Dimanche 21 octobre 2018

Piasa

Trop rare haute époque

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 19 juillet 2007 - 729 mots

La maison de ventes organise une vente entièrement consacrée aux pièces de cette spécialité avec, en exergue, un Christ rhéno-mosan du XIVe siècle.

 PARIS - Habituellement limitée à une section dans les catalogues de vente, la haute époque reprend du poil de la bête le temps d’une vacation le 16 mars à Drouot chez Piasa. La pièce vedette est un exceptionnel Christ en noyer de près de 2 m, datant du premier tiers du XIVe siècle et originaire de la région située entre le Rhin et la Meuse. Il est auréolé d’une bonne provenance : la collection Bernard et Annabel Buffet. Il est aujourd’hui proposé à la vente dans le cadre de la succession Annabel Buffet, décédée en 2005, sur une estimation raisonnable de 50 000 euros. « C’est un chef-d’œuvre de sculpture à part entière. Il appartient à cette catégorie de grands crucifix allemands qui devaient susciter dans le cœur des fidèles l’horreur et l’effroi et les inviter ainsi à une grande humilité devant le spectacle d’un corps qui a lutté contre la mort jusqu’à l’épuisement de toutes ses forces, commente l’expert Laurence Fligny. Certains verront dans ce Christ une sorte de préfiguration de l’expressionnisme allemand du début du XXe siècle. On comprend dès lors qu’un peintre comme Bernard Buffet, marqué par l’école misérabiliste de l’après-guerre, ait été fasciné par cette sculpture qui l’a accompagné toute sa vie. » Acquise dans une galerie parisienne de la rive gauche il y a une cinquantaine d’années, la sculpture n’a pas changé de main depuis et a même contribué à l’inspiration de certains des tableaux de l’artiste, comme en témoigne son Christ en croix de la collection Maurice Garnier, peint à la fin de la guerre. À ses côtés, les amateurs découvriront dans la vente une belle Vierge à l’enfant en noyer d’Île de France, vers 1300, d’un mètre de hauteur, estimée 25 000 euros ; un Saint Jean-Baptiste en pierre calcaire sculptée, de l’école parisienne, vers 1400-1430, haut de 121 cm, estimé 25 000 euros ; une Vierge à l’enfant assise en noyer, de 144 cm, d’Italie centrale, de la 1re moitié du XVe siècle, estimée 12 000 euros ou encore une pyxide de Limoges, du 3e quart du XIIIe siècle, estimée 10 000 euros. « C’est la première fois que je m’occupe d’une vente toute consacrée à ma spécialité, lance Laurence Fligny. C’est une marchandise tellement rare ! D’habitude, j’interviens pour quelques lots dispersés de temps en temps à Drouot. Si Drouot était une entité, je réussirais à réunir de quoi faire une vente par an. » La maison Tajan, qui possède depuis très longtemps un département Haute époque, ne fait pas mieux : les vacations sont organisées sous l’égide du département Mobilier et objets d’art des XVIIIe et XIXe siècles. Ce domaine est représenté de la même façon à Londres chez Christie’s et Sotheby’s. « La difficulté de ce marché est qu’il est très fractionnel : les tapisseries et bronzes de la Renaissance se retrouvent traditionnellement dans des ventes classiques de mobilier, tandis que les majoliques rejoignent celles de céramiques, rappelle Laurence Fligny. Il me reste la statuaire, mais peu de pièces romanes passent sur le marché. Or, c’est ce qui intéresse le plus les acheteurs internationaux (comptez 100 000 à 300 000 euros pour une vierge auvergnate en bon état). Quant au mobilier de cette époque, il subit une désaffection et ne vaut pas très cher. Par exemple, dans la vente Piasa, il est demandé 5 500 euros pour un meuble à deux corps du XVIIe, 3 000 euros pour un dressoir… C’est aussi une période mal comprise et qui manque de repères car il y a peu d’attributions.» Mais c’est un marché qui a le mérite de ne pas être inflationniste. Beaucoup d’amateurs sont concentrés dans le nord de l’Europe, comme en témoignent, par exemple, les nombreux professionnels spécialistes de ce domaine à la foire de Maastricht (lire dossier p. 13 à 19). Aussi le commissaire-priseur parisien Frédéric Chambre, installé à Bruxelles, entend tenter l’expérience avec Laurence Fligny, qui confirme : « J’espère développer un département Haute époque en Belgique avec la maison Pierre Bergé & Associés ». Première vente prévue en mai 2007.

HAUTE ÉPOQUE, vente le 16 mars à Drouot, 9, rue Drouot, 75009 Paris, SVV Piasa, expositions publiques : le 15 mars 11h-18h, le 16 mars 11h-12h, tél. 01 53 34 10 10, www.piasa.fr

PIASA

- Expert : Laurence Fligny - Estimation : 500 000 euros - Nombre de lots : 200

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°254 du 2 mars 2007, avec le titre suivant : Trop rare haute époque

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque