Dimanche 15 septembre 2019

Drouot en juin

Tintin chez les commissaires-priseurs

Des œuvres originales d’Hergé à l’art africain de la collection Havenon

Le Journal des Arts

Le 1 juin 1994 - 789 mots

Un mois de juin chargé et éclectique à Drouot, avec, notamment, des tableaux modernes de qualité, d’intéressantes voitures anciennes et une belle collection d’art primitif africain.

PARIS - Presque tous les albums de Tintin en première édition, des éditions hors commerce, des tirages de luxe, des albums en édition étrangère : les amateurs du petit détective belge pourront choisir entre cinq cents lots, lors de la dispersion, à Drouot le 4 juin, par Me Boisgirard, de la collection de Bernard Bolle. Y figureront plusieurs dessins originaux d’Hergé, dont la couverture originale de la première édition de L’Île noire, estimée entre 600 000 et 700 000 francs.

Pas le moins du monde découragé d’être sorti de la piste, lors de la course de Jaramar en Espagne en avril dernier, et seulement pendant le deuxième tour, le commissaire-priseur – et pilote – Me Poulain mettra en vente, le 13 juin, quatre-vingt-cinq voitures anciennes, dont une vingtaine fabriquées avant 1914 – des "ancêtres et vétérans" dans le jargon des amateurs. Parmi les lots vedettes, une Mercedes-Benz 400 monocylindre de 1896, estimée 500 000 francs, et une Ferrari 275 GTB/2 qui a été vendue 5 millions de francs en 1989 et sera proposée le 13 juin avec une estimation de seulement 1 million de francs.

Le même jour, Me Loudmer fera une vente de tableaux modernes et sculptures, comprenant des œuvres d’Arp, Kandinsky, Kisling, Léger, Marquet et Signac, dont plusieurs ont été exposées à New York le mois dernier – initiative inédite pour des commissaires-priseurs français – en compagnie de certaines toiles qui seront mises en vente par Me Briest le 22 juin. Parmi les points forts de la vente Loudmer, une huile de Raoul Dufy vers 1939, Apollon, estimée entre 1 et 1,2 million de francs, une huile sur toile de Jean Metzinger vers 1918, Nature morte à la bouteille et aux poires, estimée entre 800 000 et 1,2 million de francs.

Me Briest, après avoir dispersé les vingt-sept œuvres de Sonia et Robert Delaunay, ainsi que d’autres tableaux de la collection Jacques Damase, le 21 juin, dirigera le lendemain une vente de tableaux impressionnistes et modernes. Elle contiendra deux pièces exceptionnelles – une gouache sur carton de 1888 de Toulouse-Lautrec, Le Côtier de la compagnie des omnibus, estimée entre 9 et 12 millions de francs, et un Portrait de Julio González de Picasso. Cette aquarelle sur papier de 1901, de la période bleue de l’artiste, est estimée entre 1,5 et 2 millions de francs.

Les collections d’une maison de plus de cent vingt ans, fréquentée jadis par des amateurs comme Debussy et Ravel, passeront sous le marteau le 29 juin, lorsque l’étude Ader-Tajan dispersera, sur requête du tribunal de commerce, le stock du magasin d’antiquités d’Extrême-Orient Perret-Vibert, du boulevard Haussmann. Créée rue du 4-septembre en pleine mode du "japonisme", "la Maison des Bambous" a été transférée après la Première Guerre mondiale au 170 boulevard Haussmann, dans un immeuble neuf dont les salons, au sous-sol, ont été conçus par Rulhmann. Après la Seconde Guerre, le directeur de la galerie Louis Bidreman, qui vient de prendre sa retraite, a commencé à proposer des meubles architecturaux, des tables basses en bois noir, d’autres en laque. Parmi les huit cents lots qui seront proposés le 29 juin, des objets de la Chine et du Japon, dont des porcelaines, tapis, paravents, sculptures, bronzes et meubles.

Les objets d’art primitif de très grande qualité se sont faits fort rares dans les salles de ventes depuis dix-huit mois, les collections de premier ordre encore plus. Le 30 juin, cependant, Mes Lombrail et De Quay mettront sous le marteau la collection Gaston de Havenon, spécialiste d’art africain décédé à New York en novembre dernier. Originaire de Tunisie, créateur de l’Anne Haviland Company, Havenon tenait une galerie d’art dans le Fuller Building à l’angle de Madison Avenue et de la 57e Rue. Une référence parmi les amateurs d’art africain, cette belle collection a été exposée au Museum of African Art de Washington en 1971.

La vente Lombrail De Quay comprend les cinquante-trois pièces de la succession, plus une douzaine d’autres, estimées en tout entre sept et dix millions de francs. Les vedettes des objets Havenon seront un masque Dogon du Mali, acheté autrefois au grand collectionneur Rasmussen et estimé (fort modestement) entre un et deux millions de francs, deux figures de reliquaire en position assise et une tête Fang, estimées entre 800 000 et 1 000 000 francs chacune. La collection sera exposée avant la vente dans la galerie de l’experte Christine Valluet, rue Guénégaud.
Également le 30 juin, Me Loudmer vendra une collection de soixante-treize pièces de textile du XIXe siècle, dont des tentures, châles, turbans et jupes, élaborées par les Taï, un peuple animiste du nord du Laos.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°4 du 1 juin 1994, avec le titre suivant : Tintin chez les commissaires-priseurs

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