Mardi 18 septembre 2018

Parcours

Totalitarismes

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 17 juin 2008 - 574 mots

Théâtre, mémoire et déconstruction infusent les expositions des galeries du 13e arrondissement.

PARIS - Les galeries du 13e arrondissement terminent la saison sous le signe de la mémoire et des déconstructions formelles et narratives. Le passé se superpose au présent avec les œuvres de l’Allemand Thomas Bayrle chez Air de Paris jusqu’au 26 juillet. Un poster en noir et blanc de 1980 forme un kaléidoscope d’images de passants prises par des caméras de surveillance en ex-RDA. Certains de ces losanges accueillent des projections d’images de surveillance, captées cette fois en 2008 dans les rues londoniennes. Ce va-et-vient de la mémoire, le lien entre l’individu et le collectif, s’infiltrent aussi dans l’exposition « Faces » orchestrée par gb agency jusqu’au 19 juillet. Un film de Deimantas Narkevicius, The Head, relate à partir de documents d’archives l’histoire du sculpteur Lev Kerbel. Celui-ci avait réalisé en 1971 un monument à l’effigie de Karl Marx pour Chemnitz, en ex-RDA. En filigrane, on y devine une charge contre la construction des symboles de propagande et leur permanence même lorsque les dogmes qu’elles représentent se sont effrités. C’est une autre idéologie, noire et futuriste, que propose l’Atelier Van Lieshout avec le projet Slave City chez Jousse Entreprise jusqu’au 26 juillet. L’exposition s’attache aux moments de repos imaginés dans cette ville productiviste de 200 000 habitants, actifs sept jours sur sept et quatorze heures par jours. Par repos entendons celui du guerrier, le défoulement sexuel que proposent des bordels masculins et féminins ou, plus frontalement deux femmes assises sur un lit, main dans la main, dans une complicité rappelant celle des sœurs d’Estrée. Le cynisme de ce projet anti-fouriériste pointe dans une sculpture murale noire, composée d’un enchevêtrement de corps, comme des pantins amoncelés dans une fosse commune. S’agit-il d’esclaves les moins résistants ?

Contrepoint au formalisme
Le critique d’art Vincent Pécoil offre, lui, un contrepoint au formalisme avec l’exposition « Déformalismes », jusqu’au 19 juillet dans les deux espaces de la galerie Praz-Delavallade. Déformation par excès de matière dans les petits tableaux de Michael Scott, à l’épiderme granuleux et aux tons acides ; ou distorsion via la caricature avec Peter Saul ; ou encore sinuosités optiques avec Philippe Decrauzat. C’est d’ailleurs dans un registre voisin de cet artiste suisse que se situent les géométries rationnelles nées de logiciels de design utilisés par un autre Helvète, Stéphane Dafflon, présenté par Air de Paris parallèlement à Thomas Bayrle. Kreo propose jusqu’au 25 juillet un jeu, voire un hiatus, entre la forme et l’épiderme en faisant se rencontrer Pierre Charpin et Alessandro Mendini autour de la technique de la mosaïque. Ce n’est pas une déformation, mais un brouillage de nos perceptions que provoque le Portugais Gil Heitor Cortesão jusqu’au 26 juillet chez Suzanne Tarasiève. Le choix des angles de vue et la technique du fixé du verre offrent une fausse dimension photographique à ses intérieurs de théâtres défraîchis.
L’univers théâtral, auquel nous convie Lothar Hempel jusqu’au 26 juillet à la galerie Art : Concept, se révèle plus complexe. Les accessoires d’une étrange mise en scène sont combinés de manière précise mais pas forcément éclairante : une plateforme soutenue par trois casques de moto, des plaques métalliques miroitantes, des images de danseurs et une marionnette indonésienne attendent d’être activés par un scénario qui échappe au spectateur. L’artiste le dit lui-même : « dans le langage filmique comme dans le langage onirique, vous trouvez des images qui résistent aussi bien à la consommation qu’à l’interprétation. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°284 du 20 juin 2008, avec le titre suivant : Totalitarismes

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