaite des contacts, peu nombreux en quantité mais d’excellente qualité. « La taille réduite du salon et le fait que l’on se croise très souvent à l’hôtel permettent de tisser des liens plus forts que dans une foire classique », notait Isabelle Alfonsi, de la galerie Marcelle Alix. Bien que celle-ci ait étoffé son réseau, elle n’a fait aucune vente. « C’était plus calme que l’an dernier, confiait Philippe Jousse. Je regrette de ne pas avoir vu beaucoup d’institutionnels espagnols, mais on a déclenché des négociations avec des musées français. »  Les organisateurs devront sans doute travailler à l’avenir sur le fichier des visiteurs. « Il n’y a pas assez d’ouverture européenne au niveau des collectionneurs, ni de renouvellement des professionnels », estimait Dominique Fiat, qui a néanmoins bien travaillé. On ne voit principalement que des Français. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°348 du 27 mai 2011, avec le titre suivant : Un beau Loop

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