Vendredi 14 décembre 2018

Tête de pont

Les auctionneers ont conquis Amsterdam

Le Journal des Arts

Le 8 juin 2001 - 826 mots

Christie’s et Sotheby’s possèdent chacune leur salle de vente à Amsterdam. La première, établie depuis 1973, la seconde, implantée en 1974 et logée depuis 1999 dans de tout nouveaux bâtiments, à la lisière de la ville. Cela fait maintenant une petite dizaine d’années que la capitale néerlandaise joue un rôle clé pour le « marché de moyenne gamme » en Europe du Nord.

AMSTERDAM - Avec en moyenne deux ventes par an dans les domaines des arts décoratifs, du mobilier, de l’art asiatique, de la peinture européenne du XIXe, de l’art ancien, de l’art du XXe siècle, du vin et enfin de l’art tribal pour Christie’s, chacune des deux maisons a su, à Amsterdam, gagner une place de choix qui les place en tête du “middle market”, soit d’un marché exclusivement axé sur des pièces fluctuant entre 5 000 et 250 000 florins (de 2 480 euros à 123 950 euros, soit de 16 300 francs à 812 000 francs) et qui s’adresse essentiellement à une clientèle d’Europe du Nord.  En effet, le terrain de prédilection avoué de ces maisons internationales installées à Amsterdam est principalement la Hollande, la Belgique et le nord de l’Allemagne. Amsterdam se partage ce dernier pays avec Zurich qui draine les pièces en provenance du sud de l’axe Francfort-Cologne. Les collectionneurs scandinaves sont eux aussi au rendez-vous des ventes d’Amsterdam. Le groupe Cobra étant également l’un des fers de lance des maisons d’Amsterdam, Appel, Corneille, Wolvencamp, Pedersen, Jorn... sont omniprésents dans les catalogues des ventes d’art moderne et, en 1998, c’est à Amsterdam que Christie’s et Sotheby’s fêtaient au travers de ventes spécialisées le jubilé du mouvement. La France, qui se situe à une trop grande distance de ces pays, est beaucoup moins touchée par ce pôle qu’Amsterdam, à l’exception sans doute du nord de l’Hexagone, ce qui n’empêche pas certaines œuvres françaises de moyenne gamme de figurer dans les catalogues des deux auctionneers.
 
Les auctioneers dament le pion aux maisons nationales
Le prestige de ces maisons, l’efficacité de leurs réseaux et de leurs bureaux dispersés à travers le monde ont vite fait de damer le pion aux maisons nationales reléguées dans la sphère des spécialités régionales. Sotheby’s avait d’ailleurs, lorsqu’elle s’est installée à Amsterdam, racheté les bureaux de la maison de vente ancestrale Mak Van Waay. Christie’s et Sotheby’s ont gagné ce pari grâce à leur dynamisme. Ainsi, même si la production néerlandaise reste prédominante dans leurs sélections, ces maisons organisent aussi des ventes à thèmes, destinées à attirer d’autres clients. C’est le cas des vacations d’art belge organisées depuis quelques années au mois d’octobre. Les Belges ont d’ailleurs, pour certains artistes, tout intérêt à vendre à Amsterdam, car la ville attire une clientèle plus internationale que Bruxelles et ne perçoit pas le droit de suite sur les artistes modernes. Un atout qui peut aussi séduire les clients allemands. Outre l’art belge, les auctioneers ont développé les ventes consacrées à l’art indonésien, mais aussi celles dites de “cargo”. En effet, en 1986, Christie’s a vendu pour un montant total de 37 millions de florins (18 millions d’euros, 118 millions de francs) plus de 150 000 pièces de porcelaines chinoises du XVIIIe siècle et de lingots, issus du chargement du Nanking Cargo. Christie’s et Sotheby’s – forts de chiffres d’affaires respectifs de 115 millions de florins (57 millions d’euros, 374 millions de francs) et  107 millions de florins (53 millions d’euros, 348 millions de francs) pour l’année 2000, et sans doute poussés par l’économie florissante des Pays-Bas – semblent avoir transformé avec succès Amsterdam en tête de pont pour conquérir et dominer le marché de l’Europe du Nord.

Amsterdam sourit aux peintres hollandais

L’axiome selon lequel nul ne serait prophète en son pays est démenti par les peintures hollandaises, dont le marché est particulièrement florissant à Amsterdam. Les dernières ventes d’art du XIXe siècle européen de Christie’s et Sotheby’s (leur « créneau » le plus fort à Amsterdam), axées sur les écoles romantiques et impressionnistes néerlandaises, témoignent de la très bonne santé de cette spécialité qui attire une clientèle aujourd’hui de plus en plus internationale. Sotheby’s a adjugé, le 23 avril, à 1,4 million de florins avec les frais (594 945 euros, 3, 9 millions de francs) une Vue d’Enkhuizen par Cornelis Springer, estimée 500 à 700 000 florins. Il s’agit du meilleur prix jamais obtenu en vente publique pour cet artiste, l’un des peintres de vues de villes le plus réputé de son époque. Mais si les Koekkoek, Mestdagh, Schelfhout, Leickert et autres Spolher confirment un succès déjà consacré puisqu’ils pavoisent sur les stands des plus grands marchands internationaux, d’autres artistes de moindre envergure pulvérisent à leur tour leurs estimations. Scènes de genres, compositions hivernales avec personnages, vues de villes et marines en sont les premières bénéficiaires. Ainsi, Un paysage hivernal par Lodewijck Johannes Kleijn s’est ainsi envolé chez Sotheby’s à 105 000 florins, plus du triple de l’estimation basse établie à 30 000 florins. Un marché en pleine santé !

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°129 du 8 juin 2001, avec le titre suivant : Tête de pont

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