Dimanche 25 février 2018

Émirats Arabes Unis

Synergie régionale

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 3 mars 2009

Art Dubaï mise sur le rapprochement avec ses voisins pour compenser la crise.

DUBAÏ - Nouvelle Babylone du Moyen-Orient, Dubaï connaîtrait-elle une grandeur et décadence biblique ? On pourrait le croire tant la bulle hérissée de grues s’est lézardée avec la récession. Foudroyante, la crise immobilière a stoppé tous les projets pharaoniques, notamment les trois fameuses îles artificielles. L’un des principaux entrepreneurs de l’émirat, la société Nakheel, a licencié en novembre 10 % de son personnel. L’émirat qui prétendait faire cavalier seul, accepte désormais plus volontiers l’aide d’Abou Dhabi… Aussi la foire Art Dubaï s’engage-t-elle sous des auspices difficiles. Certes, la ville n’a pas perdu tout son dynamisme du jour au lendemain. Pour Claudia Cellini, codirectrice de la galerie Third Line (Dubaï), « ce n’est pas le cauchemar qu’on décrit dans la presse. L’économie est touchée, mais comme partout dans le monde. Je me fais plus de soucis pour mes amis à New York que pour ceux de Dubaï ». De quoi (ré) conforter Almine Rech (Paris-Bruxelles), laquelle avait renoncé à l’Armory Show (New York) avant de s’inscrire tardivement à Art Dubaï. Pour John Martin, directeur de la foire, « les raisons qui nous ont amenés à choisir Dubaï sont toujours valables, les maisons de ventes y résident. On y trouve quarante galeries et des collectionneurs. C’est facile d’accès, libéral et sûr ». Soit, mais la foire a du revoir à la baisse ses prétentions quantitatives. Alors qu’elle avait imaginé rallier quatre-vingt exposants, elle n’en aligne cette année que soixante-cinq, soit trois de moins qu’en 2008. Il faut dire que dès la première édition, les ventes furent rares si ce n’est inexistantes sauf pour les galeries indiennes. Du coup, certains, comme Jérôme de Noirmont (Paris), ont préféré annuler leurs participations. D’autres tiquent encore devant le tarif des stands, en augmentation malgré la crise. « Le prix des stands a progressé, mais ceux des hôtels et des billets d’avion ont inversement baissé. Ils sont jusqu’à 50 % moins chers que l’an dernier », se défend John Martin. La foire compte surtout sur une synergie avec la Biennale de Sharjah. Une fois n’est pas coutume, les différents émirats se donneront la main du 15 au 21 mars via le programme Contemporabia, afin d’offrir une résonance culturelle commune et non plus individuelle à la région. La collaboration est aussi de mise chez les participants. Kamel Mennour (Paris) et Continua (San Gimignano-Pékin) montreront ainsi une pièce de Daniel Buren courant sur leurs stands mitoyens.
Malgré l’arrivée de plusieurs groupes de collectionneurs étrangers, notamment deux délégations des Amis du Palais de Tokyo et des Amis de la Maison Rouge, les marchands savent bien que sans artistes du Moyen-Orient, d’Inde ou du Maghreb, point de salut. Ursula Krinzinger (Vienne) montrera deux artistes iraniens, Nader Ahriman et Laleh Khorramian. Almine Rech prévoit le Libanais Ziad Antar, présent aussi à la Biennale de Sharjah, tandis que Kamel Mennour mettra en valeur Latifa Echakhch. Forte de son escarcelle d’artistes libanais, Andrée Sfeir-Semler (Hambourg-Beyrouth) y va relativement confiante : « Les musées d’art contemporain en construction à Abou Dhabi ou à Doha ne peuvent pas passer à côté d’artistes comme Walid Raad ou Marwan Rechmaoui, affirme-t-elle. La foire me fait moins peur que l’Armory. Dubaï ne peut pas se passer de nous, mais New York si. » Même si les créateurs du Moyen-Orient restent prisés, ces derniers ne sont pas épargnés par les secousses. À Londres en février, deux pièces sur trois de l’Iranien Farhad Moshiri sont restées sur la touche chez Sotheby’s. « Une de ses œuvres a quand même été acquise six fois le prix auquel elle se vendait autrefois, souligne Farbod Dowlatshahi, propriétaire de la galerie B21 (Dubaï). En galerie, nous n’avons jamais massacré les prix. Nous présentons Rokni Haerizadeh pour 47 000 dollars au maximum, quand en ventes publiques une œuvre s’adjuge à 80 500 dollars. On essaye de faire comprendre aux artistes que ce qui compte, ce sont les trente prochaines années et non les trois prochaines. » Une philosophie que tous les artistes devraient embrasser, urbi et orbi.

ART DUBAÁ?, 19-21 mars, Madinat Jumeira, Dubaï, www.artdubai.ae, le 19 16h-22h, le 20 14h-22h, le 21 10h-18h.

ART DUBAÁ?
Directeur : John Martin
Nombre d’exposants : 65
Tarif des stands : 700 dollars le m2
Nombre de visiteurs en 2008 : 12 000

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°298 du 6 mars 2009, avec le titre suivant : Synergie régionale

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