Mercredi 17 octobre 2018

Bibliophilie

Succès pour les livres illustrés

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 26 mars 2008 - 715 mots

La première vente de la bibliothèque d’un ami des surréalistes a été plébiscitée.

PARIS - Avec 1,5 million d’euros de produit de vente (deux fois et demi l’estimation), la première partie de la collection d’un bibliophile vendue chez Piasa le 11 mars a dépassé les attentes. Les estimations étaient volontairement très modestes et tous les exemplaires proposés dans un état de conservation impeccable, attirant un public nombreux. Des dédicaces à Jean Bélias, notre collectionneur de livres illustrés de tous les courants artistiques du XXe siècle, témoignaient de l’amitié qui le liait aux auteurs, en particulier surréalistes.
Les ouvrages surréalistes ont caracolé en tête de la vente, à l’instar de la boîte Missives lascives, composée par André Breton et Marcel Duchamp pour servir d’habitacle au catalogue et à différents documents annexes de l’« Exposition internationale du Surréalisme », à Paris, en 1959-1960. Pour cet exemplaire de tête faisant partie d’un tirage de vingt signés par Duchamp, incluant un étonnant « couple de tabliers » sexués, les enchères sont montées à 44 600 euros contre une estimation de 5 000 euros. Œuvre célèbre contenant la réplique des œuvres majeures de Duchamp en réductions, photographies ou reproductions, formant comme un musée rétrospectif et portatif, la Boîte-en-valise (1965-1968) de Marcel Duchamp, dans son édition la plus tardive, mais la plus complète (83 objets et reproductions, tirage à 100 exemplaires), s’est envolée au prix record de 98 870 euros, au profit d’un marchand français. Cette boîte a volé la vedette à un rare exemplaire sur grand papier de Calligrammes (1918) de Guillaume Apollinaire, enrichi d’un portrait du poète par Pablo Picasso gravé sur bois, estimé 40 000 euros et emporté à « seulement » 50 640 euros par un particulier français. « Avec sa reliure mosaïquée à décor de lettres réalisée par Paul Bonet et sa dédicace pimentée de l’auteur à Diane de Gonet, cette édition originale d’un des plus grands textes poétiques du XXe siècle aurait dû faire 100 000 euros, regrette l’expert Christian Galantaris. Signe des temps, les livres à textes font moins chers que les ouvrages illustrés. »

D’autres ventes les 25 avril et 2 juin
Les livres illustrés ont donc placé la barre haute, à commencer par tous ceux ornés par Picasso, toujours très prisé. Un des vingt-cinq exemplaires de tête des Trois Collines (1945) de Paul Éluard, largement illustré par Picasso et contenant une épreuve supplémentaire d’une eau-forte originale signée par le peintre, estimé 3 000 euros, est monté jusqu’à 28 940 euros. Le Musée Picasso, à Paris, n’a pu préempter qu’un seul ouvrage, l’édition originale De Mémoire d’homme (1950) de Tristan Tzara, ornée de neuf lithographies originales hors texte de Picasso, pour un montant de 3 860 euros.
Estimé 10 000 euros, un des cent trente exemplaires d’À toute épreuve (1958) de Paul Éluard, merveilleusement illuminé par 80 bois originaux en couleurs de Joan Miró, a atteint 53 050 euros. Signalons encore l’enchère britannique de 55 500 euros (dix fois l’estimation) pour Banalité (1930) de Léon-Paul Fargue. Livre majeur dans le monde de la photographie, cette édition de luxe à l’état neuf, ornée de seize réogrammes (procédé proche de ce que les surréalistes ont appelé « rayogramme ») de Loris et Parry, était dédicacé par Fargue à Willy Michel, photographe connu pour avoir portraituré de nombreux écrivains de la première moitié du XXe siècle. Un autre exemplaire du tirage de tête sur papier Japon sera mis aux enchères le 10 avril dans une vente de livres de photos chez Christie’s à New York, sur une estimation de 50 000 dollars (32 000 euros). Enfin, une rare édition originale de La Résurrection des Mannequins (1966), comprenant une suite de quinze photographies originales de Man Ray, s’est vendue 31 350 euros, au triple de son estimation.
La dispersion de la bibliothèque de Jean Bélias se poursuivra le 25 avril avec une petite vente de charme dans laquelle « chaque livre possède une gravure, une reliure ou une dédicace qui le sort de la banalité », souligne l’expert. Elle sera suivie, le 2 juin, d’un troisième chapitre qui fera à nouveau honneur aux livres illustrés.

Collection Jean Bélias
- Expert : Christian Galantaris
- Résultat : 1,5 million d’euros
- Nombre de lots vendus/invendus : 241/9
- Lots vendus : 96 %
- Nombre de préemptions : 1

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°278 du 28 mars 2008, avec le titre suivant : Succès pour les livres illustrés

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