Salons du dessin

Succès à tous les étages

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 27 juillet 2007 - 525 mots

À Paris, les deux foires spécialisées ont profité chacune de l’engouement accru pour ce médium.

PARIS - Qu’il soit ancien ou contemporain, le dessin se porte bien, comme le prouve le succès des deux foires spécialisées organisées du 21 au 26 mars à Paris. Si l’an dernier certains exposants du Salon du dessin avaient péché par indolence, tout le monde a rectifié le tir cette année à la Bourse. La palme est revenue à la nouvelle recrue, Salamander (Londres). Celle-ci a fait un sans-faute, entre une page d’études de figures par Véronèse, sitôt achetée par un collectionneur, et une huile merveilleuse de Nicolo dell’Abate, Atalante ramassant la pomme d’or, affichée pour 390 000 euros. De son côté, Patrick Derom (Bruxelles) a su créer une atmosphère étrange, presque irréelle, avec une vue de la grotte de Manacor par William Degouve de Nuncques et un grand Léon Spilliaert de la meilleure veine (325 000 euros). Chez Colnaghi (Londres), l’humeur était taquine, avec un chien-lion d’Hans Hoffmann, réservé depuis la Foire de Maastricht. Même humour « canin » chez Antoine Laurentin (Paris), avec un grand format de Jean Lambert-Rucki facétieusement baptisé À l’ombre du maître.
Dès le vernissage, toutes les œuvres phares ont trouvé preneurs, comme le Cavalier romain tout en tension de Domenico Campagnola chez de Bayser (Paris), le Spilliaert de Patrick Derom, la composition suprématiste d’Ed Lissitzky chez Zlotowski (Paris) ou encore La décollation de Saint Jean-Baptiste par Jacques Stella chez Terrades (Paris). Même la spectaculaire composition en seize bandes de papier de Jacob Jordaens proposée pour 650 000 euros par Jean-Luc Baroni (Londres) a été cédée en un tour de main. « J’avais retiré tous les repeints qu’une galerie new-yorkaise avait rajoutés voilà vingt-deux ans pour le faire ressembler à un tableau, nous a confié Jean-Luc Baroni. C’est un objet spécial, compliqué, et c’est important de voir qu’il y a des gens pour apprécier un objet dans son état d’origine et non pas dans un état commercial. »
Brouillon et sympathique, le nouveau Salon du dessin contemporain a séduit les amateurs malgré une circulation alambiquée et une qualité inégale. L’ambiance, proche de la chine, s’avérait propice aux découvertes, comme les grotesques revisités par la culture populaire de Nicolas Buffe chez Schirman-de Beaucé (Paris). Aux redécouvertes aussi, avec les feuilles d’Ernest Pignon-Ernest chez Lelong (Paris). Les démangeaisons d’achat ont fait bourgeonner les points rouges, notamment sur les nouveaux dessins de Georges Rousse chez RX (Paris). Après ce galop d’essai remarqué, le salon espère trouver l’an prochain de nouveaux pénates dans le XVIe arrondissement.
Car, malheureusement, l’heure n’est pas au regroupement des deux événements sous la verrière du Grand Palais. Les marchands d’art ancien craignent de perdre leur âme comme leurs plumes dans un rapprochement avec le contemporain. « On nous reproche d’être trop costume-cravate, mais que voulez-vous, c’est notre clientèle, confie le marchand Bruno de Bayser. Nous ne pouvons pas faire n’importe quoi, décevoir les clients que nous avons déjà. On a peur de casser quelque chose, mais on se rend compte qu’on ne peut pas continuer éternellement sur le même modèle. » Qui, de la prise de risque ou du train-train prendra le dessus ?

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°256 du 30 mars 2007, avec le titre suivant : Succès à tous les étages

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