États-Unis

Sous les palmiers

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 3 août 2007

Organisée du 3 au 11 février, la foire de Palm Beach mise sur la pédagogie pour attirer les collectionneurs.

PALM BEACH - User de la pédagogie comme d’un appât. Tel est le pari de Michael Mezzatesta, le nouveau directeur de la foire de Palm Beach. Conférences étoffées, séminaires informels sur les stands, exposition autour de Marie-Antoinette… Cet arsenal didactique suffira-t-il à transformer le salon en destination fair, comme l’est la Tefaf à Maastricht ? Ce vœu a tout intérêt à ne pas rester pieux, vu le coût élevé que représente leur participation à l’événement pour les exposants, notamment européens. Une facture qui n’a pas refréné certains impétrants prestigieux tels Otto Naumann (New York), Linares Antigüedades (Madrid) ou Robert Bowman (Londres). Ces derniers renforcent une qualité qu’avaient déjà consolidée Robert Noortman (Maastricht), Konrad Bernheimer (Munich) et Bernard Steinitz (Paris). Plus que les pilules culturelles prescrites par Dr Mezzatesta, cette arrivée s’explique par les bons résultats commerciaux enregistrés par plusieurs exposants en 2006.

Clientèle de qualité
Le commerce reste toutefois affaire de funambulisme ou de persévérance. Car les visiteurs se révèlent versatiles, l’esprit plus enclin au farniente qu’à la dépense, contrairement aux acheteurs compulsifs de Miami. « La qualité de la clientèle y est irréprochable, 70 % de la fortune privée américaine passe un ou deux week-ends en Floride à cette époque-là, convient le marchand parisien Pierre Dumonteil (Paris). Mais c’est un lieu où tout est possible et rien n’est certain. » Le miracle survint l’an dernier avec la vente par la galerie Cazeau-Béraudière (Paris) d’un tableau de Picabia pour 2 millions de dollars (1,5 million d’euros). Après avoir travaillé la foire en amont, notamment via l’envoi de 3 000 invitations, la galerie apporte cette année Tropique, une toile de 1947 de Wifredo Lam. C’est pour renouer ou garder la main avec leur clientèle américaine – parfois aussi à défaut d’intégrer des foires d’art contemporain plus prestigieuses – que certains Parisiens traversent l’Atlantique. « Les raisons de ma participation sont plus tactiques que stratégiques, indique Jean-Gabriel Mitterrand (Paris). Je sais que je m’adresse à une clientèle de loisir, ce qui ne contribue pas à faire entrer mes jeunes artistes dans des grandes collections américaines, ni à conquérir les grandes entreprises que je vise à long terme. Mais je n’étais pas allé depuis six ans comme exposant aux États-Unis, et je ne voulais pas perdre le contact. » Des raisons similaires motivent Fabien Boulakia (Paris), lequel propose une magnifique peinture de Jean Dubuffet, Le Paysan sautant sur un arpent (2,5 millions de dollars), déjà entrevue en octobre sur Art Cologne. Spécialiste de Jean Dufy, Jacques Bailly (Paris) mise, lui, sur une douzaine de clients répartis entre Palm Beach, Coral Gable et Miami (Floride).

Vers le décoratif
Cette année, la sculpture prend ses aises sur le salon. Pierre Dumonteil prévoit une grande terre cuite animalière datée des années 1920 et signée d’Anna Hyatt Huntington. De son côté, Robert Bowman affiche pour 195 000 dollars une fonte de 1948 de l’Éternelle idole, conçue par Rodin en 1889. Outre une batterie de sculptures de Claude et François-Xavier Lalanne, Jean-Gabriel Mitterrand déploie une grande cariatide de Modigliani récemment éditée par la petite-fille de l’artiste. L’humeur penche vers le décoratif, avec les vues plaisantes du Midi par Victor Charreton, Jean-Baptiste Guillaumin ou Fabius Brest chez Olivier Delvaille (Paris). Malgré la défection d’Ariadne (New York), c’est sans doute du côté des arts non occidentaux, notamment des objets précolombiens de Douglas Dawson (Chicago), qu’il faudra guetter les temps forts. La galerie Danon (Milan) présente ainsi des tapis de la dynastie Qing, réalisés avec des fils de soie, d’or, d’argent et de cuivre, métaux connus pour leur pouvoir thérapeutique. Une nouvelle vertu qui vient se greffer à celles pédagogique de Mezzatesta et prophylactique du climat ambiant.

Palm Beach

3-11 février, Palm Beach County Convention Center, 650 Okeechobee Boulevard, West Palm Beach, Floride, du lundi au samedi, 12h-19h, le dimanche, 12h-18h, www.palmbeachfair.com - Directeur : Michael Mezzatesta - Tarif des stands : 914,6 dollars le mètre carré - Nombre d’exposants : 100 - Nombre de visiteurs en 2006 : 36 000

Remue-ménage interne

S’il est essentiel de peaufiner le contenu, il faut aussi soigner la forme, c’est-à-dire garder une cohérence dans les équipes. Or Palm Beach avait déjà été bousculée lors de la précédente édition par les départs des anciens directeurs Lorenzo Rudolf et David Setford. La confusion se poursuit cette année avec le ballet du vice-président de l’International Fine Art and Antique Fair (IFAE), Nick Korniloff. Ce dernier était parti pour s’occuper de la Sea Fair de David Lester avant de revenir à Palm Beach pour, sans doute, à nouveau prendre le large après cette édition !

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°251 du 19 janvier 2007, avec le titre suivant : Sous les palmiers

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