Mercredi 21 février 2018

Événement

Un axe Paris-Berlin

Une vingtaine de galeries jouent le jeu de l’échange.

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 6 janvier 2009

Pendant deux mois, une vingtaine de galeries parisiennes et berlinoises participeront à un chassé-croisé organisé par l’ambassade de France à Berlin. « Berlin-Paris » prévoit la venue d’une douzaine de galeries parisiennes chez leurs confrères allemands, suivie d’un accueil parisien des enseignes berlinoises.

BERLIN-PARIS - Concevoir une action française à Berlin, deux ans après l’expérience ratée d’« Art France Berlin », pourrait sembler hasardeux. Au mieux, cette opération commando a été ignorée par les acteurs locaux. Au pire, elle a ridiculisé l’image des Français et miné le terrain. « Art France Berlin s’est invité au Martin Gropius Bau, un lieu non-prescripteur accessible à qui veut bien prendre en charge tous les frais d’exposition, un lieu qui n’attire pas l’attention des professionnels, sauf hasard de la programmation », souligne ainsi un observateur local. L’ambassade de France à Berlin tente toutefois le pari de remettre les acteurs français en selle avec un projet d’échanges de galeries baptisé « Berlin-Paris » (1). Du 9 au 18 janvier, onze enseignes berlinoises accueilleront treize confrères parisiens, le second volet de l’échange se déroulant à Paris du 6 au 15 février. A priori, cette initiative a toutes les chances de réussir car elle prend le problème par le bon bout – allemand – plutôt que de télécommander les choses depuis Paris. « Ce n’est pas aux fonctionnaires de choisir les artistes, d’être les programmateurs, mais aux galeristes, martèle l’ambassadeur de France en Allemagne, Bernard de Montferrand. On est là pour les accompagner. » Si « Art France Berlin » restait éminemment institutionnel, « Berlin-Paris » est, comme l’indique Cédric Aurelle, responsable du Bureau des arts plastiques (BDAP), « un projet articulé avec les réalités du marché, la machine de guerre du système de l’art aujourd’hui, qui tient compte de ses acteurs, réseaux, modes de fonctionnements ultra-délicats, sans surtout essayer d’interférer maladroitement en casant des intrus. » Bref, ce travail de haute voltige diplomatique n’a rien d’un projet parachuté et pensé sans concertation avec les partenaires. Le conseiller culturel à Berlin, Jean d’Haussonville, ajoute : « Les galeristes étaient demandeurs de partenariat, mais n’avaient pas besoin d’un événement commercial supplémentaire. » L’ambassade de France a injecté 30 000 euros dans l’événement pour financer la communication et les réceptions, tandis que les galeries se chargent des transports et des assurances.

Affinités électives
Celles-ci ont fonctionné pour la plupart par affinités électives. « Avec la galerie Croy Nielsen, nous appréhendons les choses de la même façon. Nous ne sommes pas dans une stratégie d’échanges de collectionneurs mais de beaux projets sur le long terme. On a trouvé en eux des petits frères », indique Solène Guillier, de gb agency (Paris). Celle-ci enverra en janvier Yann Sérandour, Dominique Petitgand et Mark Geffriaud à Berlin avant de convier en février Nina Beier & Marie Lund à Paris. D’autres associations, comme celles entre Carlier Gebauer (Berlin) et Natalie Seroussi (Paris) ou Mehdi Chouakri (Berlin) et 1900-2000 (Paris) surprennent en revanche. « La scène berlinoise est jeune, date des années 1990. À la chute du mur, toute la ville s’est repliée sur le contemporain, alors que Paris a gardé l’histoire de la modernité. D’où l’idée d’inviter une galerie qui a un rapport au moderne, ce qui n’existe plus chez nous », explique Mehdi Chouakri. Celui-ci hébergera l’escarcelle de Bellmer, Duchamp et Picabia de la galerie 1900-2000, avant d’adresser en retour à Paris des sculptures d’Hans-Peter Feldmann, Mathieu Mercier ou John M. Armleder. Complice de longue date avec Air de Paris (Paris), Esther Schipper (Berlin) élargit son cercle à la galerie de design Kreo (Paris). « Didier Krzentowski se rapproche de notre galerie comme lieu d’expérience », confie Christophe Wieser, directeur de la galerie Esther Schipper.
Les deux tiers des artistes proposés par les galeries françaises se révèlent hexagonaux. Kamel Mennour (Paris) envoie chez Jan Wentrup (Berlin) Marie Bovo, Camille Henrot, Claude Lévêque et Pierre Malphettes. De son côté, Fabienne Leclerc (Paris) installe Damien Deroubaix, Bruno Perramant et Renaud Auguste-Dormeuil chez Christian Nagel (Paris). Les participants ne succombent toutefois pas à un esprit de quota bête et méchant. Gaudel de la Stampa (Paris) mande ainsi chez Micky Schubert (Berlin) Matthieu Laurette, mais aussi les Norvégiennes Lina Viste Grønli et Ida Ekblad. De même, Almine Rech (Paris-Bruxelles) montrera chez Johann König (Berlin) Taryn Simon et Haim Steinbach. « L’idée est de mettre en valeur le concept de scène artistique, avec tout ce que cela peut signifier en diversité et réseau, aux dépens de celui de nationalité », précise Cédric Aurelle. De chaque côté du Rhin, il faudra toutefois faire preuve d’énergie et de constance pour transformer ces petites étincelles en connivence durable.

(1) www.berlin-paris.fr

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°294 du 9 janvier 2009, avec le titre suivant : Un axe Paris-Berlin

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