Mardi 17 septembre 2019

Foire

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Tefaf, une édition de haute volée

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 30 mars 2019 - 912 mots

MAASTRICHT / PAYS-BAS

Des œuvres de qualité ont alimenté un marché très dynamique. Les institutions ont été actives et la section « Moderne », fortement renouvelée cette année, a remporté tous les suffrages malgré un contexte plus incertain.

Maastricht. The European Fine Art Fair (Tefaf) de Maastricht, la plus grande foire au monde d’art et d’antiquités, tant par le nombre d’exposants que par la qualité des œuvres d’art, vient de refermer ses portes après onze jours d’exposition (16 au 24 mars). Marchands et visiteurs étaient unanimes : l’édition a été l’une des plus belles de ces dernières années, notamment de par la présence de pièces exceptionnelles. Les musées et institutions se sont montrés actifs – 400 conservateurs ont été recensés – comparativement aux particuliers, plus réticents compte tenu de la conjoncture économique et de la bourse qui fait le yo-yo depuis six mois.

Renforcement de la section consacrée aux arts du XXe

La section « Moderne » était attendue au tournant : avec un renouvellement de 25 % de ses exposants, elle a relevé le défi : « L’accueil des clients, des observateurs et des marchands a été formidable et commercialement, les gens étaient très contents, y compris moi-même. C’est une année historique, dans un contexte qui n’était pas évident», a rapporté Franck Prazan, membre du comité de sélection. Benoit Sapiro (Le Minotaure), qui venait pour la première fois, était plus que satisfait : il a vendu cinq pièces importantes, dont trois à de nouveaux clients. Son tableau de Delaunay, Les fenêtres sur la ville, première partie, deuxième motif, 1912, comme son prix (5 M€) ont attiré l'attention. Georges-Philippe Vallois, s’est dit également ravi de sa première participation. « Nous avons vendu des œuvres très variées, certaines à des clients qu’on ne connaissait pas », dont un assemblage de Daniel Spoerri de 1964. Un client semblait très intéressé pour The Treasure Room II, 2019, une pièce unique de Gilles Barbier composée de quatre panneaux, tandis qu’un musée privé américain était fortement intéressé par l’Autel Noir et Blanc, 1962 [voir illustration] de Niki de Saint Phalle (entre 1 M€ et 1,50 M€). « Nous espérons une confirmation définitive avant la fin de la foire. »

L’autre changement – l'association des stands d’art tribal au design plutôt qu’aux antiquités – a été accueilli de façon plus mitigée. « C’est une modification intéressante, mais on peine à voir le résultat. La passerelle entre les spécialités n’est pas forcément évidente », a constaté Anthony Meyer qui a, par ailleurs, confié avoir moins vendu bien qu’il ait cédé des pièces importantes, telle une paire de bras géants, de Colombie Britannique, fin du XIXe. Bernard Dulon en revanche, a apprécié le mixage : « Notre emplacement est plus cohérent, car nos clients achètent aussi du design et de l’art contemporain. » Il a ainsi vendu sa pièce phare, une statue Baoulé, Côte d’Ivoire (autour d’1 M€). « Cependant, il faut laisser aux clients le temps de s’habituer », a tempéré Bernard de Grunne.

Une sélection d'art ancien resserrée

Impossible de faire l’impasse sur les tableaux anciens, secteur historique de la foire. Et cette année, dans la discipline, « l’offre était meilleure en comparaison aux autres années, mais la demande était inférieure », a résumé l’un des participants. Chez Lowell Libson & Jonny Yarker (Londres), Deux enfants soufflant dans une vessie, de Joseph Wright of Derby, a rapidement été cédé au Getty Museum (environ 3 M€). Chez Bob Haboldt, c’est une Vierge à l’enfant, une détrempe de Paolo Veneziano, Venise, vers 1335-1340, redécouverte récemment, qui a été vendue à un particulier dans les premières heures d’ouverture de la foire (autour d’1 M€) alors même que des institutions s’y intéressaient vivement. Le marchand Salomon Lilian (Genève) s’est vite séparé d’une Charité romaine, XVIIe, de Willem Drost, quand Benappi (Londres) s’est dessaisi d’une Adoration des bergers, vers 1585, de Ludovic Carrache. Talabardon et Gautier, ont fait, eux, un carton. Pas moins de huit œuvres sont parties le soir de l’ouverture, « notre plus beau vernissage depuis six ans », s’est félicité Bertrand Gautier. Parmi les pièces vendues, Paysage aux lavandières et au cavalier, de François Boucher, « un ajout important au corpus de l’artiste ». Pour le Lyonnais Michel Descours, qui a quitté la section des œuvres sur papier, c’est une Scène de musique, 1819, de Joseph Navez qui rejoindra le Musée de Grenoble. Autre œuvre cédée tout de suite, Femme nue couchée (Gabrielle), 1903, de Renoir, chez Dickinson (11 M€).

Des musées acheteurs

Bien fournie en œuvres de qualité – telle la collection de huit nefs des XVIe et XVIIe siècles sur le stand Kugel – la section des objets d’art a également enregistré plusieurs transactions, notamment avec des musées. Chez Christophe de Quénetain, le Saltworks Museum de Wieliczka (Pologne) a jeté son dévolu sur une salière en majolique italienne tandis qu’un grand musée américain était intéressé par une bibliothèque japonaise de la seconde moitié du XIXe siècle, en bambou et sculptures en bronze (350 000 €). À la galerie Chenel, qui a également constaté une forte présence des institutions, c’est un Torse d’Héraclès en marbre, un travail romain du Ier-IIe siècle apr. J.-C. qui a séduit un collectionneur européen (1,20 M€). Chez David Ghezelbash, une amphore achéménide (perse) en argent, aux anses en forme de bouquetins, Ve-IVe siècle av. J.-C., pas vue depuis le début des années 1950 et au pedigree Rothschild, intéressait un musée américain (plusieurs millions d’euros). Et si Alessandra Di Castro n’a vendu qu’à des collectionneurs privés, elle a conclu de nombreuses affaires, dont une commode à décor de plaques en scagliola de la fin du XVIIIe emportée par un américain.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°520 du 29 mars 2019, avec le titre suivant : Tefaf, une Édition de haute volÉe

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