Vendredi 23 février 2018

Tiepolo ou atelier ?

Patrick Matthiesen tranche

Le Journal des Arts

Le 11 août 2008

Le César contemplant la tête de Pompée acheté par Patrick Matthiesen, chez Christie’s en décembre, comme une œuvre de l’atelier de Giambattista Tiepolo, serait en fait de la main du maître vénitien. Ce tableau est une des œuvres majeures de l’exposition consacrée aux maîtres anciens italiens et français du XVIIIe siècle que Matthiesen Fine Art organise à New York et à Londres.

LONDRES (de notre correspondante) - Dans son exposition de maîtres anciens italiens et français du XVIIIe siècle, Patrick Matthiesen présente quelques œuvres rares et surprenantes qu’un œil peu exercé n’aurait peut-être pas remarquées. La pièce phare est une toile de Giambattista Tiepolo, César contemplant la tête de Pompée, achetée en décembre chez Christie’s comme une peinture d’atelier pour 23 500 livres sterling (environ 230 000 francs). Nettoyée et dûment authentifiée, l’antiquaire en demande aujourd’hui plus d’un million de dollars. Il s’agit en fait de l’esquisse d’un tableau plus important, aujourd’hui disparu, qui avait été commandé par le prince-électeur Frédéric Christian de Saxe entre 1744 et 1746. La liberté de facture et de pinceau apparue après nettoyage, ainsi que l’abondante documentation réunie par Matthiesen, la désignent sans aucun doute possible comme une œuvre de la main de Giambattista Tiepolo.

L’exposition présente toute la gamme des attitudes et sentiments chers au XVIIIe siècle. Ulysse tuant les amants de Pénélope, par Monsiau, est une toile néoclassique austère dans laquelle la morale triomphe, la silhouette en armes d’Ulysse se détachant avec autorité au milieu du carnage qu’il vient de perpétrer. Les deux peintures d’Enée chassant, de l’artiste napolitain Falciatore, sont extrêmement décoratives. Son cerf meurt sans trahir sa souffrance, avec une élégance majestueuse, tandis que sur les vêtements des chasseurs ondulent guirlandes et volutes rococos. L’Opération, un étonnant tableau de Gaspare Trasveri, est une évocation magistrale de la psychologie et de la souffrance humaines. L’aspect sentimental mis à part, il résume les aspirations et les attitudes de la bourgeoisie romaine du milieu du XVIIe siècle. Cette toile contraste avec les deux élégantes scènes de genre de Longhi, Réception avant un mariage et Paysans dansant le furlana. L’exposition se partage entre Londres et New York, où iront la plupart des tableaux. Seules les œuvres de grand format, dont le dramatique Caprice de ruines classiques de Guardi et le monumental Samson et Dalila de Batoni, demeureront à Londres.

COLLECTANEA 1700-1800

Jusqu’au 26 mars, Stair Sainty Matthiesen Inc, 22 East 80th Street, New York, tél. 1 212 288 1088 ; 16 février-28 mars, Matthiesen Fine Art Ltd, 7/8 Mason’s Yard, Duke Street, St James’s, Londres SW1, sur rendez-vous.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°76 du 5 février 1999, avec le titre suivant : Tiepolo ou atelier ?

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque